
Élève du lycée Saint-Joseph, Alexandre Baud a remporté le premier prix départemental pour un devoir réalisé en classe. «J'ai compris que la fin de la guerre ne signifiait pas la fin des souffrances», a-t-il déclaré, ce mercredi 27 mai, à Dijon, devant la préfète de la Côte-d'Or.

Depuis 1961, le concours national scolaire de la Résistance et de la Déportation (CNSRD) vise à sensibiliser les jeunes générations à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Le thème de cette année scolaire 2025-2026 portait sur «La fin de la Shoah et de l’univers concentrationnaire nazi. Survivre,témoigner, juger (1944-1948)». Il a été traité par 94 candidats côte-d'oriens.
Traditionnellement, la Journée nationale de la Résistance sert de cadre pour organiser la cérémonie de remise des prix départementaux. Pour cet événement, les membres du comité de parrainage, les lauréats et leurs familles ainsi que les enseignants ont été reçus dans les jardins de l'Hôtel de préfecture, ce mercredi 27 mai 2026, à Dijon.
L'événement s'est déroulé en présence notamment de Jean-Philippe Morel, adjoint au maire de Dijon, Patrick Chapuis, vice-président du Département de la Côte-d'Or, Thierry Falconnet, vice-président de la Métropole de Dijon, du général Rudy Gaspard, commandant en second de la région de gendarmerie de Bourgogne-Franche-Comté, du lieutenant-colonel Gilbert Antchandiet N'Komah, délégué militaire départemental adjoint de la Côte-d'Or, du colonel Larry Chatillon-Ouvrard, directeur du SDIS 21, et de Nourredine Dhamene, directeur de l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONACVG).
«Les élèves deviennent des passeurs de mémoire»
«La mission du comité de parrainage du concours national scolaire de la Résistance et de la Déportation, dont les adhérents sont issus de familles résistantes ou résistantes-déportées est de transmettre l'histoire et les valeurs de la Résistance et de la Déportation», a rappelé Françoise Elloy, secrétaire générale du comité de parrainage qui œuvre en partenariat avec l'ONACVG et l’Éducation nationale.
«La libération ne signifie pas immédiatement le retour à une vie normale, les blessures physiques et psychologiques demeurent immenses», a indiqué Jérôme Jardry, directeur académique des services de l’Éducation nationale de la Côte-d’Or (DASEN 21). «Les sociétés européennes doivent alors apprendre à vivre avec le traumatisme, les absences, les silences et les ruines laissées par la guerre.»
Dans le contexte, le témoignage permet de «transmettre aux jeunes générations une vigilance essentielle face à toute forme de haine, de discrimination et de négation des valeurs républicaines».
«Après les crimes de masse, il fallait reconstruire un ordre fondé sur le droit, la justice et les principes démocratiques», a poursuivi le représentant du rectorat de l'académie de Dijon. «Cette réflexion demeure d'une grande actualité.»
«Le concours national scolaire de la Résistance et de la Déportation permet de faire vivre une pensée philosophique, historique, morale et citoyenne chez nos élèves», a insisté Jérôme Jardry. «À travers ces travaux, (…) les élèves deviennent, à leur tour, des passeurs de mémoire.»
«Il faut être attentif au glissement»
En début de son propos, Violaine Démaret a confié avoir pour «la première fois mis le pied dans une préfecture» en tant que lauréate du CNSRD quand elle était élève, à l'âge de seize ans, à Gap (Haute-Alpes). «J'ai su ce qu'était l’État, à ce moment-là, ce qu'était l'importance de la mémoire, de la transmission. (…) Je suis bien placée pour savoir à quel point les parents jouent un rôle avant, après, aux côtés des enseignants.»
La préfète de la Côte-d'Or s'est adressée directement aux élèves pour insister sur «le poids des mots qui a une importance aujourd'hui» en prenant l'exemple du phénomène de génocide et de l'enjeu de «ne pas galvauder ce terme», y compris dans «la vie de citoyen», pour «ne pas insulter l'Histoire».
Pour mieux appréhender «le poids des actes», la représentante de l’État a ensuite incité les élèves à aller découvrir au moins un site du système concentrationnaire nazi : «cette part d'histoire est le reflet de ce que l'Homme peut faire de pire à l'Homme». «Elle s'appuie sur la banalité du mal. (…) Il faut être attentif aux glissements progressifs. (…) Sachez ne pas rentrer dans l'esprit de meute.»
«J'ai compris que la fin de la guerre ne signifiait pas la fin des souffrances»
«En travaillant sur ce sujet, j'ai compris que la fin de la guerre ne signifiait pas la fin des souffrances», a confié Alexandre Baud, élève du lycée Saint-Joseph à Dijon, «pour les survivants, tout restait à reconstruire : leur vie, leur identité, leurs liens familiaux et parfois même leur envie de vivre».
«Le thème nous proposait une véritable analyse de la période de transition, entre la fin de l'univers concentrationnaire, le début des témoignages ainsi que l'émergence d'une justice internationale», a ajouté le lycéen. «Beaucoup de rescapés ont trouvé le courage de raconter l'indicible pour transmettre la vérité et préserver la mémoire de ceux qui ne sont jamais revenus. À travers leurs récits, on comprend non seulement l'horreur de la Shoah et des camps nazis mais aussi l'importance de lutter contre la haine, le racisme et l'antisémitisme, qui sont encore présents aujourd'hui.»
Des travaux d'élèves du lycée Charles de Gaulle basés sur des situations familiales
«Si je me tiens devant vous, c'est parce que la grande Histoire a croisé celle de ma famille», a confié Suzon Prunelet, élève du Lycée international Charles de Gaulle à Dijon, qui a choisi la poésie pour s'exprimer. «Mon arrière-grand-mère était juive et Russe. Elle a connu l'exil, la peur mais elle a aussi découvert la force de ceux qui refuse de plier.»
«Il est indispensable de comprendre ce qu'il s'est passé, il y a 80 ans pour faire perdurer la mémoire de ces victimes», a ajouté Ebba Petersson-Nadal, «ils étaient des humains, comme nous tous, et ne demandaient qu'à profiter de la vie avec leurs proches».
«Le thème de cette année permet d'éclairer certaines zones d'ombre qui résident autour de la fin de la Shoah et de l'univers concentrationnaire nazi», a considéré Emma Brault-Domalain.
«Notre projet s'appuyait sur le journal intime de ma grand-mère paternelle, Juliette Marquet, retrouvé par mon père des années après sa mort», a indiqué Romane Chateau. Ce journal relatait la douleur de la perte d'une amie dijonnaise, déportée en 1942, n'apprenant sa mort qu'un an plus tard.
«Transmettre, c'est lutter contre la haine, le racisme et l'antisémitisme»
De retour du Centre de mémoire d'Oradour-sur-Glane avec ses camarades, Morgan Cheveau a indiqué que sa classe de seconde du lycée professionnel Roland Carraz à Chenôve a réalisé une série de podcasts sur les enfants déportés et la transmission de la mémoire dans les familles.
«Bientôt, les derniers témoins auront disparu et ce sera à notre génération de faire vivre leur mémoire», a alerté l'élève chenevelier, «transmettre, c'est lutter contre l'oubli mais aussi contre la haine, le racisme et l'antisémitisme».
Après avoir reçu leurs prix, les élèves ont pu partager un verre de l'amitié avec la préfète et les élus.
Jean-Christophe Tardivon
Les lauréats du concours national scolaire de la Résistance et de la Déportation 2026
Première catégorie : classes de tous les lycées (et assimilées)
Réalisation d’un devoir individuel en classe
1er prix départemental transmis à l'échelle nationale
Alexandre Baud, élève du lycée Saint-Joseph de Dijon
2ème prix départemental ᵉ
Solène Chaves, élève du lycée Saint-Joseph de Dijon
Deuxième catégorie : classes de tous les lycées (et assimilées)
Réalisation d’un travail collectif pouvant prendre différentes formes
1er prix départemental ex-aequo transmis à l'échelle nationale
Vingt-huit lauréats du Lycée international Charles de Gaulle de Dijon :
Yassine Ben Salem, Robin Bordas, Emma Brault-Domalain, Marion Charau, Romane Chateau, Eglantine Coutant, Irénée Croisel, Manon Decheau, Ernest Denker-Bercoff, Charlène Dermenjian-Didier, Pauline Dumont-Sandre, Adam El Hassouni, Antoine Gagliardi, Romane Gatier, Shnea Gbate-Potolo, Calvin Koch, Louise Levaufre, Alexandre Normand, Ebba Petersson-Nadal, Virgil Petiot, Emmy Pfister, Jule Porte Chapuis, Suzon Prunelet, Yohan Roblin, Aimie Rochet, Mila Stephan, Romain Valter et Zoé Vanbergen
Quinze lauréats du Lycée professionnel Roland Carraz de Chenôve :
Kina Ali, Yoan Barbot, Nathan Bonhomme, Mathis Bressac, Maureen Daubigney, Candice Dubret, Nicolas Horack, Jules Mejean-Langlois, Reda Naimi, Louis Pechinot, Maël Quentin, Emma Roussey, Justin Schoutith, Julie Slusaeczyk et Léone Vanoutryve
Troisième catégorie : classes de troisième (et assimilées)
Rédaction d’un devoir individuel en classe
1er prix départemental transmis au jury académique
Malo Gaffard, élève du collège Saint-Joseph de Dijon
2ème prix départemental :
Gabriel Gonnot-Corpet, élève du collège Saint-Joseph de Dijon
Quatrième catégorie : classes de troisième (et assimilées)
Réalisation d’un travail collectif pouvant prendre différentes formes et portant sur le thème annuel
1er prix départemental transmis au jury académique
Deux lauréats du collège Saint Michel de Dijon : Louise Crevisy et Lucy Mairet
2ème prix départemental ᵉ :
Cinq lauréats du collège Albert Camus à Genlis : Robin Buteau, Clara Chevallier, Nolwenn Evrard, Elena Gonzageu et Paul Gotte






















