
Ce vendredi 11 septembre, la maire de Dijon Nathalie Koenders a livré un vibrant plaidoyer pour la liberté et a enjoint à entretenir la mémoire des résistants. Auparavant, des collégiens ont chanté le poème «Liberté» de Paul Éluard.

Des absences et des messages. 82 ans après, Dijon a commémoré sa libération de l'occupant durant la Seconde Guerre mondiale, ce vendredi 11 septembre 2026.
La préfecture de la Côte-d'Or a mis en œuvre dans le jardin Darcy une cérémonie présidée à la fois par le secrétaire général Denis Bruel et la maire Nathalie Koenders puis la Ville de Dijon a pris le relais pour un temps de discours où la première édile a rendu hommage aux résistants disparus et aux absents pour raison de santé.
De nombreux élèves ont participé à la commémoration
Au niveau du jardin Darcy, dans le rang protocolaire se trouvaient également les députés Pierre Pribetich, Catherine Hervieu et Océane Godard, le sénateur Didier Maingault – qui succède à François Patriat, décédé le 19 août dernier (
lire notre article) –, Jérôme Durain, président de la Région Bourgogne-Franche-Comté, François-Xavier Dugourd, vice-président délégué du Département de la Côte-d'Or, François Rebsamen, président de la Métropole de Dijon, le général de division Christophe Husson, commandant de la région de gendarmerie de Bourgogne-Franche-Comté, le général Salvador Munoz, commandant l’École de gendarmerie de Dijon, la générale de brigade Anne Bardy, commandant la brigade logistique de Monthléry, le colonel Loïc Bonal, chef de corps du 511ème régiment du train, le commissaire général Frédéric Vincent-Genod, directeur interdépartemental de la Police nationale, et le lieutenant-colonel Olivier Roy, chef de cabinet du directeur du SDIS 21.
Ont participé des membres du conseil municipal d'enfants, des élèves de CM1 et CM2 de l'école élémentaire Trémouille ainsi que de l'école Saint-Dominique, des élèves de troisième du collège Jean-François Champollion et des jeunes de l'unité éducative d'activités de jour de Dijon qui est rattachée à la protection judiciaire de la jeunesse.
Les sonneries, hymnes et airs musicaux ont été interprétés par La Nouba, la fanfare du 1er régiment des Tirailleurs d’Épinal.
Le commandant du 511ème régiment du train d'Auxonne reçoit la Légion d'honneur
La générale de brigade Anne Bardy a remis les insignes de chevalier de la Légion d'honneur au colonel Loïc Bonal.
Passé par Sciences po, Saint-Cyr et les écoles de la logistique du train, Loïc Bonal rejoint le 503ème régiment du train avec lequel il intervient au Liban pour contribuer à la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). Il prend ensuite le commandement de l'escadron de circulation routière de son régiment. Il intervient alors en Afghanistan et au Mali. Il rejoint l’École de guerre en 2017 et devient officier de liaison français auprès des états-majors américains pour l'Afrique et l'Europe. Il participe à une opération de l'OTAN en Lituanie.
Loïc Bonal rejoint le 511ème régiment du train d'Auxonne, en 2021, avec lequel il est projeté en Roumanie pour une opération de l'OTAN. Après une intervention au Niger, il intègre le cabinet du chef d'état-major de l'armée de Terre puis, en 2025, il prend le commandement du 511ème régiment du train et devient délégué militaire départemental de la Côte-d'Or.
Du chant «Liberté à «La Marseillaise»
Des élèves de l'école Trémouille ont affiché la plaque des 51 jeunes résistants tués ou fusillés lors des six jours précédant la Libération de Dijon puis ont lu des extraits de journaux locaux du 12 septembre 1944, mettant en avant le fait que «la Gestapo n'est plus là» et que «les troupes françaises défilent dans les rues».
Des élèves du collège Jean-François Champollion ont ensuite chanté le poème «Liberté» de Paul Éluard avant que ne soit lu un extrait de l'ordre du jour N°1 du général Jean de Lattre de Tassigny, du 15 septembre 1944. L'officier, rallié au général de Gaulle en 1943, commandait la 1ère armée française, surnommée «Rhin et Danube» en raison de ses victoires au printemps 1945.
Les associations, les autorités militaires et civiles ont ensuite déposé des gerbes de fleurs au pied de la plaque d'hommage à la Ière armée française.
Après la sonnerie «Aux Morts» et une minute de silence, «La Marseillaise» a été chantée par Delphine Ribémont-Lambert, soprano de l'Opéra de Dijon.
«Commémorer notre libération, c'est résister face au poison de l'antisémitisme ou du racisme»
Une fois rallié la cour d'honneur du palais des ducs de Bourgogne et après avoir déposé une gerbe de fleurs en hommage aux agents municipaux morts pour la France, Nathalie Koenders a été la seule à prononcer un discours de près de 20 minutes. Extraits choisis.
«Cette 82ème commémoration de la libération de Dijon est chargée d'une émotion particulière. Il y a exactement un an, à l'occasion de ces traditionnelles cérémonies, le résistant Henri Mosson nous faisait l'honneur de sa présence, et recevait la médaille d'or de l'Office national des combattants et des victimes de guerre. Il nous a quitté en décembre dernier, au seuil de ces 102 ans. Lui, qui a survécu aux tortures a la condamnation à mort et à la déportation. Son courage, sa résilience et parfois, il est vrai, certains hasards du destin l'ont finalement ramené de l'enfer. Infatigable passeur de mémoire, Henri Mosson a résisté à l'oubli autant qu'il a résisté à la haine.»
«À travers Henri Mosson, nous honorons, aujourd'hui, tous les résistants et toutes les résistantes, tous les libérateurs et toutes les libératrices grâce à qui notre ville et notre pays ont renoué avec l'espoir, retrouvant leur visage, leur cœur, leur liberté. Dijon et la Côte-d'Or, ont pu compter sur de grandes figures de la Résistance, guidées comme l'était Henri Mosson par la dignité humaine. Guidé également par la fraternité et la liberté, par le sens du devoir et de la justice. Georges Baillot auquel j'adresse mes plus chaleureuses pensées. Mais je pense aussi à Marcel Suillerot, Pierre Jobard Blanche et Jean Grenier-Godard.»
«À chacune et à chacun nous renouvelons notre infinie reconnaissance. Je rends ici hommage à toutes seules et tous ceux que la Seconde Guerre mondiale, ses drames et ses luttes, ont emportés, à toutes les victimes de la barbarie nazie, cyniquement déportées et exterminées.»
«Au carrefour de l'histoire locale et de l'histoire nationale, le 11 septembre 1944 marque sans nul doute l'événement de l'histoire dijonnaise le plus ancré dans notre mémoire collective. (…) Une date aussi historique soit elle ne conserve toute sa force qu'à condition que nous fassions le choix, génération après génération, de la commémorer.»
«La mémoire n'est pas figée. Elle est un mouvement. Un mouvement d'une part tiré par une société qui évolue et d'autre part poussée par une connaissance du passé qui progresse et s'actualise au gré des recherches et des découvertes. (…) Ces découvertes qui nous ont appris que Paulette Lévy n'était, en réalité, pas l'unique survivante de la rafle février 1944 et que Gilbert Khan, lui aussi, avait survécu à l'horreur. (…) Travailler sans relâche à l'exactitude du récit historique est une exigence absolue.»
«Je pense, à cet instant, à toutes les femmes, héroïne de l'histoire, que les récits historiques vous viennent trop souvent laisser dans l'ombre et que nous avons le devoir de faire entrer pleinement dans notre mémoire.»
«En l'occurrence, commémorer notre libération, c'est résister face au poison de l'antisémitisme ou du racisme. C'est lutter contre toutes les haines de la plus insidieuse à la plus décomplexée.»
«Dans un monde traversés par les haines, les nationalismes exacerbés et les drames humains à l'heure où, comme un bien triste symbole, l'extrême droite fait une percée historique en Allemagne, comment ne pas penser aux femmes, aux hommes et aux enfants, victimes innocentes de la haine et de l'obscurantisme à travers le monde.»
«En ce 11 septembre 2026, comment ne pas penser avec émotion au 2.977 victime des attentats qui ont traumatisé New-York, les États-Unis et le monde entier, il y a 25 ans. 25 ans après la douleur de mieux demeure toujours aussi vive et nous rappelle combien la paix peut être fragile.»
«La liberté n'est chère qu'à ceux qui l'ont perdu, avait écrit Henri Mosson sur le mur de sa cellule de la prison de Dijon. Cette liberté, n'attendons pas de la perdre pour la chérir.»
Avant et après le discours, des membres du chœur de l'Opéra de Dijon et du chœur des chansigneurs ont interprété des airs lyriques puis la cérémonie s'est terminée par le partage du verre de l'amitié.
Jean-Christophe Tardivon

























































































































