
La commémoration voulue par Emmanuel Macron s'est déclinée à Dijon, ce dimanche 12 juillet, en présence de représentants du monde judiciaire. «L'antisémitisme frappe toujours au cœur de notre démocratie»,a déclaré la ministre Alice Rufo, dans un message relayé par la sous-préfète Magalie Malerba.

La toute première journée de commémoration nationale de la reconnaissance de l’innocence d’Alfred Dreyfus a été marquée par une cérémonie, ce dimanche 12 2026, devant la cour d'appel de Dijon, au niveau de la place récemment baptisée du nom de Robert-Badinter.
L'affaire Dreyfus a agité la société française de 1894 à 1906. Le capitaine Alfred Dreyfus, d'origine alsacienne et de confession juive, fut accusé de haute trahison en faveur de l'Allemagne et a été victime d'une conspiration s'appuyant sur des faux fabriqués et utilisés par ses supérieurs dans un climat de haine de l'Allemagne et d'antisémitisme. Le véritable traître, le commandant Ferdinand Walsin Esterhazy, est mort, en 1923, sans avoir été condamné.
Les drapeaux français et européen devant l'entrée de la cour d'appel
La cérémonie dijonnaise a été présidée par la sous-préfète Magalie Malerba, secrétaire générale adjointe de la préfecture de la Côte-d'Or. Louis-Joseph Vanderstuyf, chef du bureau de la représentation de l'État au sein de la préfecture de la Côte-d'Or, a officié en tant que maître de cérémonie, sans pupitre ni sonorisation. Les drapeaux français et européen ont été placés devant la porte d'entrée de la cour d'appel.
Dans le rang protocolaire se trouvaient Catherine Hervieu, députée de la Côte-d'Or, Françoise Tenenbaum, vice-présidente de la Région Bourgogne-Franche-Comté, Patricia Gourmand, vice-présidente du Département de la Côte-d'Or, Jean-Philippe Morel, adjoint au maire de Dijon, Alain Chateauneuf, premier président de la cour d'Appel de Dijon, Audrey Mathias, vice-présidente du tribunal judiciaire de Dijon, Olivier Caracotch, procureur de la République de Dijon, le général de division Christophe Husson, commandant de la région de gendarmerie de Bourgogne-Franche-Comté, le lieutenant-colonel Gilbert Antchandiet-N'Komah, délégué militaire départemental adjoint, et Éric Lefèvre, commandant divisionnaire fonctionnel de la direction interdépartemental de la Police nationale de la Côte-d'Or.
Une journée nationale voulue par Emmanuel Macron
Le 7 juillet dernier, par décret, le président de la République a officialisé l'instauration du 12 juillet comme journée nationale de reconnaissance de l'innocence d'Alfred Dreyfus, une innocence reconnue par la Cour de cassation, le 12 juillet 1906.
Ce jour-là, selon les propos d'Emmanuel Macron relayés par le maître de cérémonie, «la justice et la vérité avait terrassé l'arbitraire et le mensonge». «Le combat pour la République et les droits de l'Homme et du citoyen – combat contre l'antisémitisme et les anti-dreyfusards – était victorieux. Cependant, la filiation des héritiers des anti-dreyfusards, anti-républicains et antisémites du début et du milieu du XXème siècle ne s'est jamais éteinte, nous savons qu'il faut toujours faire preuve de vigilance et de persévérance contre ces vieux démons antisémites engendrés par la haine. Aujourd'hui, plus que jamais.»
Le 12 juillet 2006, à l’École militaire, à Paris, là où le capitaine Alfred Dreyfus avait été dégradé, Jacques Chirac, alors président de la République, avait organisé une cérémonie nationale à l'occasion du centenaire de la réhabilitation du capitaine.
Ce 12 juillet 2026, Emmanuel Macron a prévu de présider une cérémonie accompagnant le nouvel emplacement d'une statue d'Alfred Dreyfus par le sculpteur Louis Mittelberg, dit Tim, désormais installée devant l'ancien palais de justice de Paris, sur l'île de la Cité.
«La République a su reconnaître qu'elle avait failli à ses principes»
À Dijon, le message officiel d'Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants, a été relayé par Magalie Malerba.
Dans son propos, la ministre a souligné que, dans son arrêt, la Cour de cassation rendait au capitaine Alfred Dreyfus «la liberté et la dignité que la calomnie lui avait enlevées». «Elle sauvait par la même l'honneur de notre pays, de nos armées et de notre justice.»
«L'affaire, comme on l'appela, fut une épreuve fondatrice de notre République. Elle fut le moment où celle-ci su reconnaître qu'elle avait failli à ses principes», a ajouté la ministre, dénonçant «la coalition des mensonges, des préjugés et des intérêts égoïstes au nom d'une soi-disant raison d’État» et saluant la mobilisation de ceux qui se sont dressés pour obtenir la réhabilitation du capitaine Alfred Dreyfus.
«L'antisémitisme frappe toujours au cœur de notre démocratie»
Après avoir exhorté à «être digne des antidreyfusards», Alice Rufo a rappelé que «l'antisémitisme frappe toujours au cœur de notre démocratie». Dans ce contexte, les parlementaires ont adopté à l'unanimité, le 17 novembre 2025, une loi élevant Alfred Dreyfus au grade de général de brigade à titre posthume.
Les participants ont ensuite respecté un temps de recueillement. Dans ce cas, à la différence des minutes de silence en hommage aux morts pour la France, les autorités ne sont pas tenues de saluer. Puis, «La Marseillaise» a été chanté
a cappella pour clore la cérémonie.
En l'absence des porte-drapeaux, les participants se sont mutuellement salués avant de se donner, pour la plupart, rendez-vous pour le défilé civil et militaire de la Fête nationale.
Jean-Christophe Tardivon
Message officiel d'Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants
Le 12 juillet 1906, la plus haute juridiction de notre pays reconnaissait l'innocence d'Alfred Dreyfus de l'accusation portée contre lui, déclarait-elle, rien ne reste debout.
La Cour de cassation lui rendait définitivement la liberté et la dignité que la calomnie lui avait enlevées. Elle sauvait, par là même, l'honneur de notre pays, de nos armées et de notre justice.
Car l'Affaire, comme on l'appela, fut une épreuve fondatrice de notre République.
Elle fut le moment où celle-ci sut reconnaître qu'elle avait failli à ses principes.
Charles Péguy, l'un de ses défenseurs les plus fervents, aux côtés de Bernard Lazare et après le colonel Picquart, fixa à jamais la portée de cette Affaire dans notre histoire: une seule injustice, un seul crime, une seule illégalité, surtout si elle est officiellement enregistrée, confirmée, suffit à perdre d'honneur, à déshonorer tout un peuple. C'est un point de gangrène, qui corrompt tout le corps.
Il avait su voir que la question n'était pas si Dreyfus était innocent ou coupable, mais si l'on aurait le courage de le déclarer, de le savoir innocent.
Face à la révélation de l'écrasement d'un homme sous la coalition des mensonges, des préjugés et des intérêts égoïstes, au nom d'une soi-disant raison d'État, des hommes se dressèrent.
Pour eux, la vérité ne pouvait être séparée des idées de démocratie et de liberté sans que celles-ci ne soient mutilées et ne perdent leur contenu: la France a sur la joue cette souillure, accusait Zola dans L'Aurore.
Par une mobilisation sans précédent, la réhabilitation fut conquise et les valeurs démocratiques affirmées.
Mais Alfred Dreyfus ne fut pas seulement la victime de l'un des plus grands scandales politico-judiciaires de notre histoire.
Il fut un exemple.
Un grand Français. Un patriote.
Un modèle d'abnégation républicaine et d'engagement combattant.
Un homme qui croyait à la République issue des Droits de l'Homme et du Citoyen, qui puisa dans la force de ses valeurs une invincible espérance; un homme qui refusa de cesser de croire à la France.
S'il quitta l'armée en 1907, il y revint sans hésitation quand éclata la guerre de 1914, servit au Chemin des Dames et à Verdun, et acheva sa carrière militaire lieutenant-colonel, fait officier de la Légion d'honneur en 1919.
Cette fidélité à la France ne se démentit jamais.
Depuis sa cellule de la prison du Cherche-Midi, dans l'attente du premier Conseil de Guerre, il écrivait à sa femme, Lucie : Dévoué à mon pays auquel j'ai consacré toutes mes forces, toute mon intelligence, je n'ai rien à craindre.
Condamné, dégradé, déporté sur l'île du Diable dans des conditions qui mirent sa vie en danger, il endura l'épreuve avec un humble et stoïque héroïsme.
Chaque génération, depuis, a dû regarder en face cette tache restée indélébile dans notre mémoire, se confronter à cette blessure fondatrice de notre République.
Chaque génération se demande si elle aurait été digne de ce combat, digne des Dreyfusards.
La nôtre se doit de l'être.
Il y a vingt ans, le 12 juillet 2006, pour le centenaire de l'arrêt, le président Jacques Chirac rendait à l'École militaire un hommage solennel au capitaine Dreyfus.
Il lançait aussi un avertissement : le combat contre les forces obscures, l'injustice, l'intolérance et la haine n'est jamais définitivement gagné.
Nous le savons, la filiation des antidreyfusards, antirépublicains et antisémites, ne s'est jamais éteinte ceux qui préféraient qu'un innocent périsse pour sauver l'apparence d'un ordre inique.
L'antisémitisme frappe, toujours, au cœur de notre démocratie.
Mais la République poursuit son combat. Elle tient ses promesses.
Par la loi du 17 novembre 2025, votée à l'unanimité par les deux assemblées du Parlement et promulguée par le président de la République, la Nation française a élevé, à titre posthume, Alfred Dreyfus au grade de général de brigade.
À celui qui s'était éteint un 12 juillet, en 1935, elle a ainsi rendu ce qui fut inaccessible de son vivant, parachevant l'œuvre du 12 juillet 1906.
En se rassemblant désormais chaque année à cette date, la Nation rappelle les valeurs les plus élevées qui la rassemblent, celles qui donnent à la République son idéal, contre toute forme de haine et de violence: la Justice et la Vérité.
Elle proclame qu'il n'est pas de vérité dangereuse, ni de mensonges utiles.
Elle réaffirme sa confiance dans les principes issus de la Déclaration de 1789 qui la fondent.
Elle reconnaît l'égalité en droits et la valeur absolue de la dignité de chacun de ses enfants.
Vive la République. Vive la France.
























