
En marge de la présentation d'une découverte majeure sur un chantier de fouilles à Dijon, ce mardi 17 mars, le président de l’institut d'archéologie préventive s'est exprimé sur les contraintes des recherches pour les collectivités locales.
La polémique a été lancée par François Rebsamen (FP), le 26 janvier dernier, sur fond de coût des fouilles d'archéologie préventive en amont de chantiers de construction qui se retrouvent parfois reportés voire annulés (
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Le président de la Métropole de Dijon et ancien ministre de l'Aménagement du territoire s'est adressé à ce sujet au président de l'Institut national de recherches archéologiques préventives, Dominique Garcia. Ce dernier a pu réagir, interrogé par
Infos Dijon, ce mardi 17 mars 2026, en marge de la présentation d'une découverte majeure de Gaulois inhumés en position assise (
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«Dans la plupart des autres pays européens, si on trouve des vestiges, on arrête la construction»
Selon François Rebsamen, la Ville et la Métropole de Dijon ont versé 2,5 millions d’euros à l’INRAP en trois ans. En plus de cela, un projet de construction prévu n’a finalement pas abouti, le porteur de projet ayant renoncé devant les fouilles forfaitaires et optionnelles à réaliser. François Rebsamen vous aurait écrit. Que lui répondez-vous ?
«Non, monsieur Rebsamen ne nous a pas écrit, il en a parlé dans la presse et nous lui avons répondu de manière cordiale et précise. On sait très bien ce qu’on a facturé et cela ne correspond pas à cette somme.»
Quel est donc le véritable montant ?
«Je n’ai plus le chiffre en tête, mais c’est sensiblement moins. Mais le véritable problème, à mon sens, c’est que l’archéologie a un coût ! Il est évident que des opérations longues et nombreuses ont un coût et peuvent peser sur les finances d’un particulier ou d’un public.»
«En revanche, c’est la contrepartie, avec l’application de la loi, de terrains qui sont ensuite laissés libre à l’aménagement. Dans la plupart des autres pays européens, si on trouve des vestiges, on arrête la construction parce que ces vestiges sanctuarisent le secteur d’un point de vue patrimonial.»
«En France, la loi qui date de 2001 consiste à démonter les vestiges pour ensuite laisser libre à l’aménagement. Et bien entendu, cette activité a un coût.»
«On ne peut pas diminuer la note»
Serait-ce possible justement de diminuer ce coût ?
«Non, les factures qui sont présentées par l’INRAP sont franches et sincères. Mais elles induisent les mises en sécurité du secteur, les terrassements, le matériel… Les marges sont minimes, nous sommes un établissement public et on agit dans une mission de service public et on ne peut donc pas diminuer la note.»
«Les Dijonnais méritent que leur patrimoine soit respecté. Et d’ailleurs, tous les travaux que l’on a pu faire à Dijon ou ailleurs dans la métropole dijonnaise se sont passés correctement.»
«C'est grâce à ces fouilles que l'on découvre l’histoire des populations»
Que répondez-vous aux élus qui disent que ces fouilles se réalisent au détriment des finances des collectivités locales ?
«Je leur répond que c’est aussi grâce à ces fouilles que l’on découvre l’histoire des populations. On agit là avec une autorisation de la préfecture et grâce à des financements qui méritent d’être alloués à ces opérations-là.»
«Concilier l’aménagement du territoire et la préservation du patrimoine»
Pour de nombreux élus, ces fouilles constituent aussi une certaine lourdeur administrative…
«Forcément, tout est lourdeur ! C’est comme respecter l’environnement, respecter les populations ou respecter la circulation. Tout cela a une lourdeur et un coût ! En tant que citoyen, je ne peux que partager cette vision-là.»
«En revanche, notre mission à l’INRAP consiste à concilier les deux actions : l’aménagement du territoire et la préservation du patrimoine. Et cela au bénéfice du maître d’ouvrage qui soit public ou privé.»
«Là sur ce chantier [de l’école Joséphine Baker, à Dijon], on a à faire à des sépultures. Je mets au défi n’importe quel élu qui trouverait cette démarche de trop d’aller mettre en place une pelle mécanique au milieu d’un cimetière ou de sépultures. Je crois qu’aujourd’hui ça ne serait pas accepté par la population, et l’élu lui-même ne l’accepterait pas.»
Propos recueillis par
Fabrice Aubry
Dominique Garcia, président de l'Institut national de recherches archéologiques préventives, sur le chantier de fouilles de l'école Joséphine Baker, le 17 mars 2026, à Dijon (photographie Fabrice Aubry)