
À partir des problématiques sociales et scolaires propres au quartier Mansart, la tête de la liste Dijon populaire a présenté, ce mardi 27 janvier, ses premières propositions pour les municipales. Par ailleurs, la candidate et ses colistiers ont ciblé les socialistes et les écologistes.
«Mansart, c'est un petit Grésilles.» Des habitants ont exprimé leurs préoccupations, ce mardi 27 janvier 2026, lors d'une réunion de quartier organisée par la liste Dijon populaire dans le cadre de la «co-construction du programme» avec les associations et les citoyens en vue de l'élection municipale dijonnaise.
Selon l'équipe de campagne, depuis le 22 décembre dernier, ces réunions de quartier rassemblent entre une dizaine et une vingtaine de personnes. Cette fois, dans le gymnase Mansart, une vingtaine de personnes ont pris place : plusieurs militants de La France insoumise – parti de gauche radicale qui soutient la liste – et quelques habitants. À défaut de quantité, les échanges ont été nourris et de qualité.
Actualisé le 9 février 2026 : Obligée de se désister pour «raisons de santé», Dominique Guidoni-Stoltz a passé le relais, le 31 janvier dernier, à Olivier Minard qui est ainsi devenu tête de liste (
lire le communiqué).
Mansart hiberne mais les Insoumis vantent la «révolution citoyenne»
Il est des conditions météo qui vous plombe une campagne. L'hiver a planté ses crocs dans la nuit dijonnaise. Le brouillard enveloppe le bas du quartier Mansart, les phares des voitures brillent sur le bitume luisant de pluie. Sans les Uber et les dealers, on pourrait croire que Mansart hiberne.
Quelques silhouettes passent l'entrée discrète du gymnase prêté par la municipalité pour la campagne. Au milieu du terrain de sport, des tables, quelques chaises et des affiches de campagne. Le ronronnement du chauffage couvre le souffle des voix. Toutefois, la fraîcheur de la salle incite la plupart à garder écharpe et manteau.
En présence du haut de la liste
Tête de liste, Dominique Guidoni-Stoltz se lance pour présenter les «axes programmatiques» ainsi que les premières mesures empreintes de «communalisme» et de «révolution citoyenne», sans oublier de critiquer l'exécutif national.
Aux côtés de celle qui soutient Jean-Luc Mélenchon s'affiche le haut de la liste : Olivier Minard, Eloïse Dubuet, Béatrice Seuzaret et Jean-Paul Brénelin.
D'emblée, une critique du Parti socialiste
«Lecornu est en train de faire passer un budget qui est un véritable musée des horreurs, avec la complicité du PS», proteste Dominique Guidoni-Stoltz, «il faut dénoncer qu'à Dijon, on regrette de ne pas avoir les dotations de l’État pour la Ville et, en même temps, nationalement, on vote donc des régressions énormes au plan social».
«On a appris qu'il y allait avoir 4.000 postes d'enseignants supprimés et que dans l'académie de Dijon, c'étaient déjà 95 dans le primaire et 90 dans le second degré», souligne l'ex-enseignante et militante de la FSU. «Vous voyez quelles conséquence ça va avoir directement sur les gens, sur leur quotidien et, en particulier, sur les plus précaires.»
La réunion a à peine commencé que l'Insoumise cible donc indirectement sa concurrente Nathalie Koenders (PS) via les votes des députés de son parti de rattachement.
Les principales propositions en matière de logement, pouvoir d'achat, transports en commun, culture, éducation...
«Le logement est devenu un budget très important pour les familles», poursuit Dominique Guidoni-Stoltz pour introduire ses propositions en matière d'habitat et d'urbanisme : encadrement des loyers, contrôle des logements indignes, révision du plan local d'urbanisme, production de logements sociaux – «pas en bétonnant toujours plus» mais «en réquisitionnant des logements vacants» –, arrêt des expulsions sans relogement...
Concernant le pouvoir d'achat, la candidate défend l'expérimentation d'un «revenu municipal social garanti pour les plus démunis», la révision du calcul du quotient familial qui sert pour la tarification de services municipaux en fonction des revenus et qui dépend de la Caisse d'allocations familiales, la lutte contre l'illectronisme dans le cadre des recours aux droits sociaux – alors que la Métropole de Dijon s'inscrit déjà dans la démarche «Territoire zéro non-recours».
L'oratrice proposer de «viser» la gratuité des bus et tramways en progressant par étape : tout d'abord les moins de 26 ans ainsi que les demandeurs d'emploi, les personnes en situation de handicap et les «seniors» avant de passer à la gratuité «le week-end pour tout le monde» puis de généraliser la mesure.
«On pense que la voie 3 du tram, telle qu'elle est conçue, doit être rediscutée et peut-être même – en faisant des audits, puisqu'il n'y a pas de transparence dans cette mairie – ne serait-elle pas si utile», déclare-t-elle à propos du projet porté par l'exécutif métropolitain sortant. «Pour nous, ce qui est important, c'est de prioriser les déplacements des quartiers populaires.»
Si «Dijon est bien dotée au niveau culture», la candidate souhaite «favoriser l'implication citoyenne» pour définir une programmation et développer les arts de la rue.
«Priorité à l'école», lance l'oratrice qui souhaite «mettre une [agente territoriale spécialisée des écoles maternelles (ATSEM)] dans toutes les classes maternelles», «en finir avec les subventions facultatives au privé, les aides extra-légales», fournir «un kit gratuit pour les fournitures scolaires», proposer progressivement «une cantine bio et gratuite», expérimenter «la sécurité sociale de l'alimentation», «travailler sur les temps périscolaires et extrascolaires dans des plans ambitieux» en veillant à «augmenter l'accès aux loisirs des enfants des familles modestes».
Les propositions concernant les étudiants sont encore en cours de réflexion.
Tendre vers «zéro bétonnisation»
«La France insoumise, ce sont des militants qui sont dans l'action» DGS aui rappelle l'engagement pour «défendre» les berges du Suzon et les jardins de Larrey afin de tendre vers «zéro bétonnisation».
Béatrice Seuzaret présente un «plan climatique» doté d'«un diagnostic participatif», complété par «conseil citoyen à la transition écologique».
Appliquant la «règle verte», l'équipe de campagne souhaite revoir les différentes délégations de services publics – souvent contractualisée sur plusieurs années – pour reprendre des gestions en régie publique
Ainsi, les colistiers proposent de rentre gratuits «les premiers mètres cubes d'eau».
«L'idée est de commencer la révolution citoyenne»
Se référant au mouvement social des Gilets jaunes, Olivier Minard défend l'expérimentation d'un potentiel référendum d'initiative citoyenne à l'échelle communale de façon à «créer cette cohésion des citoyens par rapport à la décision».
Dans l'esprit du «communalisme» chère à La France insoumise (
lire le communiqué), le numéro deux de la liste voit le conseil municipal avec «un maire qui est là pour animer un collectif». «L'idée est de commencer la révolution citoyenne.»
«On ne vient pas avec un programme national qu'on va découper dans toutes les communes de France», tempère-t-il cependant, «on vient dans les rencontres de quartier pour voir les angles morts».
«On n'a pas besoin d'une police municipale avec des armes létales»
«On va changer radicalement la ville», abonde Jean-Paul Brenelin, «une ville riche d'un patrimoine destiné à rayonner, riche d''activités culturelles et artistiques nombreuses, riche de plein d'associations (…) mais qui montre, aux yeux du monde, une floraison de dispositifs anti-SDF à l'ombre d'arbres en pots sous une canopée de caméras de surveillance».
Le militant de gauche radicale ne tarit pas critiques envers les entreprises qui constituent le consortium connu sous l'appellation On Dijon : «c'est des gens qui n'ont rien à faire dans notre ville». «Nous voulons une ville solidaire où les exclusions sont battues, on travaille avec des associations pour ça.»
Le colistier regrette le lieu d'implantation de la Maison des femmes, «au fond d'une cour» à Talant (
lire le communiqué). «Il faut que nous ayons des Maisons où les gens puissent entrer librement et être reçus par des personnels formés et pouvoir parler de leurs véritables problèmes.»
La critique s'étend à la tranquillité publique : «on n'a pas besoin d'une police municipale avec des armes létales, on a besoin d'une police de proximité qui interviennent dans les quartiers en relation avec les éducateurs spécialisés, avec les médiateurs, avec les associations».
«Dijon doit s'engager dans des combats pour la paix dans le monde, contre le génocide des Palestiniens, pour la paix en Iran, contre les mesures qui sont prises d'une manière délétère par Trump», ajoute-t-il.
L'enjeu de la gratuité des services publics pour les personnes en situation de handicap
«Je n'ai pas entendu le mot handicap», relève Élisabeth* (le prénom a été modifié), première habitante à intervenir, prenant de court les colistiers qui s'empressent d'indiquer ils comptent prochainement rencontrer des associations à ce sujet.
«L'accès au travail est assez difficile», poursuit Élisabeth* en soulevant l'enjeu de l'employabilité en fonction des types de handicaps ainsi que la précarité qui peut en résulter lors de périodes de recherche d'emploi.
«La carte spécifique de mobilité pour accéder au tramway est pratiquement impossible à obtenir», déplore-t-elle en mettant en avant son expertise d'usage, «concrètement, les personnes qui ont cette carte-là n'iront jamais prendre le tramway».
L'intervenante poursuit en évoquant différents équipements publics dont l'accès est gratuit ou non pour les personnes en situation de handicap, ce qui amène l'équipe de campagne à questionner de nouveau le principe de la délégation de service public.
«Les enfants sont livrés à eux-mêmes»
«Mansart, c'est un petit Grésilles», alerte Sabrina* qui évoque les situations sociale et scolaire : «il y a beaucoup de problèmes de pauvreté et de détresse humaine». «C'est invisibilisé parce qu'on a la représentation des profs mais les profs ne mettent pas leurs enfants à Mansart.»
«Les enfants sont en bas de la rue, ils sont livrés à eux-mêmes» car «il y a très peu de places au centre de loisirs», analyse l'habitante du quartier dont les enfants sont scolarisés à l'école Mansart. Sabrina souhaiterait donc voir l'implantation d'une structure d'éducation populaire supplémentaire dans le quartier.
«[À l'école maternelle], il y a une problématique avec beaucoup de personnes d'origines étrangères – ce n'est pas le problème, ça –, c'est juste que c'est l'accompagnement qu'il y a de ces personnes-là. Enclaver trois d'enfants défavorisés avec tout un bagage familial difficile, c'est une chose, mais quand vous en avez cinq, six, huit dans la classe, là, ça devient beaucoup pour l'enseignante», analyse la mère de famille.
Une réflexion autour de la semaine de 4 jours à l'école
Militante insoumise, Louise* rebondit sur le sujet d'éducation pour critique les rythmes scolaires appliqués à Dijon. Plutôt que la semaine de 4 jours et demi, Louise prône 4 jours afin de permettre aux enfants d'avoir une «pause» le mercredi ou de pouvoir honorer des rendez-vous médicaux, notamment pour les enfants en situation de handicap.
«On voudrait faire un RIC pour consulter la population», précise-t-elle, «on veut redonner la parole aux enseignants, aux parents, à ceux qui sont directement confrontés, ce que la mairie actuelle n'a jamais fait».
«Il faut mettre en place une structure d'accueil extra-scolaire des enfants qui n'iraient pas à l'école le mercredi», réagit Dominique Guidoni-Stoltz, «c'est un ensemble qu'il faut construire, surtout pour les enfants des milieux populaires».
«Il faut aider les gens en situation de précarité», réagit Sabrina, «mais ceux de la classe moyenne qui n'ont pas la possibilité de payer une nounou à domicile, il faut leur laisser cette possibilité».
De plus, au regard de la situation vécue par certaines familles, Louise critique la «propagande» développée par le ministère de l’Éducation nationale lors de l'instauration des temps d'activité périscolaires, en 2013.
Des habitants favorables au Quartier libre des Lentillères
Durant les échanges, Sabrina partage son enthousiasme pour le Quartier libre des Lentillères, ZAD toute proche, occupée illégalement par les opposants à la construction d'immeubles sur le site, avec l'approbation des autres participants : «j'emmène souvent mes enfants, ils sont très ouverts». «Ils ont même fait un jardin avec jeux ; bon, il ne faut pas regarder les normes.»
«On est pour l'autogestion», réagit Dominique Guidoni-Stoltz, interrogée sur l'avenir du site. «On cherche à les soutenir dans leur démarche», glisse Béatrice Seuzaret tandis qu'Eloïse Dubuet entend même «s'inspirer» de la démarche autogérée pour la dupliquer dans d'autres quartiers.
Les Insoumis veulent se «réapproprier» la Cité de la gastronomie
Symbole de la gestion de François Rebsamen (FP), la Cité internationale de la gastronomie et du vin concentre les critiques des Insoumis : «ça coûte entre 2 et 3 millions [d'euros]». «Si ça ne marche pas, les boutiques fermeront.»
L'équipement touristique et culturel est privé. Développé par le groupe Eiffage pour réhabiliter la friche de l'hôpital général, la partie commerciale est exploitée par le groupe K-Rei sous l'appellation Village gastronomique avec un pôle culturel – les espaces d'exposition et le centre d'interprétation de l'architecture et du patrimoine – qui, lui, est géré en régie publique par la Ville de Dijon.
«Il faut se réapproprier les lieux», martèle Dominique Guidoni-Stoltz qui veut créer «une cantine associative à petit prix» pour «les gens du peuple».
«Imaginons», rêve Issam Tbatou, «je suis Dijonnais, je prends mon bus gratuit le week-end, je vais à la Cité de la gastronomie, j'ai un coin lecture, un coin jeu de société, une cuisine commune, des petits potagers à l'extérieur». «Les gens qui ont des revenus peuvent participer, pour recréer du lien avec des gens du peuple.»
Pour encourager l'«écologie populaire», les colistiers souhaitent également attribuer des locaux de la Cité de la gastronomie pour mener des activités de recyclerie et de réparation.
La dématérialisation des demandes de logements sociaux est perçue comme opaque
Autre habitant, Mohamed intervient sur «la transparence» en matière d'attribution de logements sociaux, regrettant l'absence de réponse de la part des bailleurs sociaux – «il faut les harceler» – quand un numéro de téléphone est disponible, certains offices HLM orientant les usagers uniquement vers des outils numériques. «Ça ajoute de l'opacité», déplore-t-il.
«Lors du porte-à-porte, le sujet est énormément ressorti dans [le quartier Mansart]», réagit Lucas Pistoia, codirecteur de campagne. «La dématérialisation des services est un problème», abonde Olivier Minard.
«On a besoin d'élus Insoumis sur la ville de Dijon»
Yves Mestas intervient alors pour pointer «les conséquences concrètes» de la contribution des collectivités territoriales au redressement des comptes publics de la nation. «Ça veut dire des moyens en moins pour l'habitat, le scolaire, le périscolaire...»
«Ça a été obtenu avec des complicités, comme la retraite à 64 ans, comme le budget d'austérité de la Sécurité sociale», poursuit le militant de gauche radicale, «avec la complicité de nos trois députés de Côte-d'Or de gauche». «Ils sont représentés aujourd'hui par deux listes : la liste de Madame Koenders-Rebsamen, liste socialiste qui est, en fait, une liste macroniste, (…) et la liste des écolos». «Si on veut des élus qui respectent leurs engagements, (…) on a besoin d'élus Insoumis sur la ville de Dijon.»
Vers la fin des projets qui «servent de vitrine pour certaines entreprises du CAC 40»
À ce stade, le programme de la liste Dijon populaire n'est pas chiffré. «On peut le financer», assure Issam Tbatou qui travaille sur le sujet dans l'équipe de campagne.
Le militant anticapitaliste compte sur des économies faites en revenant sur des projets métropolitains qui «servent de vitrine pour certaines entreprises du CAC 40».
Au passage, Issam Tbatou fustige «la plus grosse baisse de dotations» aux collectivités locales effectuée durant le quinquennat de François Hollande.
Bientôt une liste complète
Après une heure trente, les échanges se poursuivent encore autour d'un verre de l'amitié.
Interrogée par
Infos Dijon, Dominique Guidoni-Stoltz indique que suffisamment de citoyens sont engagés auprès d'elle pour constituer une liste même si celle-ci n'est pas encore finalisée.
Jean-Christophe Tardivon













