
À ce stade de la campagne, le représentant régional du parti d'Éric Zemmour envisage une alliance avec le mouvement d'Emmanuel Bichot. «La préoccupation des Français, c'est le pouvoir d'achat, la sécurité, l'immigration», a avancé Franck Gaillard, ce mercredi 3 décembre.
Une nouveauté pour les municipales à Dijon ; Reconquête s'engage dans la campagne. Éric Zemmour avait fondé ce mouvement souverainiste et identitaire en 2021 pour accompagner sa candidature à l'élection présidentielle de 2022. N'ayant pas pu, de facto, participer aux municipales de 2020, le voici qui entend peser en Côte-d'Or et à Dijon en particulier.
Délégué régional pour la Bourgogne-Franche-Comté, Franck Gaillard a pour mission de négocier avec d'autres formations politiques et de coordonner l'implication des militants du parti d'extrême-droite – une qualification qu'il récuse, revendiquant de «faire partie de l'arc républicain». Ce mercredi 3 décembre 2025, Franck Gaillard a répondu aux questions d'
Infos Dijon.
Militant du Front national à l'âge de 15 ans
Âgé de 50 ans, artisan, Franck Gaillard est, depuis 2020, maire de Chaume-et-Courchamp, village de 200 habitants aux confins de la Côte-d'Or, limitrophe de la Haute-Marne et de la Haute-Saône.
Politiquement, il est devenu militant du Front national à l'âge de 15 ans, dans le sillage de Pierre Jaboulet-Vercherre et de Charles Cavin.
Conseiller municipal d'opposition à Chenôve, il défend les couleurs du FN aux différentes élections et devient conseiller régional d'opposition de Bourgogne, colistier de Sophie Montel, en 2015.
En 2021, suite à un désaccord avec Julien Odoul – actuel président du groupe d'opposition du RN à la Région Bourgogne-Franche-Comté –, Franck Gaillard quitte le Rassemblement national. Sollicité par Éric Zemmour, il rejoint alors Reconquête.
En 2026, le maire sortant se présentera de nouveau à Chaume-et-Courchamp. Actuellement, la Côte-d'Or compte neuf maires ruraux étant des adhérents de Reconquête.
Près de 500 adhérents en Côte-d'Or
En Côte-d'Or, le parti est animé par un bureau composé de dix personnes dont les cinq candidats potentiels aux législatives dans les circonscriptions du département. Participent également les représentants départementaux du mouvement de jeunesse Génération Z et de l'association de parents d'élèves Parents vigilants.
Reconquête revendique 480 adhérents à jour de cotisation malgré la «surprise» de l'exclusion de Marion Maréchal par Éric Zemmour en 2024. Tête de liste aux européennes, Marion Maréchal a repris ensuite le Mouvement conservateur qu'elle a rebaptisé Identité-Libertés pour se rapprocher du Rassemblement national.
«Marion Maréchal-Le Pen souhaitait faire un putsch sur le parti Reconquête», explique Franck Gaillard, «on a eu des départs parce que les gens n'ont pas compris». «Aujourd'hui, les gens reviennent chez nous, à part les cadres d'Identité-Libertés.»
Reconquête ne compte plus qu'une députée européenne : Sarah Knafo, par ailleurs compagne d’Éric Zemmour. «Elle est formidable», s'enthousiasme Franck Gaillard, «elle dit les choses clairement, simplement, sans aucune agressivité». «C'est quelqu'un qui est en pleine ascension. Je suis ami avec Sarah et Éric depuis pas mal de temps. Ce qui est bien, c'est que, quand on a cette proximité avec eux, on peut expliquer la problématique de terrain, contrairement à l'appareil politique du RN à l'époque dans lequel j'évoluais.»
À Dijon, des discussions autour d'une éventuelle alliance avec Emmanuel Bichot
Promoteur de «l'union des droites», Franck Gaillard a pris contact avec Emmanuel Bichot (LR, AD) qui est investi par le micro-parti local qu'il a fondé, Agir pour Dijon (
lire notre article), et qui sollicite l'investiture des Républicains, parti héritier du gaullisme désormais présidé par Bruno Retailleau.
Franck Gaillard souhaite que ces échanges aboutissent d'ici début janvier. Sinon, il n'exclut pas que Reconquête présente une liste autonome.
Sollicité, Emmanuel Bichot confirme : «le représentant local [de Reconquête] a manifesté de l'intérêt pour notre projet municipal et notre souhait de rassembler très largement les Dijonnais autour d'un changement d'orientations».
Actualisé le 4 décembre 2025 :«A ma connaissance, [les militants de Reconquête] sont en réflexion sur le choix de se présenter seuls, ou de soutenir le candidat le mieux plus crédible pour réaliser une alternance de droite à Dijon, sans demander de contrepartie», ajoute Emmanuel Bichot.
«À Dijon, nous avons un adversaire politique qui est François Rebsamen»
Infos Dijon : En 2024, en Côté-d'Or, Reconquête a réalisé 5,47% des suffrages aux dernières européennes et 5,23% à Dijon. Pensez-vous pouvoir peser sur ces municipales ?Franck Gaillard : «Notre but est de créer l'union des droites. (…) Sur la Côte-d'Or, on aura encore des maires ruraux. Sur les grandes villes, non.»
«À Dijon, nous avons un adversaire politique qui est François Rebsamen [NDLR : ancien maire de Dijon, actuel président de la Métropole de Dijon ; ex-socialiste, désormais président de la Fédération progressiste], même si, maintenant, ce sera Nathalie Koenders [NDLR : actuelle maire de Dijon, adhérente du Parti socialiste], mais elle est toujours pilotée par François Rebsamen.»
«Cette idéologie politique, je pense que les Dijonnais et les Dijonnaises n'en peuvent plus, n'en veulent plus. Monter des listes à tout va à droite, je pense que c'est dangereux pour l'avenir des Dijonnais. Nous sommes en pourparlers avec Monsieur Bichot. L'intérêt des Dijonnais prime avant l'intérêt personnel.»
«C'est le mieux placé puisque il est dans l'opposition. S'il a l'investiture LR, ce sera un bon présage pour l'union des droites. Mon but, ce n'est pas de faire de la politique pour avoir un poste, c'est de faire de la politique pour nos concitoyens. Donc, je ne demande rien à Emmanuel Bichot, je veux juste que les choses changent.»
«Si Marine Le Pen et Jordan Bardella veulent vraiment l'union des droites, qu'ils proposent des choses»
Vous ne cherchez donc pas spécialement à obtenir la tête de liste pour Reconquête ?«Non. Le but est de résoudre les problèmes des Français. Le Rassemblement national, c'est un peu le ''en même temps'' d'Emmanuel Macron. Si on entend Marine Le Pen qui dit ''nous, on est contre l'union des droites'', puis Jordan Bardella qui dit ''on est pour l'union des droites'', à un moment donné, il va falloir qu'ils s'accordent. S'ils veulent vraiment l'union des droites, qu'ils proposent des choses. Or, eux, leur problématiques c'est l'absorption.»
«Je n'ai eu aucun contact avec Monsieur Coudert [NDLR : Thierry Coudert conduit une liste soutenue par le RN et l'UDR (
lire notre article)]. Même si j'en avais eu, je pense que par rapport à son passé politique, qui était quand même à gauche. qui a fait du tourisme politique, ce n'est pas ma vision en fait de la politique. Je pense que beaucoup de Français se sont désintéressés de la politique par rapport à des politiciens comme ça.»
«Je veux justement faire revenir ces personnes qui ont été dégoûtées de la politique. Quand on est un homme politique, on a une parole. C'est vrai qu'aujourd'hui, la parole, c'est de plus en plus compliqué chez nos politiciens. Beaucoup de promesses, peu de promesses tenues, et, du coup, les gens sont complètement déçus.»
«On veut redonner un nouvel élan à Dijon»
Cette stratégie d'«union des droites», est-ce parce que vous ne seriez pas en mesure de bâtir une liste complètement Reconquête ?«Pour rappel, j'ai monté des listes à Dijon, à Talant, à Is-sur-Tille. Je sais monter des listes, on a un fichier, on a des sympathisants, on a des adhérents.»
«Le problème n'est pas de monter des listes. Ce n'est pas la peine de diviser la droite. Je veux que Dijon change, que les impôts baissent, que l'immigration baisse, que les agressions baissent, que les commerces puissent avoir à nouveau des clients, que les restaurateurs puissent avoir des terrasses... On veut redonner un nouvel élan à Dijon.»
«Nous cherchons plutôt l'implantation locale, ce qui manque au Rassemblement national. Le candidat de Dijon, Monsieur Coudert, vient de Paris et n'est absolument pas implanté.»
«Si Monsieur Coudert veut faire quelque chose pour les Dijonnais et Dijonnaises, je l'invite à retirer sa candidature pour que la droite soit unie, à moins qu'il ne se considère pas à droite et dans ce cas-là, qu'il maintienne sa candidature.»
«La préoccupation des Français, c'est le pouvoir d'achat, la sécurité, l'immigration»
Dans vos échanges avec le mouvement d'Emmanuel Bichot, quels sont les principaux axes de campagne que que vous portez ? «On est d'accord sur la sécurisation de Dijon, sur [l'arrêt de] la bétonnisation, sur les transports. On est d'accord sur ce qui ne va pas à Dijon.»
«C'est tout aussi important de se balader à Dijon, que d'avoir des commerces ouverts, que d'avoir des transports. C'est un tout. Quand on vit dans une ville, tout est important. Si vous avez de la sécurité, mais que vous pouvez pas vous déplacer – je vois bien le le matin sur la rocade, c'est des kilomètres de bouchons –, quand vous êtes en voiture, aujourd'hui, c'est très compliqué de circuler à Dijon, ça tue le commerce au centre-ville et, effectivement, des villes périphériques comme Ahuy se développent grâce à la mauvaise gestion de Dijon.»
C'est un tout dites-vous. Avez aussi des axes concernant la fiscalité ou encore l'environnement ? «On est pour l'écologie mais pas une écologie punitive. Aujourd'hui, le problème c'est qu'on vous impose un composteur. (…) On met des composteurs à Dijon donc il y a des problèmes l'insalubrité. On voit des rats. On marche sur la tête !»
«Donc l'écologie, c'est bien, mais en faire des thèmes de campagne prioritaires, je pense pas que ça soit forcément l'axe principal et la préoccupation des Français.»
«Aujourd'hui, en général, la préoccupation des Français, c'est le pouvoir d'achat, la sécurité, l'immigration, tout ce que nous défendons chez Reconquête.»
«Le tarif des places de stationnement, c'est de l'impôt qui est déguisé»
«La fiscalité en fait partie. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on paye de plus en plus d'impôts et on a de moins en moins de services. Je vois bien en zone rurale que pour avoir un médecin, le SAMU, les pompiers, les gendarmes, c'est compliqué.»
«Ce qui valable en campagne est valable en ville. Si vous voulez vous rendre aux urgences, il va falloir appeler un numéro pour savoir si vous pouvez entrer aux urgences ou pas.»
«La fiscalité, oui, mais après, qu'est-ce que font les élus de cet argent ? Si c'est pour en donner une partie à l'Ukraine... Je ne suis pas contre le fait de payer mais comment on gère cet argent. La priorité devrait être pour les Français. Il y a eu une avancée par exemple pour les fauteuils roulants où, effectivement, ça ne me dérange pas de payer des impôts pour que les personnes handicapées puissent se déplacer avec un fauteuil roulant.»
«Ce qui me gêne le plus, c'est de payer des gens qui ne respectent pas la loi, des places de prison ou on a bien vu encore que les Dalton ont pu s'évader à Dijon en sciant des barreaux (
lire le communiqué).»
«Le but, c'est de donner du pouvoir d'achat aux Français. On peut jouer sur les taxes. Depuis ma mandature, je n'ai pas augmenté les impôts locaux.»
La municipalité de Dijon non plus.«C'est facile de dire ''j'ai pas augmenté les impôts'' mais quand vous avez les voitures qui sillonnent Dijon, je peux vous dire que ça fait mal au portefeuille. Quand on augmente [le tarif] des places de stationnement, c'est de l'impôt qui est déguisé.»
Franck Gaillard trouve «injuste» de «payer pour le tram» sans être desservi
Vous avez évoqué des sujets qui relèvent de compétences de la Métropole. Avez-vous des relais dans les autres communes pour éventuellement appuyer les politiques que vous proposez ?«Si, demain, nous arrivons à battre le pouvoir en place, ça va être un chamboulement pour Dijon mais aussi pour la région.»
«On enverrait un signal très fort, même à Paris, en disant que nous ne voulons plus de cette politique, que l'union des droits fonctionne. Derrière, il va y avoir les régionales, il y aura les départementales. Si on arrive à commencer cette démarche d'union des droites et que ça marche, on pourra faire beaucoup de choses au niveau Département, Dijon Métropole, etc.»
«Dijon Métropole se sert des collectivités locales à côté pour pouvoir assurer un bien-être aux Dijonnais et aux villes qui sont qui sont proches de leurs idées.»
«Si je prends par exemple le tram, vous allez en tram à Quetigny, ville de gauche, à Chenôve, ville de gauche. Le seul qui a voulu avoir le tram, c'est quelqu'un qui était de droite mais il a pas eu le projet. Qu'on soit partisan, je veux bien, mais, en fait, il faut penser quand même aux électeurs et aux habitants de l'agglomération. Donc payer pour des prestations qu'on n'a pas – une personne de Talant qui paye pour le tram alors qu'il ne peut pas accéder –, je trouve ça complètement injuste.»
L'actuel projet de troisième ligne envisage d'aller jusqu'à Marsannay-la-Côte qui n'est pas une «ville de gauche». «Marsannay est quand même mitoyen avec Chenôve donc ça va prolonger encore la ligne de tram de Chenôve jusqu'aux portes de Marsannay, donc pas au bout de Marsannay. Ça va encore aider les Bombis [NDLR : surnom des habitants de Chenôve]. Il faut savoir partager.»
«À
Reconquête, nous avons autant
d'ouvriers que de cadres»
Seuls ou alliés, vous aurez des candidats à trouver. Aux européennes, la liste a surperformé à Montchapet. Êtes-vous en mesure de proposer des candidats de tous les quartiers ?«C'est le cas et de toutes catégories socioprofessionnelles. À Reconquête, nous avons beaucoup de gens qui ont été déçus par Les Républicains, par le Rassemblement national. Nous avons autant d'ouvriers que de cadres.»
«Sarah Knafo et Éric Zemmour sont fédérateurs de toutes ces personnes qui en ont ras-le-bol de cette classe politique et qui veulent vraiment changer les choses.»
Propos recueillis par
Jean-Christophe Tardivon