
«Ces Centres sont des lieux qui permettent d'accueillir sans condition, de se sentir chez soi», a indiqué la ministre de la Lutte contre les discriminations, ce vendredi 27 mars. «Face à la haine, nous ne céderons rien !» a-t-elle martelé.

Dijon compte désormais un «sanctuaire» pour les personnes concernées par les questions relatives à l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Ouvert depuis quelques semaines, le nouveau Centre LGBT+ a été inauguré par Aurore Bergé, ce vendredi 27 mars 2026.
La ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations ayant été accueillie par Denis Bruel, secrétaire général de la préfecture de la Côte-d'Or, l'inauguration s'est déroulée en présence de Christophe Berthier (PS), adjoint au maire sortant, François Patriat (REN), sénateur de la Côte-d'Or, Sarah Persil (LE), vice-présidente de la Région Bourgogne-Franche-Comté, et Patricia Gourmand (LCOP), vice-présidente du Département de la Côte-d'Or.
Après Lyon, un Centre LGBTQIA+ à Dijon
Depuis plusieurs années, en lien avec les associations concernées, l'Antenne municipale et associative de lutte contre les discriminations (AMACOD) et le Centre communal d'action sociale (CCAS), la Ville de Dijon cherchait à favoriser l'ouverture d'un lieu d'accueil et d'information pour les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, queers, intersexes ou asexuelles (LGBTQIA) ainsi que pour leurs proches.
Voyant des Dijonnais, des Bisontins ou encore des Chalonnais venir au Centre LGBTI+ de Lyon – devenu depuis Centre LGBTQIA+ Centre-Est –, son président Aymeric Martin a proposé de porter lui-même le projet de centre à Dijon pour ouvrir le premier Centre LGBT+ de Bourgogne-Franche-Comté – et 53ème de France –, en décembre dernier, près de la place Wilson.
Un financement de l’État
Dans le cadre du Plan national pour l’égalité, contre la haine et les discriminations anti-LGBT+ 2023-2026, l’État a engagé 10 millions d'euros pour développer des centres LGBT+ sur l’ensemble du territoire. À Dijon, une subvention annuelle de 50.000 euros couvre la rémunération d'une salariée et le loyer du local.
Ainsi, depuis février, une trentaine de bénévoles assurent des permanences d'accueil et d'écoute prenant en compte les enjeux sociaux et juridiques.
«Ce n'est pas un succursale de Lyon», a souligné Aymeric Martin, «c'est un projet qui existe en propre, Lyon et Dijon sont au même niveau organisationnel». «Le but est de transmettre les compétences pour gérer un centre LGBTI.»
Souhaitant «monter en compétences» – notamment sur les questions juridiques – et recruter, le Centre LGBTQIA+ de Dijon compte solliciter prochainement des financements supplémentaires auprès de la Ville, du Département de la Côte-d'Or et de la Région Bourgogne-Franche-Comté.
«Nous sommes un sanctuaire»
«Aujourd'hui, on a est là pour vous, membres de la communauté LGBTI+», a lancé Aymeric Martin pour introduire un discours à la fois revendicatif et poétique en ayant toutefois une pensée pour, au cours de l'histoire, «celles et ceux [qui furent] réprimés, déportés, mutilés, gazés» ainsi que pour «les morts du SIDA».
Le président du Centre a rappelé les discriminations encore subies : rejet d'une famille, harcèlement à l'école par des camarades voire par des enseignants, difficultés à trouver un logement ou à accéder à des soins, agressions au retour de soirées...
«Ce Centre LGBTQIA+ ne se limite pas à une ville mais à un territoire», a revendiqué le militant associatif, «c'est la maison d'une région qui en verra naître d'autres». «Nous sommes un sanctuaire, ton sanctuaire, où que tu habites, nous t'aiderons.»
«Travaillons à réconcilier la société pour que la Pride marche dans le cœur des villes et des villages, que les guets-apens LGBTIphobes aient justice dans une ruelle jusqu'à un lac, que la fracture territoriale se résorbe et réconcilie notre société», a exhorté Aymeric Martin avant de rendre hommage à plusieurs personnes qui se sont suicidées récemment : «la discrimination les a tuées».
«Face à la haine, nous ne céderons rien !»
«Aimer librement ne devrait jamais être un risque pour qui que ce soit, être qui on est ne devrait jamais mettre en danger qui que ce soit et, aujourd'hui, ça reste une difficulté, une souffrance», a enchaîné Aurore Bergé.
«Ces Centres sont des lieux qui permettent d'accueillir sans condition, qui permettent de se sentir chez soi», a poursuivi la ministre, «plus que des centres, ce sont des maisons parce que ça veut dire qu'on se sent enfin à sa place». «On va continuer sur cet objectif d'avoir un Centre par département.»
«Face à la haine, nous ne céderons rien !» a martelé la membre du gouvernement, «parce c'est un droit pour chacun d'être qui on est et d'aimer qui on aime. C'est la moindre des choses que la République puisse le réaffirmer». «Longue vie au Centre, longue vie à l'amour !»
«Les droits LGBT sont plutôt sous contrainte, à travers le monde»
«Les droits humains et les droits LGBT sont plutôt sous contrainte, à travers le monde», a déploré Aurore Bergé durant un temps d'échanges avec les élus et les bénévoles alors que ces derniers partageaient des témoignages de discriminations.
Vice-président d'AIDES, Emmanuel Bodoignet a rappelé à la ministre l'enjeu de l'accès à l'aide médicale d’État pour des questions de santé publique notamment en matière de dépistage et de prévention des infections sexuellement transmissibles.
«Il y a une recrudescence des MST parce qu'on se protège moins», a convenu la ministre, toutes populations confondues, alors qu'une campagne de sensibilisation sur le VIH est en cours.
Intégration de la santé mentale dans le prochain plan contre les discriminations
Durant les échanges, Aymeric Martin a plaidé également pour que les enjeux de santé mentale soient pleinement intégrés au futur Plan national pour l'égalité, contre la haine et les discriminations anti-LGBT+ 2027-2030.
Aurore Bergé s'est montrée favorable à cela : «On a cette nécessité, à la fois pour nos enfants, nos adolescents». «On voit la fragilité, en général, dans notre pays sur la question de la santé mentale, mais quand, en plus, vous subissez du harcèlement, du cyberharcèlement, que vous avez peur, en fait, d'être qui vous êtes, on voit bien à quel point ça peut atteindre votre santé mentale. La santé, c'est la santé tout court.»
Jean-Christophe Tardivon
Les centres LGBT+
(communiqué)
Un centre LGBT+ est un lieu d’accueil, d’écoute, de prévention et d’orientation, ouvert à toutes les personnes concernées par les questions relatives à l’orientation sexuelle et l’identité de genre, ainsi qu’à leurs proches.
Chaque centre propose des permanences sociales, juridiques ou médicales, accompagne les victimes de discriminations ou de violences, et permet à chacun et chacune de s’informer, se rencontrer, se reconstruire.
Les centres LGBT+ accueillent également les associations locales, leur permettant ainsi de se développer et de se structurer, en favorisant la mise en réseau, la mutualisation des ressources et la coordination des actions.

























