
La plus belle course du monde c’est aussi la plus belle arrivée du monde tant elle touche aux tripes de celles et ceux qui la vivent ou y assistent. Car c’est ainsi, les émotions succèdent aux émotions.

Notre reportage photos (1).
Alors qu’en fin de semaine, à Autun, les politiques dissertaient sur les valeurs de la République et notamment sur la laïcité, samedi et dimanche, à Chamonix et autour du massif du Mont-Blanc, des femmes et des hommes conjuguaient bien des valeurs. Cela au bout d’une semaine au cours de laquelle différentes épreuves se sont succédées, dont l’épreuve reine : L’UTMB.
L’Ultra Trail du Mont Blanc est considéré, à juste titre, comme la plus belle course du monde. Et si la Diagonale des Fous a aussi un statut prestigieux, rien ne peut remplacer l’UTMB en terme d’intensité émotionnelle.
Car c’est ainsi, du premier jusqu’aux derniers, même ceux qui arrivent hors délai, c’est le même accueil chaleureux qui est délivré par le public.
Quand les muscles des mollets sont aussi durs que de l’acier, quand le corps est transpercé de douleurs, quand l’envie d’arrêter a été si forte dans le dernier quart ou même le dernier tiers de l’épreuve, il faut voir comment les concurrentes et les concurrents retrouvent la banane, retrouvent le sourire. Voir comment elles et ils sont submergés par les émotions.
L’organisation permet à tous les concurrents d’être accompagnés par leurs enfants jusqu’à la fameuse ligne arrivée située au pied de l’Hôtel de Ville de Chamonix, de là même où elles et ils sont partis, vendredi, des doutes pleins la tête. Car oui, même s’ils se sont préparés pendant des mois, les concurrents doutent. Ils savent que même les meilleurs, même les favoris peuvent être contraints d’abandonner.
Les meilleurs, ceux que l’ont retrouvent dans le Top 30 ont passé une nuit sur les chemins montagneux. Pour une majorité celle a été deux nuits. Deux jours de souffrance juste pour pouvoir se dire «je l’ai fait !» Le classement importe peu. Mais terminer l’UTMB est pour beaucoup un graal, le sommet d’une vie d’athlète.
Alors, c’est ainsi, les émotions deviennent plus fortes, plus intenses au fil des heures. Dans la nuit du samedi au dimanche et puis le dimanche au fil des minutes. Du lever du soleil jusqu’au milieu de l’après-midi. Il faut voir le bonheur d’une maman, d’un papa, retrouvant ses enfants, son mari ou sa femme. Il faut avoir entendu une petite fille, voyant son papa, ivre de douleurs, crier «papa ne repart pas», alors qu’il allait juste vers l’arrivée.
Ces instants là se vivent dans une formidable communion. Il faut entendre comment les concurrents sont encouragés, applaudis. Toutes et tous, pendant le dernier kilomètre par une foule respectueuse, qui agite les cloches. Certains concurrents ne parviennent pas à retenir des larmes. Elles et ils ont mal et ce sont des larmes de bonheur. Celui d’en finir, celui de retrouver celles et ceux que l’on aime. Comme ce mal voyant qui a couru avec un guide. Oui un guide sur un peu plus de 175 kilomètres de course et 9858 mètres de dénivelé !
Et cela dans les valeurs de notre république. Liberté, car chacun est libre de courir comme il veut, d’encourager comme il veut. Egalité, car tous les concurrents sont logés à la même enseigne. Toutes et tous ont le même parcours à effectuer. Fraternité, car oui il y a une grande fraternité entre les concurrents évidemment, mais aussi avec le public. Ajoutons à cela laïcité et respect. Laïcité, parce que personne n’est jugé pour ce qu’il est, pour les signes qu’il peut afficher. Et puis donc Respect avec un R majuscule.
Alors on se dit que dans une France fracturée, il serait bien que celles et ceux qui aspirent à gouverner et à diriger le pays, viennent tous passer deux jours sur la ligne d’arrivée de l’UTMB. On vient du monde entier pour courir cette course devenue mythique. Il n’y a pas de jalousie. Juste du Respect, beaucoup de Respect pour toutes celles et tous ceux qui parviennent à franchir la ligne d’arrivée. Et une pensée pour celles et ceux qui ont vu leur rêve brisé car elles et ils ont été poussés à l’abandon. Mais toutes et tous ont envie de revenir. Pour le vivre. Encore plus fort.
Alain BOLLERY
(Photos Manon BOLLERY)
























































