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08/05/2020 13:18

CONFINEMENT : «Il y a déjà l’importance de prendre soin de soi»

Comment éviter de s’enfoncer dans les travers du quotidien durant le confinement ? Questions au docteur Juliette Martin, psychiatre responsable du Centre d’intervention précoce pour psychose (CIPP) au centre hospitalier La Chartreuse.
Alors que le déconfinement est annoncé à partir du 11 mai, c’est une période de confinement de près de deux mois qui va s’atténuer. Sans doute que le 11 mai sera «un bol d’air» dans le quotidien, mais toujours est-il que le déconfinement ne peut être que progressif et que le respect des règles sanitaires va perdurer.
Nous avons posé quelques questions au docteur Juliette Martin, psychiatre au centre hospitalier La Chartreuse. Elle revient sur ce long confinement mais donne également des clés pour ne pas se laisser happer par cette période dans laquelle la santé mentale peut être touchée.

Quels effets peut provoquer le confinement sur nous-mêmes ?


«Le fait d’être confiné en lui-même peut impacter la santé mentale dans l’idée qu’il y a une réduction des libertés… Ça peut générer de l’anxiété, accentuer les troubles du comportement (sommeil, addiction, alimentation). La situation peut être anxiogène même pour une personne qui ne l’est pas au départ. Ça peut générer un certain mal-être, de la tristesse.
Et puis il y a les ruminations : l’incertitude de savoir si on va être malade ou pas, l’absence de lien social, la perte éventuelle d’un travail, la mise en chômage partiel… Sans oublier qu’on ne sait pas quand on va se débarrasser de ce virus qui touche à l’humain mais aussi au social et à l’économique.»

Cette longue période de confinement peut-elle laisser des traces ?


«En fait, en médecine, nous avons déjà des situations médicales qui nécessitent un "confinement", par exemple les femmes enceintes qui présentent une menace d’accouchement prématurée. Ce sont des situations individuelles. Mais là, toute une nation confinée, c'est inédit.
Ce qu’on peut dire, c’est que oui il peut y avoir un impact à plus ou moins long terme. On parle de stress post-traumatique par rapport au confinement. Il est aussi possible que les personnes souffrant déjà de troubles psychiques aient une recrudescence de ces troubles, car la situation de confinement peut les amener à des compensations.
Il va peut-être y avoir une sur-demande des consultations psychiatriques. On va le voir à la levée du confinement. C’est sûr qu’il va falloir être très attentif à l’idée de l’impact du confinement sur la santé mentale, même pour des personnes qui n’avaient pas de fragilité ou d’antécédents psychologiques et psychiatriques. Des études ont été lancées durant ce confinement et devraient être très intéressantes.»

Quels premiers conseils donnez-vous pour, en quelque sorte, évaluer notre santé mentale ?


«Si on se sent dépassé, qu’on ne gère plus ses émotions, il y a toujours la possibilité de s’adresser à des professionnels. Les libéraux ont largement développé la téléconsultation. Il y a des accueils d’urgence dans les hôpitaux en place. En Côte-d’Or, il y a la cellule de soutien psychologique mise en place dans une collaboration entre La Chartreuse et le CHU (retrouvez l'article en cliquant ici). Le médecin traitant peut aussi être le premier recours. Il ne faut pas hésiter à consulter si on sent que tout est vraiment trop lourd à supporter.»

Comment peut-on ne pas se laisser aller et ne pas s’enfoncer dans l’anxiété ?


«Il y a déjà l’importance de prendre soin de soi. C’est à dire : mettre en place une routine en planifiant certaines activités, éviter au maximum d’inverser le rythme jour/nuit, ne pas décaler le rythme veille/sommeil… Ensuite, c’est mettre en oeuvre des actions qui vont avoir du sens pour soi, faire des choses qui nous plaisent, se recentrer sur des activités qui nous apportent du bien-être, tout cela en faisant attention à une alimentation saine, équilibrée, en essayant de pratiquer un peu de sport à la maison. Beaucoup d’applications et vidéos le permettent, comme d’autres permettent de garder le lien social.
La crise de calme du Petit BamBou, le travail sur la cohérence cardiaque avec RespiRelax, la méditation avec Christophe André, les applications de bruits blancs pour l’endormissement donnent de bonnes astuces.
En fait, en confinement, il faut abandonner les idées de lutte contre soi-même et trouver des moyens de réguler ses émotions. La relaxation peut être un bon moyen pour cela.
Quant à l’information, il ne faut pas tout couper car ça pourrait provoquer de l’anxiété pour le coup mais il est préférable de sélectionner ses sources, de ne pas prendre comme argent comptant la première information.»

Faut-il obligatoirement faire un bilan de sa santé mentale à la sortie du confinement ?


«Si des facteurs deviennent embêtants, comme par exemple des cauchemars récurrents, si ça devient une vraie gêne, alors il faut consulter. Mais il est évident qu’il faut consulter si on souffre de quelque chose.»

Propos recueillis
par Alix Berthier