
Durant une réunion de quartier, ce jeudi 19 février, le candidat de la liste Agir pour Dijon a considéré que le centre-ville était composé d'«une vitrine magnifique» et de «rues complètement délaissées». Par ailleurs, Emmanuel Bichot souhaite «arrêter les frais» liés à la Cité de la gastronomie.

«Le centre-ville est le quartier de tout le monde». Le candidat de la liste Agir pour Dijon a donc prévu de s'arrêter deux fois salle Devosge, une fois pour une réunion de quartier, ce jeudi 19 février 2026, une deuxième fois pour le meeting de fin de campagne de premier tour, le 11 mars prochain.
Près de 100 personnes étaient rassemblées, ce jeudi, dont une vingtaine de colistiers, pour écouter ou interroger le candidat sur les sujets propres au centre-ville, en particulier les déplacements et le commerce. De plus, la situation économique de la Cité de la gastronomie, équipement jouxtant le centre-ville, a été amplement débattue.
«Il y a une dynamique»
Selon l'équipe de campagne, après les quelques 400 personnes présentes au meeting de lancement du 17 janvier dernier, les réunions de quartier attirent de plus en plus, passant initialement de 70 personnes pour tendre désormais vers une centaines de participants.
«Il y a une dynamique», insiste Emmanuel Bichot (LR, AD) qui est investi par Les Républicains et soutenu par Horizons, l'UDI et le Nouveau Centre pour constituer «le rassemblement de la droite et du centre». À cela s'ajoute «le soutien extérieur sans participation» de Reconquête.
Une opposition frontale à «la gestion socialiste»
«Tout le monde, a un moment donné, vient au centre-ville et il est important dans notre identité collective», rappelle Emmanuel Bichot en ouvrant la réunion.
«2026 est un tournant pour Dijon», lance le candidat qui aborde la campagne en opposition frontale à «la gestion socialiste» à qui il concède d'avoir fait «des bonnes choses» – «surtout durant les deux premiers mandats» – mais pour laquelle il voit désormais «les effets négatifs l'emporter».
Les principales propositions en matière de sécurité
Analysant les agressions ayant marqué l'actualité de ces dernières semaine comme un «rappel aux réalités», Emmanuel Bichot aborde d'emblée le thème de la sécurité, considérée comme «première des priorités».
L'élu conservateur rappelle alors rapidement ses propositions de campagne : «avoir 200 agents de la police municipale», «avoir une police métropolitaine des transports», «organiser des commissariats de quartier» dont un situé place de la République qui serait mixte Police nationale-police municipale, «renforcer l'efficacité de la vidéoprotection» notamment pour «les flagrants délits» avec «en permanence un policier national» au centre de supervision urbain avec l'exemple d'Orléans à l'appui.
«À l'angle de la rue Audra, vous verrez tout un microcosme du trafic de drogue»
«L'insécurité, vous la connaissez dans le quartier», lance l'orateur pour en venir au centre-ville plus spécifiquement, «dès qu'on va vers la gare, même au jardin Darcy, place de la République, place Wilson, on n'est pas en sécurité».
«Il y a également énormément de narcotrafic partout», enchaîne-t-il, «le préfet nous dit que les gros points de deal sont en sommeil» (
lire notre article). «Je pense qu'ils sont déjà en sommeil très momentanément pour des raisons purement électorales mais le commerce de trafic de drogue continue de plus belle. À l'angle de la rue Audra, vous verrez tout un microcosme du trafic de drogue ; place Darcy, si vous voulez vous approvisionner, il n'y a pas de problème, même en plein jour.»
«Les commerces de blanchiment d'argent ont beaucoup fleuris», continue-t-il, «vous voyez partout maintenant des épiceries de nuit, des
barber shops, des ongleries, des petites supérettes».
«La loi pour sortir du piège du narcotrafic donne des compétences importantes aux mairies pour sévir contre le blanchiment d'argent dans les commerces», rappelle Emmanuel Bichot qui souhaite s'inspirer de l'expérimentation de la Ville de Chalon-sur-Saône (
lire le communiqué).
«Une immigration non maîtrisée, c'est déjà beaucoup de tensions sur les services publics»
Par ailleurs, le candidat prône de «contrôler tous ces livreurs Uber Eats», estimant qu'il y a 1.200 licences. «Une grande partie d'entre eux sont en situation irrégulière», considère-t-il car «des étudiants prennent des licences et les sous-louent».
«L'immigration est tellement débridée», déplore l'élu conservateur en citant des données de l'INSEE sur les ressortissants étrangers en situation régulière ou irrégulière, «le nombre d'étrangers à Dijon est passé de 8.500 à 16.600 entre 2006 et 2022». «Cela correspond très exactement à l'augmentation de la population de Dijon. (…) Si vous retranchez en plus l'augmentation des étudiants, le reste ça s'effondre.»
«Une immigration non maîtrisée, c'est déjà beaucoup de tensions sur les services publics qui sont en première ligne, sur les gens les plus modestes qui ne peuvent accéder à un HLM quand bien même ils en auraient vraiment besoin, ce sont des personnes en situation irrégulière qui vont constituer une main d’œuvre facile pour des organisations criminelles et ça va mettre en difficulté les étrangers qui ont joué le jeu de l'assimilation», développe l'orateur qui appelle à «rééquilibrer le modèle de développement de Dijon».
Dans la foulée, Emmanuel Bichot dénonce «l'islamisme, à travers la mouvance des Frères musulmans, qui a pris une importance considérable à Dijon». «Dans la presse nationale, on est régulièrement cité comme un laboratoire de l'entrisme des Frères musulmans dans une grande municipalité».
Un «centre-ville à deux vitesses»
Pince sans rire, le candidat revient à «des sujets plus terre à terre» comme «l’aménagement de la ville et de la voirie» tandis que l'assistance écoute avec attention, sans jamais applaudir.
«Le centre ville est protégé au titre du secteur sauvegardé, on le doit à Robert Poujade [NDLR : gaulliste, il fut maire de Dijon de 1971 à 2001] qui a été visionnaire de protéger le centre-ville de même que de créer de grands parcs autour de Dijon», expose Emmanuel Bichot qui déplore néanmoins un «centre-ville à deux vitesses». «Il y a la vitrine avec la transformation de la rue de la Liberté en zone piétonne : une vitrine magnifique, bien entretenue, bien éclairée, on a refait les façades. Dès que vous vous éloignez un petit peu de l'hyper-centre, il y a des rues complètement délaissées, mal entretenues, pas nettoyées, aux trottoirs difficilement praticables.»
«On a un gros problème par rapport aux vélos et aux trottinettes sur les trottoirs», poursuit l'orateur qui considère qu'«on a rien prévu pour arriver à 12% [de part modale du vélo]». «Nous voulons remettre de l'ordre.»
«Le centre-ville fait de Dijon une des plus belles villes France»
«Le centre-ville, c'est aussi le cœur de notre patrimoine, qui fait notre fierté, qui fait de Dijon une des plus belles villes France», s'enflamme Emmanuel Bichot., «il faut entretenir ce patrimoine».
«Qu'est-ce qui fait l'identité d'une ville, des repères à ses habitants, c'est les relier à ce qui fait l'histoire de cette ville», analyse l'élu conservateur, «se couper des racines, de l'histoire qu'il y a derrière le patrimoine, c'est vraiment une grave erreur». «Le patrimoine, ce n'est pas contempler de belles pierres, ça doit raconter une histoire qui a traverser les siècles et dont nous sommes aujourd'hui les héritiers.»
«Ça fait plus de dix ans qu'on aurait dû se préoccuper de l'église Notre-Dame», fustige le candidat qui estime le coût d'une restauration complète à 25 millions d'euros. «La pluie est tombée sur la statue du XIème siècle, une des plus anciennes de France avec Clermont-Ferrand. On a commencé quelques travaux pour l'électricité, cela se fait dans l'urgence.»
Idem pour l'église Saint-Philibert : «il y a fallu dans l'urgence quelques travaux de toiture pour gagner du temps». «Nous souhaitons que Saint-Philibert soit restaurée. (…) C'est le berceau de Dijon, c'est là qu'est née la commune de Dijon, c'est la seule église romane qu'il reste à Dijon, c'était la paroisse des vignerons. (…) C'est important que cette église désaffectée puisse rester debout.»
«Ouvrir le palais des ducs et des États à tout le monde»
De plus, le candidat propose d'«ouvrir le palais des ducs et des États à tout le monde», envisageant que «pour les habitants, c'est un sentiment d'appartenance» et que «pour les visiteurs extérieurs, ça permet d'identifier la ville de Dijon» alors que «la ville de Dijon souffre d'une identification de l'extérieur».
«Nous pensons que les ducs de Bourgogne, à travers leur palais, c'est ce qui peut servir à augmenter la renommée de Dijon, en France et dans toute l'Europe», indique-t-il, «on souhaiterait que le futur maire et son premier adjoint, au lieu de s'installer dans les salons, s'installent dans les bureaux administratifs juste derrière».
L'objectif est d'«ouvrir aux visiteurs» qui découvriraient là «l'histoire de Dijon et de la Bourgogne». «S'il y a une circonstance protocolaire, on reprend possession du bureau du maire pour cette occasion.»
Le candidat conclut le thème culturel en évoquant la rénovation des Halles centrales «qui sont complètement rouillées» et en proposant de «privilégier toutes les productions locales».
Des colistiers qui habitent le centre-ville
Après trente minutes de discours, la réunion se poursuit par la présentation de colistiers résidant au centre-ville : Émeric Bastide (23ème), Nadia Célérier (16ème), Sandrine Baudot (12ème), Marie-France Weyl-Mauduit (28ème), Valentin Zemihi (53ème) et Marie Verdier (38ème).
François Gauthey déplore «les magasins qui ferment»
Président de l'association Dijon centre, forte de 500 adhérents – des commerçants et des riverains –, François Gauthey intervient pour déplorer «la diminution du nombre de médecins généralistes» et «les magasins qui ferment».
Actif via les médias sociaux, François Gauthey conteste «la politique économique et sociale de cette municipalité qui fait venir des gens à très faible niveau de vie».
«La municipalité veut réinjecter 15 millions d'euros pour renflouer les investisseurs privés de la Cité de la gastronomie»
Pour la toute première question de l'assistance, un riverain interroge le candidat sur la Cité internationale de la gastronomie et du vin : «on est tous attristé de ce que c'est devenu, cela aurait pu être un très beau projet ; (…) on voit toutes les enseignes fermer les unes après les autres, (…) on espère pas être au même résultat que Lyon».
«La réhabilitation de l'Hôtel-Dieu de Lyon, ça a été fait par Eiffage aussi», réagit Emmanuel Bichot, «il se trouve que, à la fin des travaux, les loyers étaient trop élevés et ça n'a pas marché». «Aujourd'hui, les choses sont en train de se recaler et l'Hôtel-Dieu commence à revivre.»
«À Dijon, c'est exactement pareil. Ce projet a été survendu alors qu'il était totalement incohérent», analyse le conseiller municipal d'opposition, «on a voulu tout mettre en même temps, (…) la lisibilité ne pouvait pas être là». «Autant les bâtiments ont été bien restaurés, autant ce qui a été construit autour les dévalorise énormément. (…) Ça a été classé en zone protégée juste après que le permis de construire soit accordé.»
«Il y a quelqu'un qui a fait de gros bénéfices, c'est l'aménageur», dénonce Emmanuel Bichot, «dans le rapport qui a été fait par la chambre régionale des comptes, on parle de 35 millions d'euros de bénéfices à titre provisoire». «Des investisseurs privés sont venus, aucun qui vienne de la région Bourgogne. C'est un mauvais signe que nos acteurs économiques locaux n'y aient pas cru.»
«Aujourd'hui, c'est un problème économique, vous avez des investisseurs qui ont payé beaucoup trop cher un bien donc il faut que l'équilibre économique se recale donc ils vont faire des pertes», poursuit l'orateur, «un investisseur privé prend ses risques».
«On ne va pas renflouer la Cité de la gastronomie qui nous a déjà coûté 40 millions d'euros en investissement et qui nous coûte 3 millions d'euros chaque année», exhorte le conseiller municipal d'opposition. «La municipalité veut réinjecter 15 millions d'euros pour renflouer les investisseurs privés de la Cité de la gastronomie au lendemain des élections municipales. Nous souhaitons arrêter les frais et que toutes les valeurs économiques se repositionnent et qu'on reparte d'un bon pied. On va avoir besoin de bonnes idées.»
Le candidat prône de «stopper» la construction de logements sur les deux hectares restant le long de l'Ouche pour «faire un parc».
«Notre projet, ça toujours été la gastronomie dans la cité», s'enthousiasme le candidat, «que l'on mette en avant dans toute la ville de Dijon tout ce qui va tirer la gastronomie vers le haut, y compris la gastronomie populaire».
Dans la foulée, Emmanuel Bichot critique «les grands projets délirants qui ne servent à rien» comme la Cité de la gastronomie, la station de production d'hydrogène (
lire notre article) et l'éventuelle troisième ligne de tramway (
lire notre article).
«Il faut lutter contre les marchands de sommeil»
Cela amène le candidat à rappeler sa proposition en matière de fiscalité : «baisser la taxe foncière de 5%». «On veut baisser la taxe foncière pour donner un signal aux propriétaires de logement et exonérer de trois ans de taxe foncière tous les propriétaires qui réalisent des travaux de rénovation énergétique.»
«Il y a des pans entiers, compris dans le centre-ville, de bâtiments qui ont besoin d'être rénové et il faut lutter contre les marchands de sommeil», alerte l'orateur qui cite l'explosion survenue rue Pierre-Palliot, «un immeuble de marchands de sommeil».
En 2016, un suicide au gaz lié à une déception amoureuse avait provoqué une explosion blessant treize personnes à proximité de la gare Dijon-Ville.
Au passage, Emmanuel Bichot signale l'existence d'un avantage fiscal pour les propriétaires-bailleurs faisant des travaux en secteur sauvegardé – car «la rénovation coûte 20% plus cher en raison des difficultés pour accéder au centre-ville» – et souhaite «retravailler la règlement du stationnement des artisans» car «il y en a plein qui ne veulent pas venir au centre-ville».
Parc des expositions, T3, gymnases, patinoire...
Interrogé sur la réhabilitation du parc des expositions, Emmanuel Bichot indique vouloir «faire évoluer» le projet présenté par l'exécutif municipal sortant de façon «réduire le coût du projet» et à «l'ouvrir plus à une interaction avec le palais des sports».
«Ce T3 est sortie du chapeau, personne ne demandait ce tracé», enchaîne le candidat, interrogé sur le projet de troisième ligne de tramway porté par l'exécutif métropolitain sortant. «Le projet de T3 est venu de l'idée qu'il y avait une saturation des deux lignes existantes. Il y a une autre solution, c'est de rééquilibrer le réseau de bus parce que beaucoup de Dijonnais ont perdu énormément avec le tram dans leurs trajets quotidiens. Pourquoi pas une troisième ligne de tram mais il faudra vraiment qu'elle desserve de nouveaux quartiers. C'est un projet qui présente plus d'inconvénients que d'avantages.»
Interrogé sur le sport, Emmanuel Bichot considère qu'il y a «de gros besoin à Dijon en matière de salle de sport set gymnases» car «il y a beaucoup de gymnases vétustes». «On veut investir là-dessus», indique-t-il. «Il faut soutenir nos clubs de très haut niveau comme le basket, le hand féminin et qu'on aide le rugby à remonter.»
«Nous souhaitons relocaliser la patinoire à côté de la piscine olympique pour bénéficier du même réseau de chaleur», indique l'orateur qui veut en faire un équipement «de niveau régional» pour un coût estimé à 6 millions d'euros.
Le commerce connaîtrait «un problème de sécurité et un problème d'accessibilité»
Président de la fédération de commerçant Shop in Dijon, Denis Favier intervient sur les questions commerciales – en précisant à
Infos Dijon qu'il est venu interroger et non soutenir le candidat.
Si «le taux de vacance est relativement faible par rapport à la moyenne nationale» à Dijon, «les loyers sont la principale cause des
turn over». «Ils sont devenus la première charge des commerçants, passant devant les salaires», alerte le président de Shop in Dijon, «les commerces sont en difficulté parce que nous avons un changement d'habitude». «Avant, on venait en centre-ville pour acheter, puis boire un verre, aller au restaurant et mêler la culture à cela. Aujourd'hui, on vient d'abord au centre-ville pour prendre du bon temps et après pour consommer.»
«Nous avons un problème de sécurité et un problème d'accessibilité», ajoute le spécialiste des sujets de commerce, «on a besoin des Dijonnais, on a besoin des touristes». «Le Côte-d'Orien est un touriste, il a de plus en plus de mal à atteindre nos parkings. Je demande depuis très longtemps une gratuité sur stationnement en surface entre 20 et 30 minutes, ça m'a toujours été refusé.»
«C'est très important de soutenir nos commerçants», réagit Emmanuel Bichot. «Il faut absolument revoir le plan de circulation pour accéder plus facilement aux parkings en ouvrage. Nous proposons une première demi-heure gratuite et une baisse des tarifs de stationnement, nous voulons baisser le [forfait post-stationnement]».
Le candidat envisage également de «remettre en chantier» le sujet de la fiscalité des commerces avec la CFE, de «revoir» le tarif des enseignes et de «supprimer» le droit d'entrée sur les terrasses tout en conservant la redevance annuelle.
Des «cheminements piétons non-glissants» rue de la Liberté
Alors qu'une riveraine de l'avenue Foch déplore que «les commerçants laissent leurs poubelles toute la journée dehors» et que les bancs récemment installés soient déjà tagués, Emmanuel Bichot estime que «pour tous les aménagements de voirie, il faut consulter les riverains» et en profite pour citer son projet «Ma rue, ma ville» (
lire le communiqué).
«On ne va pas refaire toute la surface de la place de la Libération ni toute la largeur de la rue Libération», annonce le candidat qui envisage toutefois de faire «des cheminements piétons qui soient non glissants» car «il y a énormément de chutes» dans les espaces en question.
La réunion s'est prolongée autour d'un verre de l'amitié.
Jean-Christophe Tardivon

























