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24/04/2020 03:11

RUGBY FÉMININ : «Maintenant, il va falloir atteindre le niveau de l’Élite 2», déclare Didier Foulont

Pour sa sixième année à la présidence du Rugby Féminin Dijon Bourgogne - plus communément appelé Les Gazelles -, Didier Foulont voit l’équipe senior accéder à la deuxième division nationale suite à l’arrêt du championnat pour cause de crise sanitaire. Pour Infos-Dijon, il revient avant tout sur le parcours sportif des Gazelles et parle du renforcement de la structure d’un club qui fêtera ses 20 ans en 2021. Le RFDB compte répondre aux exigences de l’Élite 2.
Quel est votre sentiment sur cette saison tronquée ?

«Le sentiment est celui d’un peu tous les clubs, il y a eu de la déception mais c’était une obligation d’arrêter. On ne pouvait pas faire autrement. Il fallait arrêter les rassemblements et je n’ai pas compris pourquoi des matchs, notamment dans le football, ont continué à se jouer malgré les annonces de confinement.
Est-ce que le Gouvernement devait décréter le confinement plus tôt, ce n’est sûrement à moi de le dire et de telles décisions ne doivent pas être faciles à prendre mais dans le sport, c’est évident qu’il fallait arrêter.»

«Je dis qu’on a gagné cette montée sur le terrain»


Sans parler de cet arrêt de la compétition, aller en phases finales était votre objectif…

«L’objectif dès la montée en Fédérale 1 en 2017 était d’atteindre l’Élite 2 dans les trois saisons qui suivaient. À l’époque, on m’a pris un peu pour un fou. Mais on a travaillé pour. La saison dernière, nous étions tombés contre les joueuses de Montpellier qui sont devenues championnes de France, mais cette saison nous avions fait en sorte de nous rendre l’accession plus facile. On avait je dirais 9 chances sur 10 de monter, avec notre première place de poule et le plus grand nombre de points parmi les équipes premières de poule (en sachant que les Gazelles comptaient un match en retard sur les autres équipes du championnat). Notre saison nous promettait des phases finales à notre portée.»

Officialisée pour des raisons extra-sportives, vous affirmez donc que cette montée est méritée…

«Nous nous étions préparés et nous ne l’avons pas volée. Plus que simplement sur le papier, je dis qu’on a gagné cette montée sur le terrain, avec un groupe formidable qui est monté en puissance chaque saison. On a pu le voir dans les matchs, on était au-dessus du niveau de Fédérale 1. Maintenant, il va falloir atteindre le niveau de l’Élite 2. Il s’agit vraiment de plusieurs marches supplémentaires à gravir. L’écart de niveau est important.
C’était ça l’objectif de toute manière. Je me souviens que plusieurs joueuses étaient venues me voir en début de saison et m’ont affirmé : Président, c’est cette année !»

Une grosse lutte pour le maintien en perspective la saison prochaine ?

«À vrai dire, je n’aime pas parler de maintien. C’est ce qu’on m’a demandé lors de notre première année en Fédérale 1… J’ai répondu qu’on allait jouer la meilleure place possible. Dire qu’on va jouer le maintien, c’est négatif.
Normalement, les deux dernières équipes de la poule qui descendront (une poule de 8 équipes), sous réserve de bouleversement des règlements… Quand reprendront les entraînements ? Quand débutera la saison ? Comment va s’organiser celle-ci ? Dans le contexte actuel, on ne peut répondre pour l’instant. On sait juste que les rassemblements sont interdits avant le 15 juillet au minimum.»

«Ça booste»


En parallèle des objectifs sportifs et compétitifs, on peut constater que le boulot est fait sur la structuration du club…

«On a tous travaillé pour, dans le renforcement du staff. On est d’ailleurs en recrutement de coachs supplémentaires. La nomination d’Arthur Mirepoix en tant que manager - qui est aussi entraîneur des cadettes - est un appui solide pour poursuivre ce travail.
Pour ce qui est de l’équipe senior, le tandem de coachs - Gilles et Yoann Gardes - donne satisfaction. Et nous allons recruter du bon techniquement, si possible ligne par ligne.
Sachant qu’on va mettre en place trois entraînements par semaine, qu’on a déjà commencé la préparation mentale, qu’on va développer la préparation physique, la mobilisation sera forcément plus importante et exigeante.
Depuis le confinement, on travaille sur cette saison prochaine, on avance, et 98% des joueuses se montrent motivées pour s’engager à nouveau. Après, il peut y avoir les mutations, la vie professionnelle qui peut faire que nous perdons des éléments (les joueuses sont bénévoles) mais globalement on prépare au mieux ce qui nous attend. L’idéal serait d’augmenter notre effectif à une cinquantaine de joueuses.»

Justement, sentez-vous déjà un surplus d’attractivité du Rugby Féminin Dijon Bourgogne lié à cette place acquise en Élite 2 ?

«Ça booste. L’année où les Gazelles ont été championnes de France, le recrutement s’est fait tout seul. Là, c’est le cas aussi. Nous sommes contactés et il faut que l’équipe soit étoffée, que l’effectif puisse tourner pour créer une certaine concurrence positive. Actuellement, nous avons une quarantaine de seniors, sans oublier que l’on pratique le rugby à 10. Ça permet à toutes les joueuses de garder le rythme par la compétition. Et nos cadettes, dont quelques une vont intégrer le groupe senior la saison prochaine, jouent au plus haut niveau national. Cette articulation nous convient.»

Où en est le développement de votre école de rugby ?

«C’est quand même difficile de trouver un vivier suffisant de filles voulant pratiquer le rugby entre 6 ans et 14 ans. On a trouvé une entente avec le Stade Dijonnais. Trois mercredis par mois, les entraînements se font avec les garçons et un mercredi donne lieu à un entraînement spécifique pour les filles. Mais cela s’inscrit évidemment dans la volonté de pouvoir faire tourner notre propre école de rugby à terme.
Le RFDB - seul club de la région à ce niveau-là avec Nevers en Pro D2 chez les hommes - est aujourd’hui un exemple. En tant que vice-président de la Ligue Bourgogne-Franche-Comté en charge du rugby féminin, je peux assurer que nous ne sommes pas là pour aller piller les autres clubs, mais pour leur donner un coup de main et réfléchir à des ententes. On sera présents par exemple pour le club de Nuits, qui débute en rugby féminin.»

L’ambition de doubler le budget dans un contexte difficile


Dans une telle période, les contacts avec de potentiels nouveaux partenaires arrivent-ils également ?

«Il faut bien dire que ça tombe mal sur ce point-là… Ces deux mois de confinement et la suspension des partenariats en quelque sorte vont nous créer quelques difficultés en fin d’exercice. Et puis il faudra aller démarcher et argumenter auprès d’entreprises qui ont eu des baisses de chiffres d’affaire… On va aussi se rapprocher des collectivités (Ville de Dijon, Département, Région), notamment de la Ville de Dijon à qui nous avons demandé de renouveler la convention qui nous lie. Les subventions des collectivités varient entre 10.000 et 12.000 euros. La demande a été faite auprès de celles-ci pour que ces dotations soient revues à la hausse.
Nous avons actuellement un budget de fonctionnement 130.000 euros et nous voulons le doubler pour la saison à venir. Les déplacements chez des équipes des sud-ouest vont davantage peser sur les finances.
Il nous faudrait un ou deux gros partenaires en plus. En continuant à compter sur la fidélité des partenaires actuels qui nous accompagnent depuis plusieurs années. Même si ça va être difficile financièrement, il était hors de question de refuser cette montée en Élite 2.»

Du fait de la crise sanitaire actuelle, craignez-vous des baisses du nombre de licencié(e)s dans les clubs ?

«Non honnêtement je ne crois pas. On sent que les sportifs sont impatients de reprendre. Nous, nous avons à peu près 80 licenciées aujourd’hui.»

Quels sont les dossiers majeurs du RFDB pour les années à venir ?

«Il y en a trois : l’école de rugby, le sport-santé et le développement du rugby dans les écoles après être intervenu dans les collèges. Le club est déjà engagé dans ces démarches et sur ces missions.»

Propos recueillis par Alix Berthier
Photo : Jean-Christophe Tardivon