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13/11/2020 20:23

FOOTBALL : Le coach Yannick Chandioux nous parle du DFCO Féminin

Après avoir été joueur professionnel en Saône-et-Loire, Yannick Chandoux est depuis 2017 l'entraîneur principal de l’équipe féminine évoluant aujourd’hui en première division. «Un groupe de D1 féminine montre plus d’aptitudes que bon nombre de groupes masculins», explique celui qui s'est engagé auprès des joueuses dijonnaises.

Yannick Chandioux en quelques mots

«Je suis ancien joueur professionnel, majoritairement au FC Gueugnon. J’ai eu mon DEF en 2003, complété par un BE 2ème degré en 2004. J’ai continué à jouer en entraînant. Avec Montceau, on est montés de la DH à la CFA, là où j’ai pu faire deux saisons en tant qu’entraîneur-joueur. Pas simple mais très formateur pour moi.

Après 14 années passées à Montceau, j’ai eu l’opportunité de rejoindre le DFCO et ce projet de développement du football féminin avec une première mission de monter en Division 1 et d’y rester, et en parallèle de mettre en place une structure pour que nos jeunes joueuses de la région aient un vrai parcours pour progresser, avec des éducateurs diplômés. Sans oublier les études et la préparation à de futurs métiers, mais en leur donnant la possibilité de passer professionnelles dans le football.

Je dirais que ça commence à porter ses fruits même s’il reste des choses à améliorer. La création l’année dernière d’un groupe de post-formation en est un exemple, pour laisser du temps aux joueuses entre l’équipe U19 et la D1.
J’opère en tant que manager avec des responsables de pôles, Laurine Ratte sur l’école de foot, Sébastien Viault sur la pré-formation, Ludovic Rossi sur la formation et la post-formation. Cette structure est vraiment effective depuis deux ans.»

«On a passé la troisième vitesse en quelques années»


Pourquoi une équipe féminine de football ?

«En fait, c’était pour moi une volonté de retrouver une structure professionnelle. Je ne connaissais pas énormément le football féminin mais son haut niveau m’a attiré. Surtout le projet d’ailleurs. On m’a donné une mission dans un club, je l’ai prise et je la prends très à coeur, avec l’envie d’amener ce football le plus haut possible. Ce qui est intéressant, c’est toute la mise en place d’une politique sportive autour de ça. Aujourd’hui, 6 joueuses du groupe professionnel ont été formées à Dijon : Inès Barrier, Coline Stéphen, Marie-Jo Girardot, Camille Pinel, Alicia Soleihet et Amanda Chaney. Ophélie Cuynet, la capitaine, est quant à elle arrivée jeune.»

Il faut remercier Olivier Delcourt, il fait partie de ces présidents qui insufflent une dynamique du foot féminin dans les clubs professionnels, à l’instar de Jean-Michel Aulas ou de Louis Nicollin. C’est sa volonté de faire une place aux féminines dans le futur centre d’entraînement, en cohérence avec les moyens mis en place et la médiatisation qui se poursuit.

Aujourd’hui, nous n’avons pas de centre de formation mais il y a un internat de la 6ème à la 4ème, avec les Lentillères et Pardé. Dès 11-12 ans, les filles peuvent s’entraîner tous les jours ici. On a passé la troisième vitesse en quelques années sur la pré-formation et la formation.»

Plus globalement, où situez-vous le développement des équipes féminines de football en France ?

«Je pense que nous sommes dans la phase 2. Avec Lyon et Paris, on a des locomotives existantes et en place depuis quelques années maintenant. Même si nous restons loin sur les moyens financiers, nous sommes plusieurs clubs à essayer de se renforcer, de mettre en place des choses. La coupe du monde (été 2019) a confirmé de vrais enjeux et de vraies responsabilités pour les clubs professionnels, avec une Fédération au rendez-vous.»

«Au niveau du management, c’est pareil»


Les vieux clichés qui persistent sur le football féminin vous agacent-ils ?


«Sincèrement je pense qu’il y en a de moins en moins. Les équipes deviennent homogènes et nous avons des athlètes sur le terrain. Bien sûr, on est très loin de la puissance des garçons, de la vitesse… Mais on peut trouver beaucoup de choses intéressantes en regardant un match de foot féminin. C’est le même sport. Je pense par exemple qu’un groupe de D1 féminine montre plus d’aptitudes que bon nombre de groupes masculins.»

Je ne dis pas que je ne passerai pas toute ma carrière dans le foot féminin mais je ne dis pas non plus que je ne reviendrai pas dans le foot masculin. J’ai pris du plaisir dans les deux et il n’y a pas tellement de différences finalement. Dans un groupe féminin aussi, des joueuses s’entraînent la semaine et peuvent rester sur le banc le week-end, et ça peut changer d’un week-end à l’autre. Au niveau du management, c’est pareil. Ça reste la gestion d’un sport collectif, comme dans d’autres sports. En tout cas, le football féminin est un sport qui travaille beaucoup pour progresser.»

Comment vous sentez-vous après plus de trois ans à votre poste ?

«Je me sens très bien dans mon rôle. J’espère qu’on aura dans les prochaines années la possibilité de rester ambitieux, de faire avancer la structure, de l’école de foot à la D1 féminine. Moi je suis armé pour continuer dans ce rôle tout en me tenant à disposition de l’entité du DFCO, pour d’autres missions si besoin. Je ne me donne pas de limite en tant qu’entraîneur.»

Craignez-vous que la crise sanitaire affaiblisse cette section féminine qui doit continuer à se développer ?

«Tout le monde est fragilisé aujourd’hui. À partir de là, je ne vois pourquoi, nous, on le serait plus. Ce qui est mis en place aujourd’hui fait que la structure est solide. On a une base solide et je ne suis pas inquiet. Considérons que c’est point fort et qu’on les moyens de s’adapter à la situation. Il ne faut pas trop y penser et rester sur ce qui est positif. Espérons que cette crise se terminera vite et qu’on continuera à bien exister. Si la saison est réussie, ça nous facilitera le futur.

Au stade des Poussots, c’est sûr que le huis clos est très embêtant pour nos supporters.»

«L’équipe est capable de tenir ce classement-là»


3 victoires et 4 défaites en 7 matchs… Comment jugez-vous votre début de championnat ?

«Je le dis rarement donc je donne vraiment le fond de ma pensée : on a été volés à Bordeaux (expulsion de Léna Goestch à la 31ème minute de jeu, défaite 5-1 le 31 octobre)… Je pense que le match à onze contre onze aurait été complètement différent. Ce qui est sûr, c’est qu’on a progressé. On a joué les trois premières équipes de la saison dernière et les trois dernières équipes de cette année. On est à notre place aujourd’hui (6ème au classement de la D1 Arkema).

Les quatre matchs qui arrivent vont nous permettre de nous jauger un peu plus. Si on est à la 6ème place à la trêve hivernale, on aura réussi notre première partie de saison. Je pense que l’équipe est capable de tenir ce classement-là. C’est un championnat hétérogène mais on n’a pas à rougir de nos trois défaites, contre la meilleure équipe au monde (défaite 2-0 à l’OL le 11 octobre), contre la 4ème équipe au classement UEFA (défaite 3-0 contre le PSG à Dijon le 4 octobre) et l’équipe de Bordeaux candidate à la Ligue des Champions. L’échec du début de saison, c’est Soyaux clairement (défaite 2-1 là-bas en ouverture de la saison le 5 septembre) mais il a permis à tout le monde de se dire que rien n’est gagné.»

Avec un peu de recul aujourd’hui, qu’espériez-vous de l’effectif largement renouvelé cet été ?

«On ne sait jamais à l’avance comment le groupe va vivre et fonctionner donc il y a toujours une part d’incertitudes, mais je reste persuadé que c’était le moment de changer des choses. Certaines joueuses ne s’y retrouvaient plus par rapport au niveau actuel de la D1 qui a augmenté et on ne pouvait pas les garder, de même que d’autres dont les activités professionnelles hors-football n’étaient plus compatibles avec l’exigence du haut niveau ici. Le renouvellement total de l’effectif de la D2 à la D1 sur trois ans était d’ailleurs l’objectif.

De la D2, il reste les cadres que sont Ophélie Cuynet et Elodie Nakkach. Le contrat est rempli, surtout parce que sommes toujours en première division et à la 6ème place. Ça aurait été suicidaire de ne pas renouveler le groupe.»

Que pouvez-vous nous dire de Montpellier que vous recevez ce samedi ?

«On sait que nous avons encore du boulot pour être au niveau de ces grosses équipes mais je suis sûr que nous ne sommes pas très très loin sur un match. Il nous manque une victoire contre l’une des cinq premières équipes sur nos deux premières saisons, je crois dur comme fer que nous avons la possibilité de le faire cette année.»

«Dijon va compter encore plus»


Nouveau stade, nouvelle dimension (retrouvez notre article en cliquant ici) ?

«C’est super bien. Entre le centre d’entraînement de Saint-Apollinaire plus le terrain qui arrive, ce sont pour nous un des moyens d’attirer des joueuses et de montrer au football féminin français que Dijon va compter encore plus.

Une mairie doit faire des choix sur la politique sportive… Je pense que Dijon, contrairement à ce que certains pensent, est une ville sportive et multisports… Je n’ai pas la sensation qu’elle aide plus le football que le basketball, le handball ou le rugby par exemple. C’est une ville dynamique.

Quand il y a une diffusion sur Canal+ à domicile, on se doit de montrer des structures dignes de ce nom. C’est un peu limite aux Poussots. On devait jouer à 20h45 contre le PSG et ça a été décalé pour ces raisons. La mairie a bien pris en compte cette dimension et pour moi il n’y a pas lieu d’avoir de polémiques sur le financement d’un nouveau stade.

On est au plus haut niveau, on a des ambitions, les structures doivent suivre et être à la hauteur. J’en profite pour remercier la mairie. Dijon aime le sport et Dijon suit le sport, c’est primordial.»

Le cerveau toujours connecté


On entend souvent que le métier d’entraîneur occupe totalement l’esprit. Qu’en pensez-vous ?

«C’est un sujet tabou finalement car j’en suis conscient. Si je pose à la question à ma femme, elle me dira que j’y passe beaucoup trop de temps. Mais ce métier ne peut que se réaliser avec passion et travail. Ce n’est pas toujours simple à concilier je l’admets mais il ne faut pas trop se poser de questions en essayant de gérer les deux car la famille reste importante. Est-ce que j’aurai une vision différente dans 10-15 ans ? Je ne le sais pas. Ce qui est certain, c’est qu’il faut être en capacité de dépenser beaucoup d’énergie chaque année. Aujourd’hui, j’ai l’énergie nécessaire pour mener tout ça, et le cerveau est connecté 24/24, 7j/7, 365j/365 au football.»

À l’aise dans cette ville ?

«Maintenant que je suis ici depuis 3 ans et quelques mois, j’aime bien cette ville, je la trouve dynamique, qu’elle a énormément évolué. Bien au DFCO et bien à Dijon.

Propos recueillis
par Alix Berthier
Photos : Alix Berthier