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23/04/2020 08:41

CONFINEMENT : Les jardins familiaux apportent un bol d'air

Un arrêté du maire de Dijon et la remise en fonction des compteurs d'eau ont sonné l'heure du retour sur les sites gérés par les Jardins et vergers de la Chouette. Les jardiniers expriment leur satisfaction de pouvoir cultiver de nouveau des légumes et leur hâte de rattraper le retard pris sur la saison.
Le maire de Dijon a pris un arrêté le 14 avril dernier actant de la réouverture des jardins partagés et des jardins familiaux. Encore fallait-il avoir de l'eau alors que les dernières véritables pluies sur la Côte-d'Or sont un lointain souvenir. C'est chose fait depuis ce lundi 20 avril 2020. Les compteurs d'eau ont été réactivés en mode «été».

Néanmoins, dans son allocution du 21 avril dernier, François Rebsamen a prévenu les bénéficiaires : «pas question de s’affranchir des gestes barrières : les regroupements y sont interdits, on doit respecter les distances et toutes les autres précautions sanitaires». Ce qui veut dire pas de déplacements en famille, pas de pétanque ni de barbecue.

Le maire de Dijon considère que «le jardinage est une activité physique tout à fait essentielle» et incite donc à cocher la case «activité physique» de l'attestation de déplacement qui est bien sûr obligatoire.

Une tolérance pour l'activité de jardinage


Cette position est en ligne avec des recommandations que la gendarmerie de Côte-d'Or a diffusé le 10 avril dernier sur les réseaux sociaux. L'activité de jardinage est «tolérée» si le jardin est à proximité «raisonnable» du lieu de confinement et s'il s'agit «d'effectuer les plantations vivrières, de s'occuper des plantations déjà réalisées (arrosage), de récolter les premiers fruits ou légumes». Les fleurs pourront attendre jusqu'à la sortie du confinement.

On comprend que la gendarmerie incite à s'activer plutôt que de se prélasser en regardant pousser les salades : «le jardinage est considéré comme une activité physique pour des personnes, âgées ou non, qui se maintiennent en forme grâce à cette activité». En résumé, «il est important de respecter le confinement même en jardinant».

De chouettes jardins


L'association des Jardins et vergers de la Chouette, fondée en 2014 et présidée par Josette Mitifiot, gère les jardins familiaux de Dijon. L'ensemble des quatorze sites totalise 523 parcelles. Non loin du Zénith, le site de Stalingrad des Jardins de la chouette compte 82 parcelles, toutes occupées.

Responsable technique de l'association, Serge Mitifiot insiste sur le fait qu'il s'agit de «jardins vivriers» pour explique la logique de leur réouverture. De son point de vue, les jardiniers ont «moins de risque d'être contaminés» par le nouveau coronavirus en cultivant leur parcelle plutôt qu'en faisant leurs courses dans un supermarché. Le jardinier songe à de jeunes plants de tomates qui avaient véritablement besoin d'eau. Huit jours de plus sans eau et c'était fini pour eux.

«Le jardinage dans le sang»


Sur le site de Stalingrad, Haddou cultive une parcelle de 500 m² depuis douze ans. Il suit l'exemple de son père qui a travaillé dans l'agriculture et confie qu'il a «le jardinage dans le sang». Il cultive principalement des légumes et des plantes aromatiques sans produit chimique : fèves, salades, tomates, petits pois, pommes de terre, persil, menthe coriandre... Avant le confinement, ses enfants aimaient venir pour goûter des fraises, des figues ou encore des poires selon la saison. Quelques fleurs servent uniquement pour décorer les bords de la parcelle.

Avec le temps d'arrêt consécutif au 17 mars, Haddou constate qu'il a «du retard» dans sa culture du potager. L'arrivée de l'eau de la Ville l'a rassuré car les réserves d'eau de pluie étaient épuisées. En conséquence, Haddou doit préparer activement les courgettes, les tomates ou encore les cornichons. Si le féru de jardinage scrute avec attention la date du 11 mai, cette fois, ce n'est pas pour la fin du confinement, mais parce qu'il s'agit du début des «Saints de glace» des 11, 12 et 13 mai ou, selon la croyance populaire, le risque de gelées est particulièrement important.

«On attend quand même la pluie»


Depuis deux ans, Juanina et Marcel cultivent une parcelle. Ils viennent de semer des tournesols et préparent la plantation des tomates. Durant le confinement, ils ont justement semés des tomates à leur domicile pour avoir des plants en godets à mettre à présent en pleine terre. Le couple soupire en constatant l'effet de la sécheresse sur les sols : «on attend quand même la pluie, il faut une pluie constante pour humidifier le sol».

Comme pour leurs voisins, c'est l'activation des compteurs d'eau qui a provoqué leur retour sur la parcelle. Juanina confie que «c'est un bol d'air» pendant le temps du jardinage, «une activité extérieure importante». Marcel a hâte de voir si les essais pour faire pousser des melons vont aboutir. Aidé par les prévisions météo à quinze jours, le jardinier ne craint pas le gel : «on a l'impression que les mois de mai sont moins rugueux qu'autrefois».

«Il faut tout planter»


Autre site, autre ambiance. Sur le site de Maillard, les parcelles prennent place dans une bande de terre entre le boulevard Kennedy et le quartier actuellement en construction de l'Arsenal. Le site ne donne pas la même impression d'espace qu'à Stalingrad, les parcelles apparaissent plus intimistes.

Dominique et Monique sont référentes de l'association pour le site Maillard qui compte 36 parcelles, toutes attribuées, principalement à des habitants du voisinage. Les référentes précisent que l'eau est approvisionnée des mêmes réserves que l'arrosage des lignes de tramway, avec des horaires précis au niveau du compteur (avant 10 heures et après 19 heures) pour éviter l'utilisation en pleine journée et les fuites durant la nuit.

Habitant à 600 mètres de sa parcelle, Dominique vient à pied, munie de son attestation de déplacement, et apprécie cette «activité physique». Monique insiste sur l'engagement moral qui consiste à  nourrir tous les jours cinq chattes qui ont été stérilisées du fait de l'intervention de la Ville de Dijon et de l'association Charlotte et les autres.

«On vient surtout pour cultiver et pour arroser» explique Dominique qui a fait une croix sur la visite de ses enfants à la parcelle. À part les fraises, «qui sont en avance» comme le précise Monique, «il faut tout planter».

Jean-Christophe Tardivon


Le site web des Jardins et vergers de la Chouette


Retrouver l'article sur les consignes concernant l'achat de plants pour le potager pendant le confinement