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29/09/2020 07:51

CORONAVIRUS : La recherche se poursuit au CHU Dijon Bourgogne

Grâce aux dons reçus à hauteur de 150.000 euros, le CHU Dijon Bourgogne a pu lancer dix projets de recherche en interne.

Communiqué du CHU Dijon Bourgogne du 28 septembre 2020 :

COVID-19 - La dynamique de recherche se poursuit

Dès l’apparition de l’épidémie de Coronavirus Covid-19, les équipes médicales et soignantes du CHU Dijon Bourgogne ont fait preuve d’une remarquable mobilisation pour apporter à chaque patient la meilleure prise en charge possible. En parallèle, médecins, pharmaciens, paramédicaux, attachés de recherche clinique, techniciens d’étude clinique et de laboratoires, personnels administratifs ont témoigné d’un formidable engagement pour initier, en un temps record, des projets de recherche visant à mieux comprendre les différentes dimensions de l’épidémie, et y apporter des réponses adaptées, mettant ainsi en lumière les expertises scientifiques variées et la dynamique qui les animent au quotidien.

Une dynamique de recherche révélée durant la période épidémique
« La recherche fait partie intégrante de l’ADN du CHU Dijon Bourgogne », explique Florence Martel, Directrice de la Recherche Clinique et de l’Innovation. « Dès le mois de mars, nos équipes ont été sollicitées pour venir en renfort de projets de recherche à promotion externe, comme le fameux essai d’envergure européenne, "Discovery", destiné à évaluer de manière comparative plusieurs stratégies de traitements de formes sévères de la Covid-19 chez des patients hospitalisés. En parallèle, soutenus par la Direction Générale et par la Présidence de la Commission Médicale d’Etablissement, nous avons très vite eu la volonté de développer des projets de recherche à promotion interne, c’est-à-dire directement issus des idées de nos médecins et chercheurs. Une façon de valoriser les expertises scientifiques propres au CHU Dijon Bourgogne. »

Des projets de recherche rendus possibles grâce à la générosité des donateurs et au soutien de la Direction Générale

Si la dynamique des forces vives de l’établissement en matière de recherche s’est très rapidement exprimée, le lancement de projets de recherche à promotion interne a concrètement été rendu possible par l’exceptionnelle générosité des donateurs locaux, entreprises et particuliers, qui ont exprimé le souhait de voir tout ou partie de leurs dons affectés à la recherche. « Au nom du CHU Dijon Bourgogne et de toutes les personnes impliquées dans la recherche, je tiens à remercier très chaleureusement les généreux donateurs qui ont permis de financer activement plusieurs projets de recherche, au travers une enveloppe totale allouée de 150 000 €. Leurs dons ont été déterminants, et nous leur en sommes très reconnaissants, » souligne Florence Martel.

A cette générosité externe se sont ajoutés des fonds débloqués par le CHU Dijon Bourgogne, à hauteur de 75 000 €. Un budget conséquent, qui témoigne de la volonté de la Direction Générale de soutenir les initiatives internes de ses équipes de chercheurs, pleinement consciente des enjeux inhérents pour la santé des patients.

Faisant preuve de beaucoup d’adaptabilité et de réactivité, la Direction de la Recherche Clinique et de l’Innovation (DRCI) a quant à elle joué un rôle essentiel dans le recensement des projets et dans la gestion des moyens nécessaires à leur mise en œuvre. Elle s’est par ailleurs portée garante du bon respect des règles éthiques, scientifiques et réglementaires qui entourent le lancement de tels projets de recherche. Le tout dans un laps de temps particulièrement restreint.

« Le 8 avril dernier, nous avons lancé un Appel d’Offre Interne (AOI) auprès de nos chercheurs pour recueillir leurs lettres d’intention pour des projets de recherche à fort impact Covid-19. Les retours étaient attendus au plus tard pour le 16 avril. A cette date, vingt-six projets nous ont été proposés », précise Florence Martel. « En 24 heures, les projets ont été évalués et notés par deux experts, selon des critères permettant de juger de leur pertinence clinique, de la robustesse de leur méthodologie et de leur capacité de mise en œuvre (moyens à déployer, nombre de patients impliqués, délai de réalisation, etc.). Dès le lendemain, une réunion de classement a été organisée, en présence de médecins et de méthodologistes, pour en assurer la priorisation. Sept projets ont ainsi émergés, puis rapidement, trois autres se sont ajoutés à la liste, grâce à l’élan de générosité des donateurs qui s’est inscrit dans la durée. »

Dix projets de recherche prioritaires, qui mobilisent des expertises et des services variés

Les dix projets à promotion interne ayant bénéficié de financements sont les suivants :
- COLIPOVID : étude du métabolisme lipidique, de l’obésité et de l’inflammation au cours des pneumopathies aiguës sévères à Covid-19, en comparaison avec les pneumopathies à autres pathogènes (Dr N’Guyen) ;
- PRO-COVID : description des composantes du retentissement de la maladie Covid-19 sur la santé perçue en post-hospitalisation (« Patient Reported Outcomes in patients recovering from Covid-19 ») (Pr Devilliers) ;
- COVID-IMMUNO : étude de la réponse immunitaire et du risque d’admission en réanimation au cours de l’infection à SARS-Cov2 (Dr Ghesquière) ;
- CLEO CD : étude visant à évaluer l’impact du confinement lié à la pandémie de Covid-19 sur les comportements de santé et l’accès aux soins des patients atteints de maladies chroniques (« Covid-19 related Lockdown Effects On Chronic Diseases ») (Pr Boulin) ;
- LYMPHONIE-COVID : étude de la réponse immunitaire lymphocytaire au cours de la pneumopathie Covid-19 (Dr Blot) ;
- codePRONUT : impact pronostique du statut nutritionnel des personnes âgés de 70 ans et plus atteintes de SARS-CoV-2 et décès (Dr Putot) ;
- EPI-CV- COVID : approches épidémiologiques des conséquences cardio-vasculaires de la Covid-19 (Pr Zeller) ;
- COCONUT : Covid-19 et conséquences nutritionnelles sensorielles et fonctionnelles chez l’adulte (Dr Mouillot) ;
- DOMY-COVID : étude des dommages myocardiques liés à la Covid-19 (Pr Cottin) ;
- COVEXC-NM : étude des mécanismes d’adaptation neuromusculaire lors d’une réadaptation musculaire par exercice excentrique versus exercice concentrique chez des patients Covid-19. Ancillaire d’une étude randomisée contrôlée (Pr Ornetti).

Ces projets de recherche clinique sont principalement axés sur la pratique professionnelle, ce qui atteste que l’amélioration de la prise en charge des patients et de leur santé est vraiment au cœur des préoccupations des équipes de recherche du CHU Dijon Bourgogne.

Focus sur le projet de recherche CLEO CD (Covid-19 related Lockdown Effects On Chronic Diseases) :

Contexte scientifique : alors que l’attention était focalisée sur les patients atteints du Covid-19, les équipes du CHU Dijon Bourgogne se sont rapidement interrogées sur les conséquences négatives que cette période de confinement inédite pourrait avoir chez les patients atteints de maladies chroniques.
Population étudiée : au total, cette étude s’adresse à plus de 1 400 patients issus de huit cohortes régionales variées : Cohorte des fibroses pulmonaires idiopathiques et hypertensions artérielles pulmonaires, Cohorte des artérites à cellules géantes, Cohorte des dégénérescences maculaires liées à l’âge et œdèmes maculaires, Cohorte des scléroses en plaques, Cohorte des hémophiles, Cohorte des insuffisants cardiaques, Observatoire des infarctus de Côte-d’Or (RICO) et Registre des hémopathies malignes de Côte-d’Or (RHEMCO).
« Ces cohortes régionales reconnues ont été un véritable atout dans la mise en œuvre du projet de recherche CLEO CD, car elles offrent une représentation de l’ensemble de la population, avec des données de grande qualité concernant différentes pathologies. Concrètement, elles nous ont par ailleurs permis d’entrer facilement en contact avec les patients dont les coordonnées sont connues.
C’est une expertise régionale précieuse sur laquelle nous avons pu nous appuyer », indique le Professeur Mathieu Boulin, Investigateur Coordonnateur du projet.
Méthodologie : les patients ont fait l’objet d’une enquête téléphonique menée sur une période d’un mois, pendant le confinement. Cette enquête s’articulait autour d’un questionnaire commun à tous les patients, et d’un autre spécifique à leur pathologie. Chaque entretien durait en moyenne une vingtaine de minutes.
« La transversalité caractérise ce projet de recherche, résolument tourné vers le patient, qui a mobilisé différents services du CHU Dijon Bourgogne (Cardiologie, Pneumologie, Ophtalmologie, Hématologie clinique, Hématologie biologique, Neurologie, Médecine interne, Centre Régional de Traitement de l’Hémophilie et Pharmacie). La réalisation des enquêtes téléphoniques a impliqué des professionnels aux expertises variées : médecins, pharmaciens et attachés de recherche clinique. Sans oublier les étudiants en médecine et en pharmacie, ces derniers s’étant particulièrement investis. La mobilisation de tous à commencer par celle du Pr Cottin (Président de CME) et du Pr Maynadié (Doyen de l’UFR Sciences de Santé) a été très grande et mérite d’être saluée, tout comme celles des patients et de leurs familles qui ont volontiers pris le temps de répondre à nos questions, appréciant que l’on prenne de leurs nouvelles. Ce projet a d’ailleurs permis d’allier recherche et soins, car en fonction des réponses apportées, les patients ont été amenés à consulter un médecin », souligne le Professeur Mathieu Boulin.
Quels sont les premiers enseignements qui se dessinent ? Interrogée sur les règles hygiéno-diététiques, la moitié des patients indique avoir réduit son activité physique et passé plus de temps devant les écrans. Un quart des patients déclare par ailleurs avoir pris du poids. Parmi les 15% de patients fumeurs, 25% déclarent avoir augmenté leur consommation de tabac et/ou de "vapotage". Enfin, seuls, 5% des patients déclarent avoir augmenté leur consommation d’alcool.
Parmi les données rassurantes, la grande majorité des patients déclare ne pas avoir ressenti de détresse psychologique. La quasi-totalité des patients a par ailleurs suivi les conseils des professionnels de santé en continuant à prendre ses médicaments comme prescrits.
A ce jour, trois publications dans des revues scientifiques internationales ont d’ores et déjà été réalisées à partir des données spécifiques recueillies chez les patients coronariens chroniques, insuffisants cardiaques et chez les patients atteints d’artérites à cellules géantes.
« Ces premiers entretiens téléphoniques nous ont permis d’établir une cartographie des pratiques adoptées par les patients atteints de maladies chroniques durant cette période de confinement sans précédent, qu’il s’agisse de leur hygiène de vie au quotidien, de leur comportement face à la prise de leur traitement, du maintien ou non des visites programmées chez leur médecin traitant ou leur spécialiste, etc. Dans un an, nous mènerons une seconde enquête téléphonique auprès de ces mêmes patients pour identifier les conséquences que ces pratiques pourraient avoir à plus long terme sur l’évolution de leur état de santé », conclut le Professeur Mathieu Boulin.

Focus sur le projet de recherche PRO-COVID (Patient Reported Outcomes in patients recovering from Covid-19) :
Constat clinique : au terme de leur prise en charge dans les unités Covid-19 du CHU Dijon Bourgogne, les patients sont régulièrement contactés par téléphone pour suivre l’évolution de leur état de santé.
« Au fil des semaines et des échanges, nous avons été interpelés par la très grande fatigue qui caractérise ces patients, quel que soit leur état de santé initial, et par le temps conséquent qui leur est nécessaire pour récupérer », indique le Professeur Hervé Devilliers, Investigateur Coordonnateur du projet de recherche PRO-COVID.
L’objectif de cette étude est donc d’évaluer le temps de récupération nécessaire pour retrouver un état physique et mental considéré comme normal et acceptable pour les patients concernés.
Population ciblée : entrent dans le périmètre de l’étude les patients atteints du Covid-19 qui ont nécessité une prise en charge à l’hôpital, sans passage en réanimation. « L’étude s’adresse tout particulièrement aux patients qui exercent une activité professionnelle, l’un des enjeux étant d’évaluer le temps nécessaire à la reprise du travail », souligne le Professeur Hervé Devilliers.
Cette étude est menée de façon multicentrique, c’est-à-dire au sein de plusieurs établissements de santé. Les patients peuvent ainsi être inclus dans le service des Maladies Infectieuses du CHU Dijon Bourgogne, ou au CHRU de Nancy, partenaire du projet.
Pour pouvoir garantir la robustesse des résultats, l’inclusion de 100 patients est nécessaire.
Méthodologie : les patients sont invités à télécharger une application accessible sur leur smartphone. Après leur sortie de l’hôpital, à intervalle régulier, ils reçoivent des notifications pour remplir un questionnaire qui évalue, dans le temps, leur niveau de récupération.
Les questions portent notamment sur leur état de fatigue, leur état physique, la qualité de leurs relations sociales, etc. L’idée étant de parvenir à évaluer les composantes des différentes conséquences engendrées par la maladie« Les patients inclus pouvait être en plus ou moins bonne forme avant d’être atteints par la Covid-19, pour éviter tout biais, il leur est donc demandé d’évaluer leur état par rapport à ce qu’ils étaient avant d’être touchés par le virus », précise le Professeur Hervé Devilliers. « On cherche à identifier le temps nécessaire pour retrouver un état cliniquement acceptable pour chaque patient. Le retour à la normale étant atteint quand il répond positivement à la question suivante : si je passe le reste de ma vie dans cet état physique et mental, est-ce acceptable pour moi ? ».
Particulièrement riches d’intérêt, les résultats du projet de recherche PRO-COVID seront connus d’ici quelques semaines, quand la cohorte des 100 patients aura été atteinte.