
Interdiction des écrans aux 0-3 ans, mesure pour les familles monoparentales, lutte contre la fraude sociale... la ministre des Familles s'est exprimée, ce samedi 14 juin, devant 750 bénévoles et professionnels des associations familiales réunis pour l'assemblée générale de l'UNAF.

L'Union nationale des associations familiales fête ses 80 ans en 2025. L'organisme a donné rendez-vous aux bénévoles et professionnels de ses 6.000 associations adhérentes pour son assemblée générale, ces 14 et 15 juin 2025, à l'Opéra de Dijon. 750 ont fait le déplacement, venant de toute la France.
Créée à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'UNAF est l'interlocutrice des pouvoirs en matière de politique familiale. Son credo est de représenter les intérêts de toutes les familles et de favoriser la natalité pour plancher notamment au cours de trois tables-rondes : «Être parent en 2025», «Les familles face aux difficultés économiques» et «Les familles face à la perte d’autonomie».
Dans le cadre de cette assemblée générale, Catherine Vautrin, ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles du gouvernement de François Bayrou, a prononcé un discours, ce samedi 14 juin 2025, après celui de Bernard Tranchand, président de l'UNAF, qui, lui-même, a rendu hommage à Marie-Andrée Blanc, ancienne présidente, décédée en avril dernier. Extraits choisis.
«Avec l'inflation, le niveau de vie des familles avec charge d'enfants a été écorné durablement», déclare Bernard Tranchand
«L'UNAF agit pour faire reconnaître la place centrale des familles dans notre société. Plus de 10.000 représentants familiaux bénévoles et plus de 8.000 salariés défendent les droits des familles et, par leurs services, les soutiennent dans les difficultés.»
«Avec cet anniversaire, plus que l'institution, nous célébrons ensemble une idée forte : la famille est une richesse pour notre société à condition, cependant, qu'on la respecte, qu'on l'accompagne et qu'on lui donne les moyens d'exister pleinement.»
«Beaucoup de familles affrontent des difficultés économiques, sociales ou psychologiques. Quand elles vacillent, c'est l'ensemble de la société qui est ébranlée.»
«Avec l'inflation, le niveau de vie des familles avec charge d'enfants a été écorné durablement et l'écart entre le désir d'enfants et le nombre de naissances continue à grandir.»
Le bilan de l'UNAF
«Nous pouvons être fiers d'avoir fait avancer la reconnaissance des aidants familiaux, contribué à réformer la protection juridique des majeurs, porté dans la loi le soutien aux tuteurs familiaux, fait plier les banques face aux frais abusifs sur leurs clients fragiles ou encore, dernièrement, d'avoir obtenu la création des services publics de la petite enfances.»
«Nous pouvons être fiers de défendre le maintien d'une politique familiale universelle, d'agir pour que le soutien à la parentalité soit une priorité des politiques publiques – il reste tant à faire –, de déployer la médiation familiale à grande échelle, de proposer des formes d'habitat partagé pour les vulnérables, d'embarquer de milliers de bénévoles dans nos dispositifs Lire et faire lire, de participer à la généralisation des Points conseil budget, d'expérimenter le répit pour les aidants, de piloter le label national dédié à la parentalité numérique – Parents, parlons numérique –, plus récemment encore d'avoir imaginé un dispositif d'accompagnement pour les enfants de parents séparés et d'avoir mis en place la médiation aidant-aidé pour apaiser les conflits.»
«Un lien entre la baisse des naissances et la dégradation continue de la politique familiale depuis dix ans»
«Nous souhaitions interpeller le gouvernement sur trois points cruciaux qui se jouent, aujourd'hui, pour l'avenir des familles. Le premier, la chute des naissances et le besoin d'une relance de la politique familiale. Depuis des années, l'UNAF alerte sur la chute de la fécondité et sur son écart avec le désir d'enfant qu'elle a pu chiffrer.»
«Plus personne n'exclut la possibilité d'un lien entre la baisse des naissances et la dégradation continue de la politique familiale depuis dix ans. Cette situation compromet l'équilibre de l'ensemble de notre modèle de protection sociale.»
«Dans ce contexte, redresser des comptes sociaux en faisant à nouveau des coupes au solde de la branche familles serait un contresens majeur. (…) Les calculs budgétaires de court terme font courir de grands risques pour l'avenir. Pour maintenir un haut niveau de contributeurs pour les décennies à venir, il faut investir dans la politique familiale, ces investissements sont essentiels pour garantir le maintien dans notre systèmes pour les générations à venir.»
«L'extension du complément de mode de garde aux enfants de 6 à 12 ans pour les familles monoparentales, c'est une mesure positive»
«Mieux indemnisé, le congé parental deviendra alors un vrai choix. Une réforme ambitieuse adresserait à toutes les familles un signal positif et concret. Il est très attendu par les parents.»
«La réforme du complément de mode de garde (CMG), versé aux familles qui font garder leurs enfants, comprend deux volets. Son extension aux enfants de 6 à 12 ans pour les familles monoparentales, c'est une mesure positive. L'UNAF l'avait demandé lors des présidentielles de 2022, car la conciliation ne se joue pas seulement dans la petite enfance et nous souhaitons qu'elle bénéficie également aux familles nombreuses et à celles qui ont un enfant en situation de handicap.»
«Ses paramètres nous inquiètent. Nous craignons une nouvelle hausse des restes à charge pour de nombreux parents entrant dans le dispositif. Les simulations montrent que, pour près de la moitié des parents, les coûts augmenteront. Cette réforme risque de faire des gagnants hypothétiques et des perdants certains. Nous demandons donc qu'elle soit évaluée dès septembre 2026 pour en corriger éventuellement les paramètres.»
«Les gestions des écrans est la première difficulté dont nous parlent les parents»
«Deuxième point crucial, le rôle des parents et la protection des enfants. Deux tiers des parents nous disent se sentir dépassés par leurs responsabilités. 80% considèrent qu'il faudrait donner plus de repères aux parents pour éduquer leurs enfants.»
«Depuis longtemps, l'UNAF travaille sur les gestions des écrans, des réseaux sociaux, du cyber-harcèlement. C'est la première difficulté dont nous parlent les parents. Nous constatons avec satisfaction que le gouvernement agit au niveau européen, pour maintenir la pression sur les plateformes et les grands acteurs du numérique.»
«Des mesures sont déjà envisagées pour interdire ou limiter les écrans auprès des jeunes. C'est une bonne chose mais il faut outiller les parents pour les aider à appliquer ces règles au sein de la famille au quotidien.»
«Nous appelons à la création d'un service à l'accompagnement de la coparentalité dans les situations complexes»
«Les séparations peuvent aussi perturber l'exercice de la parentalité. Ces dernières années, l’État et la branche famille se sont beaucoup mobilisés pour améliorer le paiement des pensions alimentaires. Il faut aller plus loin. Travailler les liens familiaux est tout aussi essentiel en permettant aux parents d'exercer leur coparentalité.»
«Les CAF mettent en place des parcours pour les parents après la séparation. Nous avons des idées pour les enrichir avec un accompagnement budgétaire, un accompagnement des enfants grâce à notre dispositif innovant d'atelier Les PEPS, avec des garderies solidaires permettant un répit parental.»
«Nous appelons à la création d'un service à l'accompagnement de la coparentalité dans [les] situations complexes et à un soutien renforcé des équipes. Il y va de la protection des enfants.»
«Nous saluons, Madame la ministre, votre volonté de prendre à bras-le-corps, la situation calamiteuse de la protection de l'enfance qui porte atteinte aux droits des enfants.»
«Les politiques d'aide aux aidants familiaux ont progressé grâce grâce à nos actions avec les associations concernées»
«Troisième point crucial : la prise en charge de la perte d'autonomie liée au vieillissement, au handicap ou à la maladie. Toutes les familles sont concernées. Les politiques d'aide aux aidants familiaux ont progressé grâce grâce à nos actions avec les associations concernées. Nous continuons à réclamer que ces politiques intègrent les aidants de personnes atteintes de maladies chroniques et qu'une définition unique et harmonisée inclut toute catégorie de personnes aidées pour simplifier les parcours.»
«Les défis de notre pays sont immenses. L’État ne réussira pas seul. Il a besoin des familles, des associations, de nous tous, de nos visions des responsabilités.»
«La France est engagée dans un défi démographique», relève Catherine Vautrin
«Je suis venue vous dire ce matin que, évidemment, le gouvernement est à vos côtés.»
«Le cœur de nos politiques familiales doit partir d'un constat : la France est engagée dans un défi démographique. (…) Ma première préoccupation est, bien évidemment, la baisse continue de la natalité.»
«[Le virage démographique] menace les grands équilibres de notre modèle social et donc, évidemment, nous devons travailler sur les réponses apportées. C'est tout le sens du plan démographique 2050 sur lequel je travaille. La première partie de ce plan est la partie sur les premières années de la vie.»
La ministre «réfléchit» au rôle de l'EHPAD
«Ma première réflexion est de respecter la volonté de nos seniors. C'est leur vie, c'est à eux de décider, nous devons les écouter. En d'autres termes, quand ils nous disent, tout simplement, qu'ils veulent vieillir chez eux, pour ne prendre que cet exemple, nous avons comme responsabilité d'avoir la capacité à structurer à l'échelle du bassin de vie cette capacité de répondre aux besoins qui sont les leurs.»
«Ça veut donc dire du médico-social, de la capacité hospitalisation de domicile, réfléchir au rôle de l'EHPAD. Est-ce que l'EHPAD n'est pas un endroit où on peut accueillir du soin non-programmé plutôt qu'aller aux urgences du centre hospitalier voire du centre hospitalier universitaire qui n'est pas fait pour ce type d'approche.»
«Apporter des réponses concrètes et structurelles» au défi démographique
«Je reviens sur les causes de la baisse de la natalité. (…) Nous avons la famille des causes d’infertilité médicale et nous avons une deuxième famille de sujets qui sont des sujets infertilité sociétale. (…) Nous devons travailler sur tous ces leviers.»
«Nous devons tous nous lever pour dire que jamais dans notre pays nous n'accepterons des endroits qui seraient interdits aux enfants. La vitalité d'un pays, c'est un pays qui sait faire la place à l'ensemble de ces enfants.»
«Pour faire face à ce défi démographique que j'évoquais, nous devons apporter des réponses concrètes et structurelles et c'est le sens du renouveau de la politique familiale que que porter. Le premier pilier, c'est de permettre à chaque femme, à chaque homme, à chaque coupler, de concrétiser son désir d'enfant. 10 à 15% des couples en âge de procréer rencontrent des difficultés à concevoir.»
«Au-delà de la souffrance individuelle, [cette infertilité] interroge notre système de santé, notre modèle social et notre avenir démographique. C'est pour cela que j'ai fait de cette lutte contre l'infertilité une priorité que je veux décliner avec six éléments.»
«Le premier, c'est une campagne de sensibilisation sur la santé reproductive, en particulier sur la notion de l'âge du premier enfant et donc mettre en place autour du l'âge de 29 ans une information autour des jeunes adultes sur l'importance de ne pas repousser indéfiniment.»
«Le deuxième élément est la création d'une plateforme unique sur sante.fr regroupant toutes les ressources utiles sur le sujet. Troisième élément, la rénovation de la consultation préconceptionnelle. (…) Je veux également généraliser les plateformes prévenir. (…) Je veux également ouvrir des centres d'assistance médicale à la procréation dédiée à l'autoconservation, réduire les délais d'attente et éviter absolument que les Françaises soient obligées d'aller chercher des solutions hors de nos frontières. Et enfin mettre en place un renforcement de la recherche publique ainsi qu'un comité de pilotage national chargé de suivre la mise en œuvre.»
Un registre national des naissances pour lutter contre la mortalité infantile
«Je veux parler [de la mortalité infantile] parce qu'un enfant sur 250 décède avant l'âge d'un an et la moitié de ces décès survient dès la première semaine de vie.»
«J'ai décidé de mettre en place ce registre national des naissances et, parallèlement, un registre national des décès. L'objectif, c'est de mieux comprendre, d'analyser, de prévenir cette mortalité. (…) Ce registre sera effectif en 2026.»
«Nous devons également mieux accompagner l'arrive de l'enfant à travers le temps donné aux parents»
«Nous allons également renforcer les soins néonataux avec une cible claire : un lit de réanimation pour 1.000 naissances et la constitution d'équipes mobiles de néonatologie.»
«Nous devons également mieux accompagner l'arrive de l'enfant à travers le temps donné aux parents. C'est le sens du projet de congé de naissance que je souhaite créer. C'est une avancée majeure, complémentaire à l'extension du congé de paternité qui a déjà été mis en œuvre.»
«L'idée, c'est de permettre aux parents de savoir qu'après la naissance, il y a un temps dédié pour chacun des deux parents pour s'occuper des enfants, suffisamment correctement pour pouvoir effectivement offrir ce choix.»
«C'est la priorité que je souhaite inscrire dans le projet de loi de finances pour 2026 afin de permettre une mise en œuvre effective la plus rapide possible. Je m'engage à dégager les pistes de financement nécessaires sans faire peser de surcoût sur la branche familles de la Sécurité sociale.»
«Relancer une politique ambitieuse de la petite enfance»
«Nous avons un enjeu majeur de relancer une politique ambitieuse de la petite enfance. C'est un enjeu absolument indispensable, articuler vie professionnelle et vie familiale avec une solution de garde qui soit à la fois fiable, de qualité et accessible.»
«Notre objectif, c'est plus de places avec un meilleur accompagnement et une valorisation.»
«Je souhaite que, pour les familles monoparentales, on passe le complément mode de garde de 6 à 12 ans dès lors que la famille est toujours monoparentale.»
Lutte contre la fraude sociale
«Sur l'ensemble du contexte [budgétaire], qui est celui de la loi de financement de la Sécurité sociale, je rappelle que le budget est de 650 milliards d'euros. Si je reprends les compléments de l’État et les allègements de charge, j'arrive à 850 milliards d'euros, c'est 31% du produit intérieur brut. Toute la question est de se dire jusqu'où les Français veulent-ils aller dans la participation au modèle social ?»
«Il y a un débat que nous devons tous ouvrir, c'est celui de la fraude et vous pouvez compter sur mon engagement à travailler sur tous les types de fraude parce que ça, c'est un sujet inacceptable et c'est un sujet qui, quelque part, met en péril notre modèle basé sur la solidarité entre les générations.»
Bientôt la feuille de route des mille premiers jours
«Dans un monde de plus en plus complexe, il faut soutenir la parentalité, accompagner les familles et les aider à exercer pleinement leur rôle de parents.»
«Je suis très attachée à la période péri-natale. Je vais publier, en juillet, la feuille de route des mille premiers jours. Elle comportera le renforcement de l'accompagnement de la prévention de la grossesse avec une attention particulière à la prise en charge de la dépression post-partum. Je veux déployer les interventions à domicile pour aller vers les familles qui ont le plus besoin. Le développement des Maisons mille premiers jours qui offrent les espaces de repère et, enfin, le renforcement arrivée de l'enfant menés notamment par la CNAF et la CNAM.
«Je pense que cette parentalité doit aussi être accompagnée notamment lorsqu'il s'agit des mamans qui sont toutes seules. (…) Nous devons aller plus loin sur le développement de la médiation familiale et du conseil conjugal, toutes formes d'accompagnement à la coparentalité. Rien n'effacera jamais le bien-être de la coparentalité et chaque famille que nous réussissons à préserver est évidemment un élément majeur pour l'enfant.»
Interdiction des écrans pour les 0-3 ans
«Je pense, bien sûr, aux familles confrontés aux situations du handicap, que le handicap touche un des parents ou un des enfants.»
«Je voudrais souligner le travail qui est mené par les centres communaux d'action sociale dont l'action de proximité est essentielle pour soutenir les familles, partout sur le territoire.»
«Je voudrais maintenant saluer le rôle pionnier de l'UNAF à travers le programme Parents parlons numérique. Vous avez fait partie des premiers qui avaient avancé très tôt sur le sujet des écrans – je dois vous dire que, comme vous, je mesure les dégâts. C'est la raison pour laquelle nous prenons des mesures extrêmement claires. En ce qui me concerne, je vais prendre un arrêté sur l'interdiction de l'exposition des touts-petits, c'est-à-dire les 0-3 ans à toute forme d'écran. (…) Nous allons donner un repère aux familles.»
«Chaque enfant a besoin d'une famille pour se construire»
«Nous avons également à refonder en profondeur notre système de protection d'enfants. (…) Je souligne l'action des Départements qui sont les premiers acteurs en matière de protection de l'enfance.»
«Je voudrais partager devant vous que chaque enfant a besoin d'une famille pour se construire et que, donc, notre première réponse c'est d'abord, à chaque fois que cela est possible, accompagner la famille et aider l'enfant peut-être avec simplement un temps de répit d'accompagnement. Si on peut permettre un enfant de retourner dans sa famille, c'est évidemment la meilleure des solutions. Malheureusement, nous devons être lucides et savoir que ce n'est pas toujours le cas.»
«Quand tout le reste disparaît, il reste la famille»
«83% des Français pensent que la famille, c'est ce qu'il reste de plus important car c'est celle qui accueille, qui protège, qui élève, qui répare parfois, c'est celle qui transmet, qui relie les générations, qui façonne l'avenir dans l'intimité du présent.»
«Les formes familiales ont évolué, les parcours de vie ont changé mais le besoin de famille n'a jamais été aussi fort. (…) Quand tout le reste disparaît, il reste la famille.»
Propos recueillis par
Jean-Christophe Tardivon



















