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03/12/2020 03:27

CORONAVIRUS : «Il faut être fier de notre système de santé» déclare le docteur Sébastien Mirek

Alors que pic de la seconde vague est dépassé en Bourgogne-Franche-Comté, le docteur Sébastien Mirek, formateur en santé au sein du CHU de Dijon, apporte son éclairage sur la situation sanitaire. Stratégie de dépistage, vaccin ou encore levée du confinement sont abordées.

«Nous sommes juste derrière le pic» souligne le docteur Sébastien Mirek, médecin anesthésiste-réanimateur  au CHU Dijon Bourgogne, formateur en santé et, par ailleurs, référent pour la Côte-d'Or de La République En Marche. «Je reste très prudent et inquiet» insiste-t-il le vendredi 27 novembre 2020 au moment d'effectuer un point de situation.

Avec plus de 100% des places habituelles des services de réanimation occupées par des patients contaminés par le SARS-CoV-2, «on est en situation très tendue» résume Sébastien Mirek. Le CHU Dijon Bourgogne a dû complètement transformer son organisation pour faire face à la seconde vague épidémique en limitant les déprogrammations des activités non urgentes (lire le communiqué).

«Mon objectif de médecin, c'est que les malades ne viennent pas en réa»


Comment a été abordée la seconde vague ?
«On a tiré des leçons de la première vague du mois de mars au niveau économique et au niveau sanitaire. On n'a pas arrêté l'activité hospitalière – alors qu'il y avait plus de patients Covid – pour avoir le moins possible de pertes de chances pour tous les patients. Il y a eu une collaboration médecine de ville-hôpital et hôpital public-privé, ce qui a permis de garder l'activité opératoire avec de la chirurgie déportée.»

«Il y a eu une anticipation à la levée du confinement, par exemple des réunions de comités d'experts de l'Agence Régionale de Santé sur comment organiser la sortie des patients Covid de l'hôpital pour anticiper cette sortie. Le malade qui s'améliore doit sortir dans des soins de suite et doit sortir à domicile pour une partie, suivi par les médecins, les infirmières libérales. Un protocole de collaboration ville-hôpital est mis en place.»

«L'URPS Pharmacie organise la formation des pharmaciens d'officine aux prélèvement naso-pharyngés pour faire les tests antigéniques dans les officines. 150 personnes ont été formées par l'USEEM [NDLR : le Centre de simulation en santé du CHU Dijon Bourgogne].»

Et maintenant ?

«Au mois de mars, on s'est retrouvé face à un virus qu'on ne connaissait pas. On apprenait à prendre la maladie au niveau respiratoire. On n'a pas suffisamment anticipé le retour des malades à domicile, c'est pour ça qu'on a voulu pallier en travaillant plus en réseau, d'où les comités d'experts pour comprendre les besoins des collègues.»

«Le confinement a permis de maîtriser l'épidémie : surtout que les personnes ne se contaminent pas, qu'ils ne fassent pas de formes symptomatiques, qu'ils ne viennent pas en réa. En confinement, on évite les regroupements au maximum. Mon objectif de médecin, c'est que les malades ne viennent pas en réa. C'est important dans les quinze jours qui vont venir [NDLR : jusqu'au 15 décembre et la levée officielle du confinement]. Une partie des personnes auront envie de se retrouver. Il faut être vigilants pour qu'on ne s'autocontamine pas à ce moment-là.»

«On va continuer de prendre en charge les malades. Il faut que les gens soient responsables pour les fêtes, que les gens ne baissent pas la garde. Il y a eu encore beaucoup de malades graves. On
on a vu que ça touchait des jeunes dont des plus jeunes que lors de la première vague.»

«Les mesures de prévention, il faut les avoir dans le cercle privé et le cercle public»


Cette seconde vague est pourtant plus forte alors que l'on a des masques. N'est-ce pas contradictoire ?

«Les gestes barrière fonctionnent. De manière globale, chez les soignants en contact avec des patients très symptomatiques, on n'a pas plus de contamination parce qu'on a des mesures barrières ultra strictes. Parfois, on ne sait pas si le patient est Covid quand on le prend en charge aux urgences.»

«Le second confinement a été bien moins strict que ce que l'on a eu au mois de mars. Les mesures de prévention, il faut les avoir dans le cercle privé et le cercle public. Masque, gel, lavage des mains, ça fonctionne. Dans le cercle privé, on ne peut pas imposer aux personnes. Il faut que l'on fasse le maximum même pendant les fêtes comme voir nos proches dans un cercle restreint en gardant les protections.»

«Ce n'est pas parce qu'on a été contaminé au mois de mars qu'on ne peut pas refaire des symptomatologies plus tard, il faut continuer de se protéger (retrouver la position de l'ARS).»

Y a-t-il un message à adresser aux plus jeunes de la population ?

«C'est ce qui a fait que la stratégie actuelle n'est pas la même qu'au mois de mai avec une responsabilisation plus forte. La stratégie sanitaire n'est pas encore complètement développée. On garde un point très fort du 'tester' : tester dans les lieux scolaires avec le test antigéniques. Le test fonctionne si on a les résultats rapidement. Il faut tester beaucoup avec des résultats rapides pour alerter et casser les chaînes de contamination. L'application Tous anti-covid permettra d'alerter et, derrière, isoler les personnes positives.»

«Tester, alerter, protéger va permettre de casser les chaînes de contamination notamment chez les jeunes. Je mets de l'espoir dans le quatrième point de la stratégie : soigner. On a soigné les patients, tous les patients ont été pris en charge avec des soins de qualité. Le soigner a été fait. Notre système de santé a fait face et a tenu.»

«Je vois le vaccin comme un espoir»


Comment éviter d'autres vagues ?

«On ne pourra pas vivre au rythme des confinements. Un des points, c'est la vaccination. Cela fait partie de la stratégie sanitaire . Soigner, c'est arrêter que l'on se contamine, ça passera par le vaccin. On attend un déploiement du vaccin en début d'année.»

«Il y a la nécessité d'une transparence totale avec la mise en place d'un conseil scientifique et d'un conseil citoyen pour que la stratégie de vaccination soit acceptée.»

Des associations de patients n'ont-elles pas reproché de ne pas être représentées ?

«Ça sera fait maintenant. Le vaccin n'est pas pas obligatoire. Concernant les personnes vulnérables : il faut les associations d'usagers, de patients soient intégrées à la réflexion. Les associations de patients ont un poids extrêmement important, les patients ont besoin d'information.»

«On a besoin d'une concertation rapide avec l'ensemble des acteurs. Cette vaccination  rapide ne pourra passer que par une consultation de l'ensemble des acteurs. Il faut qu'il y ait une transparence complète, que l'ensemble des informations soient transmises.»

Les soignants seront-ils les cobayes du vaccin ?

«Je ne crois pas du tout à ça. On a des règles sanitaires avec des autorités sanitaires qui contrôlent ça au niveau national, européen et international. La Haute Autorité de Santé va prendre des décisions. Je vois le vaccin comme un espoir. Il faut trouver un médicament qui fonctionne. Il y a énormément de moyens qui ont été mis dessus. Chaque produit a plusieurs phases de test. Les verrous n'ont pas été levés.»

«On ne fait pas des recommandations sur des communiqués de presse. Il faut que ce soient des études de valeur, validées par les spécialistes de la virologie. Il y a de la littérature scientifique qui est déployée sur la vaccination, c'est surtout ça qu'on attend. L''évidence base médecine', c'est de la recherche scientifique qui a des normes. C'est le boulot du monde médical pour dire si c'est valable ou pas valable. J'ai confiance en ce système.»

«La recherche va plus vite puisque le nerf de la guerre reste l'argent. Dès le début d'épidémie, notre espoir, c'était de trouver un vaccin rapidement.»

«La solution, c'est chacun de nous qui l'avons»


Comment rassurer la partie de la population qui nourrit des craintes avec la levée du confinement ?

«Je ne suis pas sûr qu'on arrive à lever les craintes maintenant. La solution, c'est chacun de nous qui l'avons. Dans cette phase de transition, il faut que l'on soit tous vigilant. On ne constate pas grande chose au niveau de la grippe avec une vaccination plus importante. Il n'y a pas d'alerte sur les gastroentérites. On se protège contre les autres maladies hivernales.»

«Les simulations de l'Institut Pasteur sont basées sur des relevés terrain. Si on voit une alerte, on identifie la raison. Il y a des réflexions territoriales.»

«Je veux faire passer un message positif : on a fait face ensemble, on reste mobilisés, on va y arriver. Il y a une montée en compétences chez les soignants. C'est l'énergie extrêmement importante du collectif : avec les réserves sanitaires, avec plein de bonnes volontés qui sont venues.»

«Je suis ce qui se passe dans d'autres pays, il faut être fier de notre système de santé. On prend en charge tout le monde avec des soins de qualité.»

Propos recueillis par Jean-Christophe Tardivon

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