
L'entreprise Dent Wizard a installé une carrosserie éphémère à Dijon pour réparer environ 2.000 véhicules impactés par la grêle du 15 juillet dernier. «Nos débosseleurs ont tous entre 20 et 30 ans d'expérience», a indiqué Simon Zappoli, ce jeudi 13 août. Le responsable du site s'attend à enchaîner les réparations durant deux ans.

Les conséquences de l'épisode de grêle du 15 juillet dernier se font ressentir auprès des propriétaires de véhicules qui ont été abîmés par les grêlons. Bien que très localisé, le phénomène a concerné plusieurs milliers de véhicules dans l'agglomération dijonnaise, sans compter les autres localités ou encore les territoires où des cultures ont été ravagées.
Depuis, les différents acteurs du secteur de l'automobile sont sur le pont pour accompagner ces propriétaires de véhicules, du conseiller d'assurance jusqu'aux réparateurs dont les débosseleurs, métier qui se développe ces dernières années.
Ce jeudi 13 août 2026, alors qu'il reçoit encore plus de 100 véhicules par jour pour le premier diagnostic, Simon Zappoli, coordinateur de la plateforme dijonnaise de Dent Wizard – «le magicien des bosses» en français –, a présenté à Infos Dijon son activité, une alternative à la traditionnelle carrosserie-peinture.
La technique du débosselage sans peinture
«Dent Wizard est une entreprise de débosselage connue dans toute la France qui est spécialisée dans le débosselage sans peinture», a revendiqué Simon Zappoli, «elle a des plateformes dans toutes les régions qui ont été touchées par la grêle».
«Le débosselage sans peinture est réalisé grâce à des outils spécifiques, telles de grandes tiges de fer, qui permettent de redresser la tôle des véhicules. De par sa nature, cette technique ne nécessite aucun ajout de matière (ni peinture, ni mastic) rendant ainsi l’intervention complètement écologique», explique-ton du côté de Dent Wizard.
Une «carrosserie éphémère» installée dans la zone Cap Nord pour deux ans
À la suite de l'épisode de grêle, devant le nombre d'assurés concernés, Dent Wizard a installé une carrosserie éphémère dans un hangar vide de la zone Cap Nord, à Dijon, équipée d'un accueil, de tunnels de lumière ainsi que d'un scanner de véhicules capable de réaliser, en quinze secondes, 3.800 clichés analysés par une intelligence artificielle.
Il s'agit de pouvoir «faire tout ce qui est carrosserie, de A à Z, pour prendre du début jusqu'à la fin des réparations, pour que le client puisse repartir une fois les travaux terminés».
«Tant que les dossiers ne seront pas traités, on restera sur place», a précisé le responsable du site. La plateforme pourrait être active durant deux ans.
Le site est animé par quatre personne à l'accueil, cinq experts et quatre débosseleurs à ce stade, leur nombre pouvant augmenter dans les prochaines semaines.
Mandatés par différentes assurances, les experts n'ont aucun lien avec Dent Wizard. Les débosseleurs sont des prestataires commandités par Dent Wizard, venant parfois d'Italie ou du Brésil.
Une centaine de véhicules expertisés par jour
«On est toujours dans la phase d'expertise donc de chiffrage des véhicules», a indiqué Simon Zappoli, «mais on commence de réparer quelques véhicules qui sont le moins touchés».
Deux mois après la soirée fatidique, entre 100 et 125 véhicules sont encore expertisés tous les jours.
«Les gens arrivent, se garent sur le parking, ils se présentent avec leur carte grise et la clé à l'accueil où ils sont pris en charge», a développé le responsable du site. «Nos jockeys amènent le véhicule dans le tunnel de lumière qui correspond à leur assurance. Il y a le chiffrage avec le débosseleur et les experts. Pour finir, quand on rend le véhicule, l'expert peut venir voir le client, sinon se fait la prise de rendez-vous pour les réparations.»
Dix mois d'attente pour un rendez-vous
Ce jeudi, les rendez-vous proposés débutaient à la mi-juin prochain, en 2027. «Les voitures sont très touchées, il y a beaucoup de travaux de peinture», a précisé Simon Zappoli, «on va installer deux cabines de peinture». «On va traiter entre 6 et 8 voitures par jour, ce qui est un bon rythme. Il y a les pièces à commander, toute la préparation, les finitions et les nettoyages.»
«Il y a beaucoup de technique dans chaque voiture, ça dépend où sont placés les grêlons – on parle de petits, moyens, grands et hors-catégorie pour définir la qualité de la bosse et le temps imparti – et si la peinture a craqué», a-t-il ajouté.
Les débosseleurs ont «la passion de l'automobile»
«Débosseleur est un métier qu'on n'append pas en deux mois, ça prend du temps pour se former», a souligné le responsable du site. «Pour avoir un bon débosseleur, il faut au minimum cinq ans. Nos débosseleurs ont tous entre 20 et 30 ans d'expérience. Cela demande une expérience longue dans le domaine pour être bon et rapide. C'est très dur, il faut avoir la patience, la précision et l'amour.»
«C'est un beau métier, il faut avoir la passion de l'automobile», s'est enthousiasmé Simon Zappoli, «j'appelle ça un art parce que tout est dans la finition». «Le client sait dans quel état est arrivé son véhicule donc il faut lui ressortir comme s'il était neuf.»
Entre 500 et 700 impacts de grêle sur un véhicule
Expert automobile depuis dix ans, Vincent Charles fait partie du groupement de cabinets d'expert Groupe 21 (ex-Atmo expertise) intervenant dans toute la Bourgogne-Franche-Comté.
«L'épisode de grêle est tombé en plein centre-ville de Dijon donc on savait qu'on allait recevoir beaucoup de missions de la part des assurance», a réagi Vincent Charles. Ainsi, Groupe 21 a reçu 4.000 missions à répartir entre les différents experts sur près de trois mois.
«Dans un premier temps, on effectue l'identification du véhicule pour vérifier qu'il correspond bien à celui qui est assuré», a-t-il indiqué, «ensuite, on regarde combien ça coûte».
D'où le recours à un tunnel de lumière, à des lampes mobiles et des réflecteurs à rayures pour observer précisément la carrosserie : «à l'extérieur, en pleine lumière, véhicule sale, les gens vont voir les plus grosses bosses et en compter une vingtaine ; en réalité, on est sur une moyenne entre 500 et 700 impacts sur chaque véhicule». «C'est important d'être équipé, avec du matériel de professionnel.»
Les dégâts sur les pare-brises suscitent bien des interrogations de la part des conducteurs. Selon, Vincent Charles, «c'est l'inclinaison du pare-brise» qui constituent le principal facteur après la taille des grêlons et la force du vent. En général, moins le pare-brise est incliné, plus l'impact sera violent.
Le coût des réparations peut dépasser la valeur économique du véhicule
Au moment du rendez-vous pour l'expertise, les assurances ne signalent pas toujours l'éventualité d'un coût des réparations supérieur à la valeur économique du véhicule, ce qui le rend irréparable. «Les clients s'y attendent en voyant les dégâts, ils connaissent la valeur moyenne de leur véhicule», a toutefois considéré Simon Zappoli.
«On essaie de faire au mieux, il y a des véhicules pour lesquels on arrive à un chiffrage correct pour que l'assurance accepte les réparations. Quand les véhicules sont trop vieux, quand ils sont mal entretenus et qu'ils ont trop de kilomètres et que les dégâts sont trop importants, c'est économiquement irréparable», a-t-il développé.
«Quand on voit que le véhicule n'est pas économiquement réparable, les gens ont le choix entre céder le véhicule pour l'estimation qu'on en a faite ou conserver le véhicule avec ses bosses et être indemnisé en différence de valeur», a expliqué Vincent Charles.
Certains clients conservent donc leur véhicule abîmé auquel ils sont attachés quand d'autres considèrent l'indemnisation comme un apport pour faciliter un changement de véhicule.
En revanche, «les véhicules récents sont complètement pris en charge», a souligné l'expert automobile. La moyenne des réparations constatées sur le site oscille autour de 6.000 euros.
«Les orages sont plus violents»
Au total, environ 3.000 véhicules sont à expertiser sur le site dijonnais de Dent Wizard. Entre les véhicules irréparables ou les choix des clients de changer de voitures, les professionnels auront à réparer entre 1.500 et 2.000 véhicules durant les prochains mois, à partir de la mi-septembre.
«C'est de la grêle assez forte», a envisagé Simon Zappoli au regard des dégâts sur les voitures et de l'ampleur des clients concernés, «avec le réchauffement climatique, on devra s'attendre à des épisodes similaires, plus souvent car les orages sont plus violents».
Les cabinets d'expertise recrutent
«On manque d'experts automobile», a glissé Vincent Charles, «l’État voudrait qu'on soit 9.000 et on est 6.000». «On cherche de la main d’œuvre !»
Deux ans d'expérience dans le secteur automobile est un prérequis à partir duquel les candidats peuvent aborder deux ans de formation, le plus souvent comme expert-stagiaire dans un cabinet d'expertise, à l'issue de laquelle un examen – «très difficile avec environ 20% de réussite» – permet de valider le parcours.
Jean-Christophe Tardivon









