Recherche
> Vie locale > Vie locale
06/05/2020 03:17

CULTURE : «Emmanuel Macron peut montrer qu’il est un vrai chef d’État, ou pas»

C’est ce mercredi 6 mai 2020 que le président de la République Emmanuel Macron est attendu sur la culture et notamment sur des mesures en faveur des intermittents du spectacle. Franck Halimi, membre fondateur de la Coordination des intermittents et précaires et coordinateur artistique de l’association socioculturelle dijonnaise Label Épique, se montre pessimiste et déplore le manque de volontarisme de l’État sur la culture.
Franck Halimi est l’un des fondateurs de la Coordination des intermittents et précaires, créée en 2003. Il est par ailleurs «metteur en zen» et coordinateur artistique de l’association socioculturelle dijonnaise Label Épique, association qui s’évertue à «apporter les arts et culture là où ça ne va pas de soi», partant notamment du principe que l’éducation populaire et le lien social font partie des missions d’un artiste.

L’oubli de la culture, «un vieux problème»…


«J’ai toujours eu conscience que les Arts et culture nous permettent d’avoir une plus-value en tant qu’être humain et j’ai toujours essayé de voir comment on pouvait partager au mieux», souligne Franck Halimi, en constatant malheureusement : «En réalité, les pouvoirs successifs ont fait en sorte de tout ce qui soit de l’ordre du service au public soit désagrégé».
Le fait que la culture soit oubliée, comme le dénoncent plusieurs artistes et personnalités depuis ces derniers jours en plein confinement, c’est «un vieux problème». Non pas parce qu’il appartient au passé mais au contraire car il est récurrent et jamais vraiment pris en considération.

Le metteur en zen ne mâche pas ses mots quand il s’agit de parler de l’attitude du gouvernement vis-à-vis de la culture : «C’est honteux d’avoir attendu sept semaines de confinement pour avoir un début de réaction. On a bien vu d’ailleurs les orientations prises dès le départ, les aides sont allées aux grandes entreprises qui ont pourtant les reins solides. Ça me fait penser au capitaine du Concordia qui décide de sauter, de disparaître… On a en face de nous des gens qui naviguent à vue dans le brouillard et qui sont toujours dans la réaction au lieu d’être dans la prospection, dans la vision politique et dans l’action».

«La réaction va être démesurée»


La culture au sens large est certes revenue à plusieurs reprises dans les interventions des hommes de l’État, mais celle-ci a rimé avec annulation ou report… La situation des intermittents du spectacle, le président de la République Emmanuel Macron devrait effectivement en parler ce mercredi 6 mai. «À notre sens, la réaction va être démesurée, largement en-dessous de ce dont on a besoin réellement. Si c’est pour dire que l’on va élargir le chômage partiel au monde des arts et du spectacle, c’est juste ridicule. Car c’est une rustine. Ça permet de sauver des salaires oui mais nous on dit qu’il faut changer de vélo».

Ce que souhaite la CIP - et «ce serait la moindre des choses» -, c’est qu’une année blanche soit décrétée, que les intermittents du spectacle soient couverts par l’assurance-chômage durant cette période. «Elle permettrait aux gens de refaire leurs heures dans une économie qui va repartir. Comme dans d’autres secteurs, c’est comme une locomotive à redémarrer», justifie Franck Halimi. En notant : «Il faut quand même dire qu’aujourd’hui 120.000 intermittents du spectacle sont indemnisés sur les 250.000. Les autres n’atteignent pas les 507 heures en douze mois».
Plus largement, l’intermittent qu’il est lance, au nom de la CIP, un appel à tous, aux intermittents de l’emploi : «Ils sont 2,3 millions intermittents de l’emploi en France, dans le tourisme, l’hôtellerie, la restauration, le social, l’animation… Ils sont en train de consommer leurs droits aux chômage accumulés. On veut entraîner avec nous ces oubliés des mesures de l’Etat. On a des gens qui ne savent pas comment ils vont nourrir leur famille la semaine prochaine».

«50 milliards sur la table. Ça veut dire qu’on ne mégote pas»


Franck Halimi dit comprendre la non-réouverture des salles de spectacles ou bien des cinémas mais il n’omet pas de parler «de choix dans les réouvertures en dehors de toute logique, comme par exemple celle des écoles et non des plages».
Sur la culture en tout cas, il prend acte de la poursuite des restrictions pour des raisons sanitaires et insiste : «Il faut que l’Etat assume jusqu’au bout et fasse en sorte que l’assurance-chômage couvre cette année blanche. Il faut décider de l’année blanche à partir du moment où toutes les activités se rapportant à nos métiers auront repris. Même si Macron dit que c’est gelé jusqu’à fin août, on ne pourra pas retravailler d’ici là donc ce gel n’aura servi à rien. Et puis, l’Allemagne l’a fait dans les premières semaines du confinement, on met 50 milliards d'euros sur la table (enveloppe budgétaire décidée par le gouvernement allemand pour venir en aide aux petits entreprises et travailleurs indépendants dans le milieu de la culture). Ça veut dire qu’on ne mégote pas. Le rôle de l’Etat providence, c’est celui-là. Sinon, il n’a pas de raison d’être. Ce mercredi, Emmanuel Macron peut montrer qu’il est un vrai chef d’État, ou pas».

Comment faire pour que la profession soit entendue, au-delà des tribunes et autres pétitions peut-être trop ponctuelles pour réellement peser ? L’intermittent du spectacle émet la démarche suivante : La difficulté qu’on a, c’est que nous sommes là pour partager, mais à un moment donné, on peut tout arrêter… Et là, on va se rendre compte qu’il ne va plus y avoir de télé, de littérature, de spectacles… Tous ces artistes qui ont été créatifs durant ce confinement, qui ont contribué au mieux vivre pendant le confinement, on va se rendre compte de leur côté essentiel et vital. N’oublions que ces artistes le font gratuitement».
Franck Halimi pense aussi à «ces premiers de corvée qui tiennent le pays à bout de bras… Soignants, éboueurs, etc». En déplorant : «Ce virus, c’est comme une porte de saloon qui nous revient dans la figure tellement on l’a poussée forte dans l’autre sens. On pouvait repartir du bon pied, en mettant en avant les initiatives des uns et des autres, en prenant mieux conscience de notre environnement… Finalement, je ne vois rien de tout ça. Les orientations prises sont juste en train de montrer le délire du monde tel qu’il est conduit».

Les intermittents du spectacle et plus largement de l’emploi ont eux créé un collectif spontané sous le hashtag #LPPM : Luttons Pour ne Pas Mourir.

Alix Berthier