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01/05/2020 20:16

1ER MAI : Manifestation au balcon pour la Fête du Travail

La CGT avait invité à célébrer la journée internationale des travailleurs en manifestant depuis sa fenêtre ou son balcon. Dans la métropole dijonnaise, cela a pris une tonalité toute particulière de défense des services publics.
Le décompte des manifestants ne sera pas aisé à établir ce 1er mai 2020 à Dijon. Que ce soit «selon la police» ou «selon les organisateurs», comment évaluer le succès de cette «manifestation au balcon» à laquelle avait appelé la CGT ? Cela se fera peut-être au travers des sujets de tendance sur Twitter par exemple en cette fin de journée (lire le communiqué).

Pour éclairer la portée à donner à cette journée internationale des travailleurs, si particulière en période d'urgence sanitaire, Infos-Dijon est allé à la rencontre des manifestants les plus visibles. Ils témoignent de la difficulté de revendiquer durant le confinement et donnent une tonalité très «services publics» à ce 1er mai.

«Il faut trouver des moyens de se mobiliser et d'attirer l'attention»


Alain Sancandi est responsable du secteur juridique de l'Union départementale de la CGT Côte-d'Or et président du conseil des prud'hommes de Dijon. Il a affiché lui aussi les banderoles de la CGT spécialement pour ce 1er mai. «C'est extrêmement important pour les travailleurs. La situation fait qu'il faut trouver des moyens de se mobiliser et d'attirer l'attention» indique Alain Sancandi en rappelant le slogan «confinés mais pas muselés».

Pour Patrick Develay, retraité de la Mutualité Française Bourguignonne et adhérent CGT, «c'est important, c'est la Fête des Travailleurs», «cela symbolise tout ce que les travailleurs ont mis en place par rapport à leurs revendications». C'est à dire l'engagement syndical pour obtenir la journée de huit heures, à l'origine de cette célébration. Avec sa pancarte réalisée expressément pour ce 1er mai, le retraité ne demande pas «d’aumône» mais «des salaires décents» ainsi que «l'interdiction des licenciements»

Patrick Develay considère que «si les CHU avaient eu des moyens financiers, des moyens humains, on n'en serait sûrement pas là». À la suite du couac de communication du président national du MEDEF appelant à «travailler plus», le militant CGT fait le parallèle avec l'appel du dirigeant communiste Maurice Thorez à «se retrousser les manches» après la Seconde Guerre Mondiale : «en 1948, les mineurs ont été obligés de se mettre en grève parce qu'ils ne supportaient plus les brimades du patronat». Aujourd'hui, «derrière cette crise sanitaire, il y a une crise économique» indique le retraité qui s'inquiètent pour les futurs licenciés de la crise.

Frédéric Pissot est secrétaire général de la CGT chez Divia. Lui aussi s'est mobilisé pour cette journée particulière. Il a sorti plusieurs drapeaux de son garage pour les accrocher à la fenêtre. À 16 heures, il a participé à sa manière à cette manifestation confinée en agitant un équivalent de drapeau rouge depuis sa fenêtre.

«Il faudra être vigilant quand on sera sorti de ce confinement»


Marc Neveu est enseignant en informatique au sein de l'UFR Sciences et techniques de l'Université de Bourgogne et militant du SNESUP-FSU. Ce vendredi matin, avec quelques camarades, il a déployé durant une heure une banderole à Chevigny-Saint-Sauveur pour attirer l'attention des passants du centre-ville. L'accueil a été plutôt favorable : «ça a permis de montrer que le 1er mai, ce n'est pas juste pour acheter du muguet, c'est aussi la défense du droit du travail. (…) Ce n'est pas parce qu'on est obligé de rester chez soi qu'on n'a pas d'idées. Il est important de montrer à toute la population qu'on existe et qu'il y a une forme de contestation».

Le syndicaliste ronge son frein en attendant le déconfinement : «il faudra être vigilant quand on sera sorti de ce confinement pour maintenir les droits». Il a affiché une grande banderole sur son balcon : «du fric pour l'hôpital, pas pour le capital». La thématique lui est chère : «on voit vraiment l'utilité des services publics, l'hôpital en est un exemple criant. Avec la politique du zéro lit vide, on se retrouve avec des capacités d'accueil des malades qui sont sous-dimensionnées, un manque de personnel évident»

Face au «plan massif» pour l'hôpital annoncé par le président de la République, Marc Neveu ne «demande pas mieux» mais sera «vigilant». «On ne demande que ça qu'il y ait une revalorisation des services publics parce que leur utilité est plus que vitale. On voit bien que la politique de rationalisation à outrance que ce soit avec le PMSI dans les années 1980 ou la T2A maintenant conduit à l'asphyxie complète de l'hôpital. C'est vraiment important de redonner à l'hôpital la capacité de réaliser ses missions. Il y a longtemps que les personnes ont tiré l'alerte».

Pour le militant de la FSU, «il faut changer de modèle de société qui met des critères de gestion du privé sur des services qui ne sont pas forcément rentables. Il faut parler de la mondialisation. Pour des raisons de profit de certaines entreprises, on a fermé les capacités de production de masques, de réanimateurs. Il faudra se poser la question d'avoir une certaine maîtrise publique d'un certain nombre de biens vitaux. Les médicaments, la recherche médicale...».

Le professeur d'informatique reste critique sur le recours au digital : «le numérique, on se rend bien compte que ça ne fonctionne absolument pas. En termes de continuité pédagogique, c'est très vrai pour les plus petits mais c'est vrai aussi pour les plus grands. À l'université, il y a une forte inégalité de traitement parce que tous les étudiants ne sont pas dans les mêmes conditions pour travailler».

Derrière cette tendance, Marc Neveu voit l'action des lobbies : «l'activité pédagogique, c'est important. Rien ne peut se substituer au présentiel où la relation entre l'enseignant et les élèves est très individuelle où l'écoute de chacun est fondamentale et où la réponse aux questions que se posent immédiatement les élèves est fondamentale. C'est quelque chose que les syndicats enseignants dénonçaient depuis un long moment : cette espèce de course sans prendre le temps de consulter ceux dont c'est le métier. On avait l'impression que ce sont plutôt les lobbies de l'informatique qui imposent des solutions technologiques à des problèmes qui n'ont pas été analysés en amont par l’Éducation nationale. (…) L'outil informatique peut venir en aide à des activités pédagogiques bien encadrées avec du personnel suffisant». Et d'insister sur le «flop» des MOOCS, des cours en ligne.

Jean-Christophe Tardivon