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12/03/2023 17:28

DEVOIR DE MÉMOIRE : Patricia Mirallès a échangé avec des lycéens ayant enquêté sur la seule rafle d'otages juifs à Dijon en 1942

Un projet mémoriel du lycée Charles de Gaulle a conduit des élèves à retrouver les parcours et, parfois, les visages de Dijonnais juifs morts en déportation durant la Seconde Guerre mondiale. «Grâce à la mémoire, on évitera de revivre ça», a commenté la secrétaire d'État chargée des Anciens Combattants et de la Mémoire, le 3 mars dernier.
La séquence la plus poignante de la visite officielle dijonnaise, le 3 mars 2023, de Patricia Mirallès, secrétaire d'État auprès du ministre des Armées chargée des Anciens Combattants et de la Mémoire, s'est déroulée au lycée international Charles de Gaulle.

Dans le cadre d'un projet mémoriel honorant la figure du général de Gaulle, des élèves de classes de première et de terminale ont réalisé un documentaire vidéo de 20 minutes et édité un livre de 213 pages à la suite d'un travail d'histoire portant sur les parcours de douze otages dijonnais juifs raflés, le 26 février 1942, et décédés en déportation.

Rencontre en présence d'une cinquantaine d'élèves


Patricia Mirallès a été accueillie par le proviseur Dominique Javel et le projet a été présenté par l'enseignant en histoire-géographie Dimitri Vouzelle devant les élèves ayant mené le projet et une vingtaine d'élèves de seconde préparant un nouveau sujet pour 2023.

La rencontre s'est déroulée en présence notamment de Franck Robine, préfet de la Côte-d'Or, des députés Benoît Bordat (FP) et Didier Martin ainsi que de Françoise Tenenbaum (PS), conseillère régionale de Bourgogne-Franche-Comté, Emmanuel Coint (LR), première vice-présidente du conseil départemental de la Côte-d'Or, Jean-Philippe Morel (PR), adjoint au maire de Dijon, Pierre N'Gahane, recteur de l'académie de Dijon, Pascale Coq, directrice académique des services de l’Éducation nationale en Côte-d'Or, et Bruno Dupuis, directeur départemental de l'Office national des combattants et des victimes de guerre.

Deux résistants-déportés côte-d'oriens, Pierre Jobard et Henri Mosson, ont également apporté leurs témoignages de la Seconde Guerre mondiale notamment sur les horribles conditions de trajet et d'internement. La secrétaire d'État chargée des Anciens Combattants les a chaleureusement salués à son arrivée dans l'amphithéâtre.

«Restituer ces douze otages dans leur humanité»


«Nous sommes devenus les témoins des témoins», par ce propos introductif, Dominique Javel résume le ressenti des élèves à l'issue de leur travail, rapprochant des mémoires individuelles pour élaborer une mémoire collective d'un événement dramatique de l'histoire dijonnaise.

Avec Dimitri Vouzelle, Frédérique Margarito, professeure de français, et Tatiana Boulle, secrétaire de direction, l'objectif des élèves fut de «redonner un nom à douze hommes» et de «restituer ces douze otages dans leur humanité, humanité que les bourreaux nazis ont voulu leur arracher en vain».

Durant toute l'année 2022, les élèves se sont plongés notamment dans les rares documents encore en possession par les familles, dans les archives départementales de la Côte-d'Or et dans les données du Mémorial de la Shoah.

Le travail sur les archives a été complété par un voyage des élèves en Pologne sur les lieux de mémoire.

La restitution de ce projet «Des parcours uniques vers une mémoire collective» a eu lieu en présence des familles des déportés, le 27 janvier dernier (retrouver la vidéo et le livre depuis le site Le judaïsme d'Alsace et de Lorraine).

Une liste de douze otages établie par la police française


Les élèves sont partis d'une archive du commissariat de police de Dijon listant, en 1944, les juifs déportés depuis 1942, soit près de 150 personnes. Ils ont remarqué les noms d'otages fait prisonniers le 26 février 1942, une date préalable au pendant dijonnais de la rafle du Vél'd'Hiv survenu les 12 et 13 juillet 1942.

L'arrestation de ces otages par la police est consécutive à des «attentats» menés en Côte-d'Or et en Saône-et-Loire. Il s'agit de Pierre Baruch, Maurice Bigio, Joseph Blankenberg, Robert Blum, Jacob Cher, Roger Daltroff – qui a réussi à fuir l'arrestation de février 1942 mais a été retrouvé en 1943 –, André Franck, Alfred Hauser, Gustave Judenkirsz, René Lévy et Roger Lichtenstein.

Un treizième homme, Victor Friedrich, a été raflé sans apparaître dans la liste de la police. La confirmation de sa mort à Auschwitz n'est arrivée qu'en 1947.

«Victimes de la législation antisémite mise en place par Vichy»


«On les avait totalement oubliés dans l'histoire dijonnaise ; l'idée est de leur redonner un visage», souligne Dimitri Vouzelle. Pour six hommes, les élèves ont retrouvé des photographies parmi des documents familiaux et des coupures de journaux.

Ils sont également attachés à retracer leur parcours avant l'arrestation : notables, commerçants, pères de famille, étudiant à Carnot préparant Polytechnique... «Ils ont des racines très locales», résume l'enseignant. Quatre d'entre eux avaient combattu pour la France durant la Première Guerre mondiale et certains s'étaient engagés dans la Résistance dès 1940.

Avant même leur arrestation, «tous sont victimes de la législation antisémite mise en place par Vichy», indiquent les élèves, «ils doivent se faire recenser et ceux qui ont des commerces sont spoliés».

«On sentait que l'on n'était plus traité comme des hommes»


Les otages effectivement capturés ont été un temps détenus à la prison de Dijon puis envoyés en mai 1942 au camp de transit nazi de Compiègne-Royallieu (Oise).

En juin 1942, la plupart sont déportés dans des wagons à bestiaux sous la surveillance de SS. «Si un seul s'évadait tout le wagon serait fusillé, (…) on sentait que l'on n'était plus traité comme des hommes», a écrit un des prisonniers dans une lettre parvenue à sa famille.

Ils arrivèrent au centre de mise à mort d'Auschwitz, dans la Pologne annexée au Reich. Ils décédèrent durant l'été 1942.

Robert Blum et Jacob Cher ont été, eux, envoyés à Drancy. Robert Blum est déporté, en mars 1943, au centre de mise à mort de Sobibór (Pologne) où il a disparu dans le secret. Jacob Cher est déporté, en juillet 1943, à Auschwitz, et assassiné à son arrivée.

«La Shoah a commencé à Dijon»


La diffusion du documentaire est saluée par les applaudissements émus des personnalités, se mettant debout dans l'amphithéâtre et se tournant vers les élèves pour les féliciter de ce travail de mémoire.

D'un point de vue pédagogique, le projet a contribué à faire comprendre aux élèves dijonnais que, au-delà d'un phénomène abstrait découvert dans les livres d'histoire, la réalité s'ancre dans chaque territoire où vivaient les victimes : «la Shoah a commencé à Dijon», synthétise Dimitri Vouzelle.

La finalité est également citoyenne : «on veut qu'ils deviennent des adultes ouverts, engagés, humanistes». D'où la présence des élèves de seconde, ainsi sensibilisés à la démarche mémorielle, qui travailleront, en 2023, à «l'histoire croisée des Tsiganes et des Juifs en Côte-d'Or : quand les préjugés ordinaires conduisent au génocide».

«Stimuler la réflexion critique»


Selon Frédérique Margarito, «l'enseignement des humanités concerne toutes les disciplines et le pont entre l'histoire et les lettres n'est plus à bâtir». «Enseigner et étudier la Shoah offre une occasion essentielle de stimuler la réflexion critique, la conscience sociétale et le développement personnel.»

De plus, la professeur de français souligne «l'implication de nos élèves, leur sens de l'engagement, leur sensibilité et leur détermination à soutenir les valeurs de la République et les droits fondamentaux, à lutter contre toute forme de discrimination».

Auschwitz ou le «poids de l'histoire»


Les élèves ayant participé au projet signalent l'effet de la découverte d'Auschwitz et de la «honte» ressentie mais aussi du «partage» autour de la mémoire. Une autre élève évoque sa sensation du «poids de l'histoire» en entrant dans une chambre à gaz du centre d'extermination.

«Notre projet montre que ce ne sont pas que des numéros, ce sont aussi des personnes», assure une élève. «Cette expérience m'a aidé à me construire en tant que personne et à construire mes convictions», confie un autre élève.

Globalement, les élèves évoquent un «vrai bonheur» connu en échangeant avec les descendants des juifs déportés. En particulier, une élève «a pris conscience de l'importance» du travail mémoriel réalisé en rencontrant ces familles.

«On ne peut pas nier que la nature humaine est capable du pire, c'est un message d'espoir que j'ai envie de transmettre, (…) de garder espoir et d'aimer les autres», déclare avec émotion une élève.

«Il y a encore des guerres pour lesquelles il faut aller vers l'apaisement»


À son tour, Patricia Mirallés évoque son propre souvenir de la découverte d'Auschwitz. «Il n'y a pas si longtemps, il y a un candidat qui n'y croyait pas du tout et qui disait que ça n'avait pas existé», commente-t-elle.

«C'est important la mémoire parce que, grâce à la mémoire, on évitera de revivre ça. (…) On a réussi à apaiser ça, la réconciliation entre la France et l'Allemagne est arrivée. (…) Il y a encore des guerres pour lesquelles il faut aller vers l'apaisement», ajoute-t-elle en référence au travail demandé par le président de la République à l'historien Benjamin Stora à propos de la guerre d'Algérie.

De futurs «Stolpersteine» à Dijon


Les projets mémoriels du lycée Charles de Gaulle sont régulièrement financés par l'établissement lui-même, la Fondation pour la mémoire de la Shoah, le Souvenir français et le ministère des Armées.

Au détour des échanges, le recteur suggèrera de solliciter des financements du Conseil national de la Refondation dans le cadre du dispositif «L'école, faisons-là ensemble». «Nous serons à vos côtés», assurera Patrica Mirallès.

Les projets mémoriels du lycée Charles de Gaulle seront prochainement prolongés, en partenariat avec la Ville de Dijon, par des «Stolpersteine», ou «pierres d'achoppement», une création de l'artiste berlinois Gunter Demnig remontant à 1995.

Il s'agira de pavés positionnés dans le sol devant les lieux où vivaient les douze Dijonnais avant leur arrestation et portant leur nom. Une démarche qui pourrait être élargie à d'autres déportés par la suite.

«Que Dijon se souviennent que ces hommes étaient aussi là chez eux», revendiquent les élèves dans leur documentaire.

Porter le Bleuet de France «avec fierté»


La secrétaire d'État chargée des Anciens Combattants et de la Mémoire termine les échanges en montrant le Bleuet de France qu'elle porte sur sa veste. La «fleur qui poussait dans les tranchées lors de la Première Guerre mondiale» est devenue le symbole de la collecte organisée pour aider les blessés de la quatrième génération du feu, les familles et les pupilles.

Remettant elle-même ce Bleuet aux portes-paroles des élèves, Patricia Mirallès les incite à «le porter avec fierté» car «c'est une façon pour vous de vous s'enraciner dans votre pays».

Plus tôt dans la journée, Patricia Mirallès avait fait chevalier dans l'ordre national du Mérite le caporal-chef Michel Lambert, ayant été blessé durant la guerre d'Algérie, et inauguré la stèle numérique qui vient compléter le monument aux morts de Dijon en permettant d'accéder aux noms des défunts des différentes générations du feu.

Jean-Christophe Tardivon

Le documentaire «Des parcours uniques, vers une mémoire collective»


Patricia Mirallès a inauguré la stèle numérique complétant le monument aux morts de Dijon


Patricia Mirallès a décoré l'ancien combattant Michel Lambert







































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