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05/10/2020 13:21

DIJON : Le sexisme dans le sport, «des vestiges du passé à aujourd’hui»

Le colloque organisé par l’association dijonnaise Jumps a permis d'en parler... Le sexisme dans le sport, mythe ou réalité ? Il y a encore beaucoup de travail selon les intervenantes et intervenants pour que la question ne se pose plus.

L’association Jumps, association dijonnaise fondée par Carine Montrésor en 2017 ayant vocation à rendre le sport accessible à toutes et tous au travers notamment de l’accompagnement de sportives au haut niveau, s’est inscrite dans le Printemps des femmes et la Semaine d’éducation et d’actions contre le racisme et l’antisémitisme.
Cette soirée était organisée le 16 septembre à la Maison des entreprises. En guise d’accueil, David Butet, président du Medef de Côte-d’Or, a fait le parallèle entre le thème de la soirée et l’égalité des chances, «qui tient à coeur de l’organisation patronale».

Le sexisme dans le sport est le thème qui a été débattu. «J’ai toujours aimé les sports masculins. Pour moi, ce sont des sports», a livré comme sentiment Anaëlle Angerville, championne du monde de kick-boxing et présidente de la soirée.
Ces propos ont en quelque sorte lancé cette soirée, au cours de laquelle deux tables rondes ont fait ressortir le constat que le sexisme dans le sport est encore à combattre aujourd’hui. Le sexisme dans le sport et en particulier les clichés et discriminations envers les femmes dans différentes disciplines.

«Je fais partie de ces femmes qui cassent les clichés»

«J’avais besoin d’un sport avec de l’adrénaline. Je fais partie de ces femmes qui cassent les clichés et j’ai envie de le faire comprendre», dit déterminée la championne du monde de kick-boxing.

Céiste bien connue à Dijon pour ses performances jusqu’au niveau mondial, Marine Sansinena fait remarquer que le canoé dans un cadre compétitif n’est reconnu pour les femmes «que depuis 2009».
«Comme raison évoquée par les instances, on entendait que la pratique n’était pas asymétrique et que ça pouvait rendre les corps difformes… ça fait 13 ans que je pratique le canoë et je ne suis pas difforme». Et Marine Sansinena va plus loin dans les remarques : «En compétition, nos courses sont toujours programmées aux heures creuses et nos distances sont plus courtes que celles des hommes. On fait pourtant de vrais entraînements…».

Au cours de la soirée, il n’a pas été contesté que les performances masculines restent plus élevées que celles féminines, ce qui est scientifiquement prouvé. Mais c’est la culture des stéréotypes et même de l’infériorisation des femmes dans le sport qui été pointée du doigt.
«Les vestiges du passé n’ont pas été questionnés» selon Anne Tatu, docteure en sociologie et agrégée d’éducation physique et sportive, qui ajoute que «les différences physiques se sont construites sous le poids culturel». Lydie Pfander-Mény, conseillère municipale de Dijon et ancienne proviseure du lycée Les Marcs d’Or, remonte d’ailleurs aux textes de 1898 pour affirmer que «le sport est présenté à l’école dans un contexte hostile aux filles».

«Aller plus loin»


Si Stéphanie Fiossonangaye, ancienne handballeuse professionnelle, a dû faire avec les blagues sexistes - «on ne les retient plus au bout d’un moment…» -, tout un contexte décrit en partie dans les discussions fait que les sportives féminines et leurs exploits sont minimisés selon les intervenants, médiatiquement notamment.
«Nous sommes en deuxième division nationale, c’est mieux que les hommes ici à Dijon, et pourtant on doit se battre pour faire parler de nous», note Didier Foulont, président du Rugby Féminin Dijon Bourgogne dont les Gazelles évoluent en Elite 2 cette saison.

La performance et les bons résultats peuvent aider à atténuer le sexisme, mais la lutte contre le conditionnement de genre doit être renforcé dans les politiques sportives et dans les formations.

Raphaël Mess, de la DRJSCS, indique par exemple que l’aspect de la féminisation de la pratique est un des critères retenus au moment d’attribuer les subventions.
Vice-présidente du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, déléguée aux sports et à l’égalité femmes-hommes, Laetitia Martinez part du principe que «le sexisme est à la base des inégalités» et que des objectifs sont poursuivis avec les ligues et fédérations pour y remédier. «Ce serait malhonnête de dire qu’on n’avance pas», admet l’élue régionale plus largement, en ajoutant toutefois que cette tendance ne doit pas être une fin en soi. «Il faut aller plus loin sur ces questions et avancer à grands pas».

Les propos de clôture sont revenus à Laurence Guillet, directrice régionale aux droits des femmes et à l’égalité en Bourgogne-Franche-Comté.
En tant que représentante d’une direction déconcentrée de l’Etat, elle a rappelé que des lois et des textes récents existent, sur les outrages sexistes, sur les violences… Sans oublier un travail mené avec le CSA sur les publicités et campagnes de promotion sportive pouvant faire polémique par les clichés mis en scène…

Le sexisme doit être combattu de manière transversale et le sport, intrinsèquement parlant, peut même être un vecteur de cette lutte, à condition de considérer filles et garçons sur le même pied d’égalité au départ, à condition aussi de ne pas sous-évaluer le sport féminin et la capacité des femmes à performer de plus en plus. «Les choses avancent».

Alix Berthier
Photos : Alix Berthier