
Sur le départ, le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté a livré un discours en guise d'héritage à entretenir, lors d'une cérémonie, ce jeudi 23 avril, à Dijon. «La Bourgogne-Franche-Comté est une terre de traditions industrielles», a-t-il considéré.

Un an et demi après son arrivée en Bourgogne-Franche-Comté, la mission du préfet Paul Mourier prend fin. Une période relativement courte pour un haut fonctionnaire mais qui lui aura toutefois permis de «mettre son empreinte» sur le territoire, comme cela a été avancé, ce jeudi 23 avril 2026, à Dijon, lors de la réception organisée pour son départ dans les salons de l'Hôtel de préfecture.
«L'administration régionale doit être au service des territoires», avait déclaré Paul Mourier à son arrivée (
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Durant son discours, le préfet a laissé quelques messages à l'intention des acteurs institutionnels et économiques, en insistant sur les enjeux liés à l'industrie, le changement climatique, la ressource en eau et la jeunesse. Un héritage à entretenir en quelque sorte.
«Vous resterez, dans la mémoire collective, comme un grand serviteur de l’État»
En préambule, Nathalie Koenders (PS), maire de Dijon, remercie le préfet pour «le dialogue constructif» qu'il a établi, notamment sur les dossiers de sécurité.
À son tour, François Sauvadet (UDI), président du Département de la Côte-d'Or, enchaîne sur le même thème en évoquant l'incendie du collège Jean-François Champollion, à Dijon, survenu en décembre dernier.
«J'ai pu d'abord apprécier, dans ces circonstances, vos qualité de sang-froid avec les forces de l'ordre, du parquet, de l'ensemble des institutions judiciaires pour, très vite, sécuriser la population, permettre le retour [des élèves] (…) avec la volonté commune de rouvrir très rapidement ce collège, symboliquement parce que la République doit tenir debout», développe le centriste.
«Nous sommes dans une période de changements profonds liés au climatique», poursuit le responsable de l'exécutif départemental pour aborder le sujet de la ressource en eau : «vous avez réussi à faire en sorte que nous puissions faire un grand pas pour sécuriser, sous votre mandat de préfet, l'approvisionnement en eau de 50 % des communes de ce département».
François Sauvadet en vient à saluer «le dialogue» également instauré avec le monde agricole, y compris en période de mouvement social : «vous avez veillé à l'ordre public (…) mais vous avez aussi veillé à permettre l'expression d'une catégorie professionnelle qui souffre beaucoup».
«Vous resterez, dans la mémoire collective, comme un grand serviteur de l’État et de la République», conclut-il avant de remettre la médaille d'honneur du Département à Paul Mourier.
Pour sa part, François Patriat (REN), sénateur de la Côte-d'Or, considère que le mandat du préfet se révèle «trop court», en saluant «l'attachement» et «la passion» de Paul Mourier pour la Côte-d'Or.
«Dès le début, vous avez compris l'intérêt du développement économique et des grandes filières», souligne l'élu social-libéral. «On est un préfet lorsqu'en si peu de temps – puisque le temps vous a été compté – on met son empreinte.»
«La Bourgogne-Franche-Comté est une terre de traditions industrielles»
S'appuyant sur le propos précédent, Paul Mourier confie qu'il aurait souhaité pouvoir «pousser le bail de [ses] fonctions de quelques mois supplémentaires jusqu'à cette limite fatidique de l'âge de la retraite».
Ce regret brièvement exprimé, le préfet préfère envisager «les atouts» de la région : les filières industrielles et l'agriculture – dont la sylviculture – principalement.
«La Bourgogne-Franche-Comté est une terre de traditions industrielles», insiste-t-il, «c'est un atout pour le développement des entreprises existantes et, surtout, pour faire venir des nouvelles entreprises». «Avec le nucléaire, on peut penser qu'il y aura tout un chapelet de nouvelles entreprises qui vont venir s'installer sur le territoire régional.»
«Un emploi industriel génère cinq à sept emplois supplémentaires», explique l'orateur, «l'industrie est créatrice d'emploi, elle va permettre d'offrir des emplois à nos jeunes et attirer des talents de personnes venant de l'extérieur».
«La paysannerie est porteuse de valeurs»
«L'agriculture est une force pour ce territoire», enchaîne Paul Mourier qui reprend le mot d'ordre de la chambre d'agriculture de la Côte-d'Or, «il nous avoir des exploitations rentables pour une agriculture durable». «Il faut que nous travaillons des modèles qui soient économiquement viables. Comment installer les jeunes si on n'est pas capable de leur offrir une véritable rentabilité de leur exploitation ?»
«Cette équation entre renouvellement générationnel et équilibre économique des exploitations est une équation sur laquelle il faudra, bien évidemment, travailler», insiste-t-il en référence aux Conférences de la souveraineté alimentaire en cours (
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«La paysannerie est porteuse de valeurs, valeur du travail, valeur des traditions, c'est également la ruralité», considère alors l'orateur qui se refuse à «opposer le monde urbain et le monde agricole» car «on a vraiment besoin de tous».
«Il faut que la main de l'homme accompagne la forêt»
S'appuyant sur l'implantation du parc national de forêts, en partie en Côte-d'Or, Paul Mourier soulève l'enjeu de la sylviculture : «c'est une couverture de forêts absolument considérable avec des retombées économiques, écologiques, environnementales indiscutables».
«Cette filière est une richesse qui est fragilisée avec ce réchauffement climatique», alerte-t-il toutefois devant Anne-Catherine Loisier (divers centre), sénatrice de la Côte-d'Or. «L'approche économique est tout à fait importante.»
«Osez planter des essences exogènes», exhorte l'orateur. «Le réchauffement climatique nous y invite. Il faut multiplier [les essences] sur la forêt pour la régénérer car elle ne peut pas le faire d'elle-même. L'avancement du réchauffement climatique est trop rapide. Donc, il faut que la main de l'homme accompagne la forêt. (…) Osez structurer l'amont et l'aval, la filière est trop dispersée.»
«Il faut décarboner et être plus sobre en matière énergétique»
Malgré ces atouts, la Bourgogne-Franche-Comté fait face à des défis : le développement durable, l'attractivité du territoire, la démographie et la ressource en eau.
«Le territoire est insuffisamment préparé au réchauffement climatique, qu'elles que soient les activités», alerte Paul Mourier, en insistant sur la mobilité, le logement et l'énergie. «Il faut rendre le territoire résistant» avec «la décarbonation des activités humaines. Il faut décarboner et être plus sobre en matière énergétique.»
«Les chefs d'entreprise l'ont parfaitement compris», assure le préfet», ils investissent dans la décarbonation de leurs entreprises, c'est un facteur de compétitivité et c'est une nécessité commerciale».
À la suite des initiatives de la Région Bourgogne-Franche-Comté en matière d'attractivité, «l’État a emboîté le pas avec des approches un peu différentes», signale Paul Mourier devant Jérôme Durain (PS), président du conseil régional, en évoquant l'enjeu des créations d'emplois.
«Il faut gagner des parts de marché en allant se battre pour attirer des entreprises», exhorte le préfet.
«Dire comment on fait pour maintenir des écoles, des collèges, des lycées partout sur le territoire»
«Il y a une cible prioritaire, c'est la jeunesse», analyse Paul Mourier alors que les projections démographiques envisagent la perte de 400.000 habitants d'ici 2070. «Il faut travailler effectivement pour une liaison avec les besoins en ressources humaines du monde économique et de l'industrie privée récemment.»
«Il ne s'agit pas d'adapter notre système scolaire, il s'agit de restructurer en profondeur l'organisation territoriale de l'école», anticipe le préfet. «Il va falloir avoir le courage de dire comment on fait pour maintenir des écoles, des collèges, des lycées partout sur le territoire. Les formules qui existaient jusqu'à présent ne peuvent plus répondre au défi qui est le nôtre.»
Des «investissements majeurs» à venir pour la ressource en eau
«Il pleut trop ou pas assez», glisse Paul Mourier pour introduire le sujet de la ressource en eau. «L'eau va devenir rare, donc chère. Il faut qu'on se mette en situation d'éviter les conflits d'usage entre l'eau potable, l'eau pour l'industrie, l'eau pour l'agriculture.»
«Il va falloir réaliser des investissements majeurs et onéreux», envisage le préfet, «que ce soit la création de nouvelles ressources, des interconnexions, des usines de traitement de l'eau. Tout cela va représenter des centaines de millions d'euros.»
«Il n'est pas question de puiser dans la nappe phréatique», nuance l'orateur, «quand il pleut trop, il s'agit de créer des retenues à tailles humaines, des petits collectifs répartis intelligemment sur l'ensemble du territoire».
«Aller à la simplification»
Le préfet remercie alors l'ensemble des agents des services déconcentrés de l’État en Bourgogne-Franche-Comté – ainsi que des opérateurs –, les incitant toutefois à «aller à la simplification» et à penser «aux pouvoirs dérogatoires des préfets» de façon à «redonner confiance aux entreprises».
En Côte-d'Or, «il n'y a plus un point de deal fixe»
Paul Mourier partage sa «grande fierté» concernant l'action pour lutter contre la criminalité organisée : «je n'oublie pas la nécessité de contenir au quotidien la délinquance, les violences intrafamiliales, les violences sexuelles qui sont en augmentations (…) mais il fallait mettre un coup vraiment d'arrêt fort sur les narcotrafics».
«À l'heure où nous parlons, il n'y a plus un point de deal fixe dans la métropole et dans le département de la Côte-d'Or. Petits et grands trafiquants ont été incarcérés et des enquêtes sont toujours en cours», indique le préfet qui salue la collaboration menée avec le procureur de la République et les personnels des forces de sécurité intérieure. «Le trafic existe toujours mais on leur a fait quand même du mal !»
Des cadeaux et une distinction
Après le ban bourguignon qui clôt la cérémonie, Paul Mourier reçoit quelques cadeaux et une distinction : la médaille de la Fédération nationale des chasseurs, un véritable casque de sapeurs-pompiers ou encore une réplique miniature de la célèbre sculpture de l'Ours blanc de François Pompon.
«Je vous quitte à peine, ce n'est qu'un au revoir», assure alors le préfet dont la famille est ancrée dans l'Auxois.
Jean-Christophe Tardivon






















