
La seule usine de viseurs de la filiale de Safran est située à Dijon. D'ici 2029, 200 personnels vont être embauchés. «Le réarmement européen augmente les commandes», a signalé Franck Saudo, président de l'entreprise, ce mardi 30 juin. François Rebsamen a vanté «le top de ce qui peut se faire au monde».

Spécialiste des équipements militaires, Safran Electronics and Defense investit 20 millions d'euros pour doubler sa production sur le site historique de Dijon, seule usine de fabrication de viseurs du groupe.
Une nouvelle construction va s'ajouter entre le bâtiment existant et l'avenue de Stalingrad – dans un principe de «sobriété foncière» – et un parking sera réalisé sur un ancien terrain de l’État pour accueillir les nouveaux salariés, potentiellement jusqu'à 200.
Ce mardi 30 juin 2026, depuis le show-room de l'entreprise, Franck Saudo, président de Safran Electronics and Defense, François Rebsamen (FP), président de la Métropole de Dijon, Antoine Hoareau (PS), premier adjointe au maire de Dijon, et Denis Bruel, secrétaire général de la préfecture de la Côte-d'Or, ont présenté les contours de cette «montée en cadence».
Dijon, seule usine de fabrication de viseurs de Safran dans le monde
Les équipements de Safran Electronics and Defense, filiale du deuxième équipementier aéronautique mondial, se retrouvent dans les airs, sur terre et même sous les mers avec des périscopes.
En Bourgogne-Franche-Comté, l'entreprise est également implantée à Auxerre – ou sont fabriqués des moteurs électriques – et à Besançon – où sont produites des vis de verrières d'avion. Le site dijonnais livre ses équipements à 70 clients repartis dans 29 pays différents, chaque exportation étant validée par l’État.
Aucune arme n'est conçue dans cette usine. Comme l'a expliqué Franck Saudo, l'entreprise assemble là des viseurs, des «produits qui permettent aux forces armées de voir de jour comme de nuit, au cœur de la nuit la plus noire, à travers la brume, à 40 kilomètre». Les utilisateurs de ces viseurs peuvent «voir si un homme est armé», «identifier des cibles» ou encore «abattre des drones».
Parmi ces systèmes d'«intelligence, surveillance et renseignement» (ISR), le produit-phare est le Paseo XLR, déployé en 2024, déployé sur des frégates pour identifier des drones – comme ceux utilisés par les Houthis pour mener des attaques en mer Rouge – afin de les détruire en utilisant des canons plutôt que des missiles.
«Une défense de plusieurs millions d'euros est remplacée par une défense de quelques milliers d'euros», a souligné le président de l'entreprise. Le Paseo XLR équipe également des chars d'assaut.
Un Vampir dopé à l'IA pour lutter contre les drones
La croissance de l'entreprise est également porté par l'intérêt suscité par l'Euroflir 410 qui se monte sur des hélicoptères ou des avions de surveillance maritime.
De plus, l'association de l'Euroflir 410 et du Vampir de nouvelle génération constitue «le pilier de la lutte anti-drone», alors que, «il y a encore trois ans, ça n'existait pas».
Le Vampir NG est doté de systèmes d'intelligence artificielle développés par Preligens, devenu Safran AI après son rachat pour «développer des algorithmes et des équipements totalement souverains» : «la chaîne, du senseur à son analyse par l'IA est complètement souveraine», a revendiqué Franck Saudo.
«Derrière, les données sont soit classifiées – secret, très secret – et ça se passe dans des enceintes des forces armées ou le centre d'interprétation des données de Safran qui est un périmètre protégé pour traiter ce type de données par des personnes habilitées», a développe le président de SED, «ça permet d'avoir une intégrité de la chaîne dans le respect des codes éthiques des forces armées [avec] toujours l'homme dans la boucle et pas de décision de l'IA de façon autonome».
«Le réarmement européen augmente les commandes»
«On anticipe une poursuite de la croissance du marché», a indiqué Franck Saudo en raison des «menaces à la frontière est de l'Europe» qui «conduisent les Européens à se réarmer» pour «permettre l'autonomie de défense française et européenne». «Ce réarmement augmente les commandes.»
Selon Franck Saudo, seule «une part minime» de composants électroniques extra-européens sont intégrés dans les équipements conçus par Safran Electronics and Defense qui prévoit également des «stocks de plusieurs années» pour ne pas être tributaire des «perturbations des
supply chains [NDLR : chaînes d'approvisionnement]».
«À Dijon, la production a doublé la production a doublé entre 2022 et 2026 et elle va à nouveau doubler d'ici 2029», a précisé le président de l'entreprise car «c'est un enjeu de souveraineté», avant d'ajouter que d'autres investissements pourraient venir par la suite.
«Le top de ce qui peut se faire au monde»
«Dijon, c'est une histoire industrielle dans l'optronique», a souligné François Rebsamen, «on est dans le top de ce qui peut se faire au monde». «Le site de Dijon est le centre d'excellence dans le domaine de l'optronique», a insisté Franck Saudo, «il y a un lien avec l'histoire.»
«Ce site a une origine : en 1947, [Robert] Cuvillier déposé un brevet pour les premier zoom optique. (…) De cette compétence est née, au fil du temps, cette activité optronique, mariage de l'optique et de l'électronique, qui sert le monde entier et participe aux exports de notre pays», a-t-il expliqué. À ce jour, le site dijonnais de 15.000 m² emploie 420 titulaires et une soixantaine intérimaires.
Au sortir d'une visite des lignes de production sans les médias, Denis Bruel a salué «la minutie» mise en œuvre par les personnels pour réaliser les équipements militaires.
«Il faut être capable de sortir des usines en moins de 18 mois»
«L'industrie à un destin lié avec les territoires», a analysé Franck Saudo, «dans le monde actuel, par rapport aux augmentations de cadence, il faut être capable de sortir des usines en moins de 18 mois». «C'est un travail d'équipe entre les collectivités territoriales et les industriels.»
«Il s'agit ici d'une triple coopération», a abondé François Rebsamen, «l’État a défini une nouvelle politique en matière de défense, à savoir renforcer nos capacités, (…) ça rencontre des industriels – un groupe extraordinaire, Safran, bien implanté sur Dijon. (…) La Métropole est très heureuse de prendre sa part dans l'effort d'industrialisation de guerre que le président de la République a décidé».
«C'est bon pour le développement de la métropole, c'est bon pour l'emploi», a insisté l'élu progressiste.
Un nouveau bâtiment de 3.000 m²
Le dépôt du permis de construire devrait se faire dans le courant de l'été. La livraison du nouveau bâtiment de 3.000 m² est attendue en avril 2027 et la production en juillet suivant. Des places de parking seront supprimées par cette construction.
L'ancien et le nouveau bâtiment seront accolés et vont communiquer. Ce dernier accueillera les équipes de soutien à la production, ce qui libérera de la place dans le premier pour créer de nouvelles «salles blanches» destinées à la conception de systèmes aéroportés puis maritimes.
«L'enjeu industriel est la colocalisation des équipes d'
engineeiring, de techniciens et de production», a précisé Franck Saudo tandis que François Rebsamen a salué le respect du principe de «sobriété foncière».
Recrutement de 200 personnels d'ici 2029
Safran Electronics and Defense recrute dès le niveau bac – parfois même avant, pour des contrats en alternance – ainsi que des profils de techniciens et d'ingénieurs.
À Dijon, 200 personnels vont être recrutés d'ici 2029. Principalement des techniciens en optomécanique.
Pour favoriser les embauches, des partenariats sont mis en place avec le lycée polyvalent Victor Bérard, à Morez – ex-École nationale d'optique –, et avec le lycée scientifique et technologique Gustave Eiffel, à Dijon. Des programmes accompagnent les candidats extérieurs à la Bourgogne-Franche-Comté. De plus, une école des métiers forme en interne.
L’État cède un terrain à l'entreprise pour réaliser un nouveau parking
Dans le cadre de cette extension, l’État a permis à Safran d'acquérir un terrain voisin de l'usine, via la Métropole de Dijon pour contourner des «contraintes administratives», selon François Rebsamen.
À la suite d'une estimation de France Domaines, l’État a donc vendu 710.000 euros un terrain de 4.080 m² à la Métropole de Dijon qui l'a cédé «en procédure accélérée» pour la même somme à Safran Electronics and Defense.
Actuellement, un ancien immeuble d'habitation datant de 1952 – muré car un temps squatté – s'élève sur le terrain. Il sera détruit pour être remplacé par un parking d'une centaine de places qui fera l'objet d'une «végétalisation». La collectivité assure que «tous les arbres d’alignement existants seront conservés».
Jean-Christophe Tardivon



















