
Ce lundi 9 mars, à Dijon, la députée socialiste a présenté le texte qu'elle défend pour «réguler le fractionnement du travail», courant dans le secteur de la propreté, très féminisé. Une vingtaine de participants ont élargi le débat aux conditions sociales des femmes.

Depuis une dizaine d'années, à l'échelle de la métropole dijonnaise, des élus et des militants associatifs sensibilisent à la problématique des horaires décalés les entreprises recourant à des personnels d'entretien de bureaux, des personnels féminins en grande majorité.
À l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Océane Godard (PS), députée de la Côte-d'Or et conseillère régionale de Bourgogne-Franche-Comté, a organisé, ce lundi 9 mars 2026, à Dijon, une réunion de présentation de la proposition de loi qu'elle porte pour encadrer le travail dans le secteur de la propreté. L'objectif est de tendre vers une intervention en journée et en continu.
Une vingtaine de personnes ont participé, représentant des donneurs d'ordre – comme Engie, Total énergies et la Métropole de Dijon –, des prestataires – principalement dans le champ de l'insertion par l'activité économique et l'aide à domicile – ainsi que des associations de défense des droits des femmes.
En Côte-d'Or, 72% des personnels de l'entretien sont des femmes
«On est mobilisé vers l'égalité réelle», déclare Océane Godard en référence à l'égalité entre les femmes et les hommes dans une acception plus large que l'égalité professionnelle. «Je crois que c'est possible sur des levier, notamment un levier parlementaire que j'ai activé parce que, sur les territoire dijonnais, on a été pionnier.»
En Côte-d'Or, dans le secteur de l'entretien-propreté, les femmes constituent 72% des personnels. Nombreuses sont celles qui travaillent en horaires fractionnés : tôt le matin et tard le soir. Les CCD et le recours au temps partiel sont très répandus.
«Souvent, c'est un temps partiel subi avec des enfants qui restent seuls le matin parce qu'on a beaucoup de familles monoparentales», commente la socialiste.
«Donner de la visibilité à des compétences»
«L'idée est d'accompagner les entreprises dans le secteur de l'entretien-propreté à aller vers le travail en journée en continu, également les donneurs d'ordre. On peut entretenir des bureaux en journée en continu, il suffit de s'organiser un peu différemment, d'accepter que quelqu'un vienne – une femme, un homme – dans son bureau pour le nettoyer», développe-t-elle.
Selon Océane Godard, il s'agit de «donner de la visibilité à des compétences complètement invisibilisées». «C'est aussi de la dignité, permettre la rencontre entre les salariés d'entreprise et les agents d'entretien.»
«Les entreprises en font un levier d'attractivité pour les métiers»
«Depuis 2010, il existe des circulaires – qui conviennent plutôt bien à la Fédération des entreprises de la propreté – qui visent à faire en sorte qu'il y ait davantage en journée et en continu dans le secteur de la propreté», expose la député, «mais elles n'ont pas été appliquées dans leur intégralité».
Bien que «les entreprises en fassent un levier d'attractivité pour les métiers», «cela pose le sujet des contrats courts (…) et des emplois de mauvaise qualité».
De manière générale, la socialiste considère que le nombre de contrats courts augmente dans le secteur de l'entretien-propreté : «pour le dernier trimestre, on est à 90% de recrutements en CDD à temps partiel». «Ce sont plutôt les femmes, les jeunes, les seniors qui sont impactés par ces contrats courts.»
Un témoignage sur une demande de personnels de travailler de nuit
Samia Djemali, maire sortante de Corcelles-lès-Cîteaux et directrice d'un service d'aide à domicile pour personnes en situation de handicap en Côte-d'Or, indique employer 25 femmes et un homme pour des interventions 24 heures sur 24 en raison de surveillance de nuit.
«50% des femmes veulent travailler la nuit pour être tranquilles pour s'occuper de leurs enfants la journée», témoigne la directrice qui précise qu'elle signe généralement des CDI à temps partiel de 140 heures par mois. «C'est pour ça qu'on n'est pas dans l'interdiction», réagit Océane Godard.
«L'exemple idéal de la place des femmes dans le travail»
Ancienne éducatrice spécialisée dans un foyer de l'enfance et actuelle présidente de l'Association pour le droit à mourir dans la dignité Côte-d'Or, Élisabeth Duclut incite à s'interroger sur le fait que «ces femmes, souvent monoparentales, sont obligées de s'arranger avec le système actuel».
«Ce secteur [de la propreté], c'est l'exemple idéal de la place des femmes dans le travail», souligne Élisabeth Duclut. «Pourquoi le système ne s'adapte pas ?»
«C'est un sujet de management»
Administratrice du Collectif droit des femmes Côte-d'Or, Anne-Lise David soulève la question du respect des personnels d'entretien.
«Si on se rencontre, on se dit bonjour, un lien se crée», réagit Océane Godard. «C'est un sujet de management. Il s'agit d'embarquer l'ensemble des parties prenantes de l'entreprise parce qu'il y a des réactions qui pourraient heurter. Il y a quelqu'un qui vient rendre un service, prendre soin du lieu de travail.»
Le directeur de l'association Aide à domicile en milieu rural Côte-d'Or indique employer 97% de personnels féminins : «on essaie de s'adapter dans la construction des plannings». Le directeur appelle à «une éducation des entreprises utilisatrices» pour «sortir ces travailleurs de l'ombre».
«Un sujet sociétal qui va loin»
Directrice de l'entreprise d'insertion Envie, Nathalie Bartman insiste sur le sujet du prendre soin : «parmi les femmes en situation de précarité, il y a effectivement des familles monoparentales et des personnes qui travaillent de nuit, volontairement parce que ça rapporte plus ou de façon subie parce que les enfants se retrouvent seuls de nuit».
«C'est un sujet sociétal qui va loin», souligne la directrice, «le prendre soin est peu rémunéré, quel dommage». «Ça pourrait être un vrai objectif de RSE dans les entreprises.»
Entre conditions de travail et conditions sociales
Au gré des échanges, le champ s'élargit pour aborder effectivement l'organisation du travail entre femmes et hommes ainsi que les conditions sociales des femmes et même la prévention des violences intrafamiliales.
Une bénévole de l'association Femme égalité emploi analyse que «quand on rend les métiers mixtes, on fait beaucoup évoluer les conditions de travail, les salaires, la formation».
Responsable des ressources humaines d'Eiffage construction et marraine de l'association Elles bougent, Solène Augueux indique avoir «doublé l'effectif de femmes sur des métiers techniques opérationnelles chantier» et avoir recruté un homme parmi les ressources humaines, ce qui avait alors surpris.
Le vice-président de l'association Décibelles approuve et témoigne de l'engagement des membres de sa structure pour «valoriser l'esprit d'entreprise au féminin».
Ancien directeur financier et désormais coach, Jean-François Roger témoigne de démarches volontaristes de certains donneurs d'ordre.
Présidente du Centre d’information sur le droit des femmes et des familles Côte-d'Or, Jacqueline Bongard soulève la question des droits des personnels de ménage indépendants.
Présidente de l'association Maison bleu ciel, chirurgien-dentiste et mère de quatre enfants, le Docteur Sixtine Huguenot réagit en témoignant de son organisation entre domicile et cabinet médical en recourant à une femme pour l'entretien : «j'ai appris à mes enfants à la respecter ; maintenant, ils nettoient les carreaux avec elle, c'est devenu un jeu».
Militant contre les violences faites aux enfants, Christelle Joly signale que «l'aide fiscale pour la garde des enfants s'arrête à six ans mais à six ans, l'enfant ne se garde pas tout seul» et déplore «le manque de places dans les centres pour enfants» à Dijon.
Journaliste et président de l'association Mee too média, Emmanuelle Dancourt signale les conséquences sur la santé des personnels amenés à travailler de nuit durablement.
«Faire progresser durablement la place des femmes dans l'entreprise»
«Engie reste pleinement mobilisé pour faire progresser durablement la place des femmes dans l’entreprise et ancrer la parité comme un levier de performance, d’attractivité et de gouvernance responsable», déclare Clémentine Noirard à
Infos Dijon à l'issue de la réunion, en élargissant le sujet aux conditions de travail des femmes.
«Depuis plusieurs années, nous menons une politique cohérente et continue : féminisation des viviers de recrutement, renforcement de l’attractivité des métiers techniques, accompagnement des carrières, transformation culturelle, équité salariale et consolidation de nos politiques sociales», développe la déléguée régionale Bourgogne-Franche-Comté de l'énergéticien.
«Notre ambition est claire : atteindre entre 40 % et 60 % de femmes cadres d’ici 2030, grâce à des plans d’action déployés dans chaque pays et chaque entité du groupe», souligne-t-elle.
«Au cœur de la proposition de loi, il y a la question du dialogue social»
Interrogée par
Infos Dijon sur le choix d'une nouvelle contrainte pesant sur les entreprises plutôt que d'un système de bonus-malus comme celui appliqué aux contrats courts, Océane Godard considère que ce dernier «ne fonctionne pas très bien» et assume «le fait de contraindre davantage sans interdire».
«Au cœur de la proposition de loi, il y a la question du dialogue social», insiste la députée, «si la proposition de loi est votée, il y a six mois pour que la branche [du secteur de la propreté] s'organise». «La condition pour que cela fonctionne, c'est vraiment l'accompagnement de l'ensemble des parties prenantes.»
«Le financement serait progressif», précise la socialiste alors que le coût est compensé par une augmentation des taxes sur le tabac, un dispositif régulièrement proposé par les députés et qui est en fait abondé par l’État.
Réguler le fractionnement du travail dans le secteur de la propreté
Les conditions de travail des personnels du secteur de l'entretien et de la propreté préoccupent les députés. En février 2025, le groupe parlementaire Écologiste et social a déposé une proposition de loi pour «protéger les travailleuses du nettoyage en permettant des horaires de travail de jour». Cela revenait
de facto à interdire le travail de nuit dans ce secteur.
Si cette proposition de loi a été adoptée par la commission des Affaires sociales, le temps a manqué pour permettre son examen lors de la niche du groupe Écologiste et social.
Océane Godard revient donc sur le sujet avec la proposition de loi qui vise à «réguler le fractionnement du travail dans le secteur de la propreté» à l'issue d'un travail avec la Fédération des entreprises de propreté et en s'appuyant sur des dispositions du Cote du travail, du Code des marchés publics et du Code la fonction publique.
Le fractionnement du travail ne serait autorisé que s’il est «réellement nécessaire à la continuité d’un service public ou d’une activité économique».
Un large soutien
Porté par la députée socialiste de la Côte-d'Or, le texte a recueilli près d'une centaine de signatures venant de différents groupes, sauf celui du Rassemblement national. Seule la Franc-Comtoise Dominique Voynet (LE) a signé parmi le groupe Écologiste et social.
Océane Godard compte recueillir la signature d'Astrid Panosyan-Bouvet (REN), ancienne ministre du Travail redevenue députée de Paris, et se félicite du «soutien» de Yaël Braun-Pivet (REN), présidente de l'Assemblée nationale, qui expérimente la démarche sur l'entretien en journée du Palais Bourbon.
La députée dijonnaise table sur un examen du texte par les députés, en juin prochain, lors de la semaine transpartisane de l'Assemblée nationale.
Jean-Christophe Tardivon








