
L’équipe de France de Basket Ball n'est pas dans le top huit européen en
2025, un peu plus de douze mois après avoir été vice-championne de la
planète Olympique… Oui, c’est une déception même si … nous allons y
revenir. L'oeil de l'ancien arbitre international, qui a arbitré l'Euro en Espagne, Anibal Castano, sur un fiasco.
Tout d’abord, pour avoir vu pratiquement l’ensemble des rencontres de cet Euro, ce que j’ai vu à ce jour me rappelle l’un de mes stages d’arbitre de début de saison pour lancer la saison ProA…il y a un peu moins de 20 ans ; stage qui était l’occasion pour le Manager technique des « Refs » Français de donner toutes les consignes essentielles à appliquer sur le terrain en termes de règles, de repères et de direction du jeu pour son plein contrôle par les arbitres. L’une des précisions données concernait l’interdiction totale de défendre sur un joueur porteur du ballon avec les « Antennes » des mains sur le corps de l’attaquant. Il fallait donc pour les joueurs, utiliser les déplacements défensifs des jambes pour encadrer les appuis de l’attaquant ! ….
Je me rappelle sur les rencontres de préparation en début de saison d’un certain Jean Denis Choulet qui était complètement en accord avec cette règle et nous eûmes bien des échanges sur l’application « intelligente » de cette règle !
Eh bien je dois dire et c’est factuel, que ce repère technique et règlementaire est mort et enterré tant le défenseur dirige son opposant avec ses mains, trop souvent au regard de la règle édictée. Si l’on ajoute que même à l’opposé du ballon il devient un exploit de se démarquer sans que le défenseur tienne, ceinture, accroche et donc interdise le déplacement d’un attaquant sans une pression physique de contact quasi permanent qui entraine en conséquence des situations de jeu à la limite et même hors limite de ce qui est tolérable … clé de bras, prise de « catch », utilisation permissive des mains, des bras, bref … le législateur FIBA semble orienter et faire évoluer son sport en un sport de FORCE et de véritable opposition physique entre les joueurs plutôt que de donner la part belle à la technique.
L’une des incidences directes est que plus d’une équipe sur deux sur cette première phase de cet Euro a passé son temps à jouer au « Hand » au-delà de la ligne à 3 points tant il devient difficile de rentrer dans la peinture. Je rajouterai sur l’angle de l’arbitrage, les fautes « Intentionnelles » pour arrêter le jeu notamment sur les phases de contre-attaque en surnombre et donc en ne jouant pas le ballon où l’on voit pratiquement le joueur fautif levant la main pour indiquer qu’il a fait faute avant même que l’arbitre soit intervenu avec son sifflet, la stratégie prime sur la nature du jeu de mouvement ou chaque possession pèse sur le résultat final …
Enfin, l’intensité, l’agressivité, l’engagement physique est tel qu’il n’est pas rare de voir une demi-douzaine de situation par match où des joueurs sanctionnés se prennent la tête à deux mains pour signifier donc à l’un des trois arbitres qu’ils n’ont pas fait « Faute » alors que les ralentis les déjugent impitoyablement des joueurs (avec une certaine mauvaise foi par moment) tellement ces « Fautes over limite » sont évidentes et souvent grossières … S’en suivent donc des contestations excessives auxquelles se mêlent souvent les coaches « non sanctionnés » … ce qui donne au final un sentiment de non contrôle par les trios d’officiels constamment dans la ligne de mire des joueurs et entraineurs … Attention à la dérive, au désordre et au risque de dérapage !
Mais revenons à cette équipe de France, une fois encore ne retenant pas quelques leçons d’un passé pourtant pas si lointain où visuellement il manque de ferveur collective dans le sens de l’appartenance à l’équipe comme seul totem essentiel et commun à tous … Le maillot, l’EdF, l’équipe, l’amour propre, le don de soi ! J’ai rarement vu cela sur le « Terrain et banc de touche » Français bien en décalage du coefficient sur ce plan des Israéliens,
Géorgiens, Finlandais, Slovènes et autres Italiens ou Grecques continuellement morts de faim et ce, depuis le moment des hymnes, les yeux fixés sur leurs étendards comme base de ralliement, de symbole fédérateur et précurseur de ce que représente porter le maillot de l’EdF. Des nations de 2, 4 ou six millions d’habitants la main sur des cœurs vaillants, orgueilleux, prêts au combat, au sacrifice et au total engagement que l’on soit sur le terrain ou sur le banc … cela est un atout, un prérequis, un anti-regrets ! Ces choses-là n’apparaissent pas dans les statistiques et les joueurs Français doivent savoir que la motivation de ces petites nations de basket sont historiquement toujours l’arme des « supposés moins fort » . Affronter la France est une source de sublimation des esprits pour ces joueurs qui adorent leur habit outsider pour que punir l’adversaire soit plus jouissif encore.
Il faut donc opposer à cela ces mêmes vertus et les décupler, ces valeurs, ces contrôles émotionnels avec humilité (Arrêtons de proclamer qu’on vient pour gagner, le pense très fort suffit !) et que chaque joueur passe son propre contrat moral du pourquoi il vient en Equipe de France … Comme des Doncic pour la Slovénie, Jokic pour la Serbie, Markannen pour la Finlande et tant d’autres : Ceux-là ne viennent ni pour leur CV, ni pour leur valeur « argus », ni pour leurs statistiques ni pour l’argent …
Ils viennent pour la vraie gloire, pour défendre leur petite nation, leur fierté … pour le peuple auxquels ils appartiennent … et ça franchement, ça fait la différence sur des détails qui font la force des autres et réduisent les nôtres si l’on ne trouve pas des réponses au mental et à ce « Ready to fight » qu’ils construisent pour affronter les yeux dans les yeux une équipe de France meilleure … sur le papier !
Alors attention, je m’étais promis de ne pas tirer sur l’ambulance mais je pense qu’il faut agir sur tous les leviers et celui identitaire des requis et de son propre sens d’appartenance à l’équipe de France m’est essentiel pour performer comme bloc Français et peser dans la balance comme pays de basket de près de 70 millions d’habitants… N’oublions pas l’Euro 2022 ou l’on perd en finale contre une Espagne moins forte que nos bleus …
Une coupe du monde en Idonésie-2023 où l’on est sorti par la Lettonie inférieure encore à notre rooster « Bleu Blanc Rouge ». Alors oui, oui c’est vrai, il manquait six ou sept joueurs plus référencés, sans faire injure aux présents de Riga… qui auraient changé le profil de la French team … Bien évidemment que si tu as Wemby et Gobert ... si tu as Lessort et Poirier, si Alexande Sarr et Matthew Strazel ne se pètent pas, bien sur que ça change la donne, mais on ne va pas fuir ou s’abaisser à ces excuses …
Toutes les équipes ont eu des blessés. Cette équipe de France avait le potentiel pour au moins passer ce tour des 1/8 ème, elle devait au moins être dans ces quarts de finale… où la Slovénie battu par l’Edf en poule y est … où la Pologne battue également par les bleus y est aussi ... où Israël n’est pas passée loin d’y être aussi, battue dans les derniers instants par des Hellènes que l’équipe de France avait battus il y a quinze jours sur ses terres Athéniennes, presque les mains sur le guidon.
Plusieurs raisons à cela au surplus de celles expliquées plus en avant et moins tangibles que de simples statistiques de jeu. Un peu comme quand j’étais « Cadet » et que souvent mon entraineur d’alors optait toujours pour le même « Cinq » entrant, j’ai du mal à comprendre que Coach Fautoux se soit imposé ce principe discutable ! Quand Sylvain Francisco sort son match XXL contre la Slovénie … malgré cette faute de gout de sa dernière action mal interprétée et surtout malgré une bande de « Connards » (J’insiste sur ce mot) qui n’ont rien eu de plus grande bassesse que l’attaquer par des injures racistes sur les réseaux de la haine gratuite, lâches et anonymes (Tous les sportifs du monde te soutiennent Sylvain !) … Oui, malgré cela, il aurait dû être dans le « Cinq » entrant contre Israel, il le méritait, il l’avait gagné à la loyale, il aurait peut-être pu insuffler un prolongement à son état de grâce… et contaminer l’équipe.
Au lieu de cela le staff par son message de reconduire invariablement le même « Cinq » annihile toute émulation entre des joueurs Pro qui doivent être prêts à tous les choix de l’entraineur et mettre leurs egos de côté … Prêts à rentrer, prêts à sortir … au service de l’intérêt prioritaire de l’équipe. Au milieu de tous les 3ème QT de l’équipe de France la réalisation de la télé locale indiquait toujours une stat « France » à l’écran du type : Points marqués par le « Cinq majeur » : Entre 10 et 15 points et points marqués par les joueurs du banc : Entre 25 et 30 points !
C’est bien qu’il y avait un problème dans la composition du « Cinq entrant » où Madelon ne fut pas souvent à la hauteur alors que Francisco avait fait preuve de meilleures aptitudes à courir, défendre, fixer, driver, passer, choisir … même si sa sélection de tir ne fut pas optimale et j’aurais aimé qu’il ne s’habilla pas en héro à vouloir sauver son «équipe dans les moments de ses fulgurances où il aurait dû alterner, patienter, changer le tempo, monter un chemin de « plus gestionnaire » …
Dommage car ce joueur a eu du caractère et il apprendra de ce tournoi. Vincent Collet me disait un jour dans un long échange… que dans un grand tournoi, seuls sont à la fin des compétitions les équipes qui comptent dans leurs rangs un « UN » (Meneur de jeu) au niveau standing international.
J’aurais aimé voir Captain Yabusele se sacrifier à jouer dedans dos au panier plus de temps ; une telle puissance et expérience aurait pu compenser son delta de centimètre avec les tours adverses et Mamm Jaiteh s’est retrouvé un peu esseulé malgré sa générosité et sa disponibilité. Elie Okobo, seul véritable joueur de talent sur cette campagne n’a pu être relayé par les Risacher, Koulibali et Hoard trop unidimensionnels, inconstants ou inexpérimentés. Isaïa Cordinier n’a pas pu apporter son feu olympique et a alterné le bon et le moins bon alors que Thimoté Luwawu-Cabarot peut-être le plus aboyeur et fédérateur sur le banc est resté plus neutre sur le rectangle de bois alors que Hifi a été jugé trop imprévisible par Fautoux pour se voir offrir plus de temps de jeu.
Il a peut-être manqué aussi de lucidité et de réactivité quand entre joueurs et staff on ne trouve pas d’alternative au cinglant et famélique « 8/32 » à 3pts contre Israel et « 6/36 » contre les Géorgiens. Une chose est sure : les Français ne sont pas moins adroits que les autres joueurs des autres équipes … tous ces mecs à l’entrainement sont dans des pourcentages entre 70 et 80% derrière l’arc à longue distance. Le problème c’est le moment, le timing, la sélection du tir et je pense que c’est sur cette espèce de précipitation ou, et d’impatience à reprendre le score que l’équipe a pêché…
Ne laissant pas par moment le temps à la défense de faire une erreur ou une faute pour la sanctionner avec plus d’organisation et de circulation de balle à la limite des possessions des 24 secondes. Sans alternative, optant inconsciemment sur des rushs individuels, manquant suffisamment de fixation à l’intérieur et dans le même temps, incapables de compenser sur la base et le socle défensif pourtant l’une des garanties de l’équipe … Les Israéliens firent déjouer des Français par leur système défensif perturbateur à mi-chemin entre une zone étendue et une « Home à homme » solide et collective dans les aides, ce qui fut une alerte avant que les Géorgiens lisent parfaitement les faiblesses affichées des Bleus et réussissent la meilleure entame…
Déstabilisant les bleus biens plus relâchés et concentrés à mener qu’à être menés… La confiance changeant de camp, aidée en cela par un incroyable 56% de réussite à 3 pts pour les Shengelia et consort, il n’y avait pas de solution pour les hommes de Captain Yabusele et le meilleur du jour l’emporta, scellant le sort de l’EdF dans cet Euro2025.
En attendant les quarts de finale, j’assume d’avoir été un mauvais pronostiqueur puisque le super favori Serbe privé de sa tête pensante Bogdanovic blessé et malgré sa superstar Jokic, s’est fait sortir par des immenses et généreux Finlandais … Aussi puisque j’avais imaginé l’EdF dans le top trois !
Il ne reste plus aux Allemands qu’à faire le boulot … mais les Turcs ont fait sensation et peuvent terminer invaincus, les Slovènes sous Doncic-dépendance n’ont pas dit leur dernier mot. Le Terminator Grec Antetokounmpo domine la peinture et les airs… Tout est ouvert !
C’est donc un échec de plus dont il faudra « ENFIN » analyser toutes les causes pour que le basket Français pose son empreinte au prochain rendez-vous de l’indéniable et incontestable potentiel (y compris admis par ses adversaires) qu’il a. Ne pas s’enflammer le « Top jour » (Slovénie) … ne pas douter et apprendre du « Jour Off » (Israel) – Quand on passe en 48h du « Plus – plus » au « Moins – moins », c’est qu’il y a des choses qui ne sont pas stables.
Dans le sport de très haut niveau, la performance ou le loupé ne sont que les vérités d’un jour et ne sont jamais une science exacte ou garantie pour l’exercice du lendemain. La presse spécialisée titrait tout à l’heure :
« Le Naufrage » … je pense que c’est sévère, inadapté et inutile. Ce l’eut été en présence des 5-6 cadors absent mais pas avec cette équipe plutôt « Jeune », venue apprendre pour mieux rebondir lors de la prochaine échéance avec une équipe composée par quelques-uns de cette campagne Européenne et les quelques autres « Absents » de cette fin d’été. Plus que jamais, le basket Français doit penser que le meilleur est à venir … A conditions que …
Anibal CASTANO