
Ce mercredi 10 septembre, les appels à la démission d'Emmanuel Macron étaient légion dans le cortège composé de nombreux jeunes manifestants. Des tensions avec la police sont apparues après la dispersion de la plupart des personnes mobilisées.

Initiée par des sympathisants souverainistes, récupérée par la gauche radicale, la mobilisation Bloquons tout a pris, ce mercredi 10 septembre 2025, à Dijon, des airs de manifestation anti-Macron et pro-Palestine.
Une intersyndicale CGT-Solidaires-FSU-FO-Confédération paysanne avait déposé, auprès de la préfecture de la Côte-d'Or, une demande de manifestation avec un parcours évitant le centre-ville.
Si le trajet a été respecté, des tensions sont apparues après la dispersion du cortège quand certains manifestants ont voulu s'approcher du commissariat ou rallier le centre-ville.
220 policiers et gendarmes mobilisés à Dijon
S'annonçant hétérogène, la mobilisation était très surveillée par le ministère de l'Intérieur. Le ministre démissionnaire Bruno Retailleau avait annoncé que 80.000 personnels des forces de sécurité intérieure seraient mobilisés dans toute la France.
À Dijon, une centaine de policiers ont été engagés ; ils ont reçu le renfort d'un escadron de 120 gendarmes mobiles. Ces derniers avaient principalement pour mission de sécuriser les abords de la préfecture ainsi que les accès au centre-ville.
Une manifestation après un blocage du tramway
Dès la matinée, Extinction Rebellion a conduit une action de blocage du tramway près de la gare. Les deux protagonistes qui s'étaient enchaînés à une rambarde ont été placés en garde à vue dont une militante également engagée au sein de La France insoumise, potentielle candidate à l'élection municipale dijonnaise (
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La principale action de la journée était donc constituée par la manifestation soutenue par l'intersyndicale.
Une mobilisation supérieure aux anticipations
Selon la police 3.400 personnes ont composé le cortège. La CGT en a compté 4.000. Initialement, l'intersyndicale tablait sur 2 à 3.000 participants.
Actualisé le 11 septembre 2025 :Au niveau national, la CGT a recensé 250.000 manifestants quand le ministère de l'Intérieur en a dénombré 197.000, dans près de 600 rassemblements, après en avoir anticipé 100.000.
Selon la CGT, «il n'y aura pas de stabilité sans justice sociale»
Au lendemain de la nomination de Sébastien Lecornu en tant que Premier ministre pour succéder à François Bayrou, et alors que le gouvernement est démissionnaire, Frédéric Pissot secrétaire départemental de la CGT en Côte-d'Or, a fustigé «la stratégie d'Emmanuel Macron et du patronat qui préfère fragiliser les institutions plutôt que de changer de politique». «Les organisations syndicales l'avaient annoncé : le passage en force d'Emmanuel Macron sur la réforme des retraites se paierait par une profonde crise démocratique. Nous y sommes !»
«Il n'y aura pas de stabilité sans justice sociale», a scandé le représentant de la CGT, très applaudi, avant de revendiquer des «priorités» : «la justice fiscale – la taxation des patrimoines, des dividendes et des rachats d'actions, la remise à plat des 211 milliards d'aides publiques aux entreprises, le rétablissement de l'ISF et la mise en place d'une vraie progressivité de l'impôt sur le revenu –, la justice sociale – l'abrogation de la réforme des retraites –, une sécurité sociale répondant aux besoins, le financement de nos services publics (…), l'augmentation des salaires, des pensions, des minimas sociaux, l'égalité femmes-hommes et des mesures contre la vie chère en outre-mer».
Alerte sociale après le rachat de Bonna Sabla
Le syndicaliste a alerté sur «la casse de l'industrie en Côte-Or». Après les plans sociaux opérés notamment au sein de Vallourec, Valti et Tetra Pak, le rachat de Bonna Sabla, spécialiste du béton préfabriqué, implanté à Saint-Jean-de-Losne, fait craindre des licenciements.
François Bayrou, Marc Ferracci, François Rebsamen... autant de responsables publics qui se sont penchés sur les dossiers industriels de la Côte-d'Or. «Il n'a rien fait», clame successivement Frédéric Pissot.
«La Macronie n'a donné aucun signe de résistance», analyse l'orateur, «au contraire, elle a alimenté l'affaiblissement de la France en matière de production».
L'intersyndicale donne rendez-vous le 18 septembre pour une journée de mobilisation unitaire à laquelle, cette fois, la CFDT a prévu de participer.
La FSU déplore «les cadeaux aux très riches»
«[Emmanuel] Macron a accumulé les dépenses inconsidérées qui sont des cadeaux au très riches, aux très grosses entreprises», a considéré Fabian Clément au sujet de l'accroissement de la dette publique de l’État.
«C'est de l'argent en moins qui manque pour la redistribution, pour le budget de l’État, pour investir dans les services publics – que ce soit par les salaires, que ce soit par les équipements», a ajouté le représentant de la FSU qui a appelé à «amplifier le mouvement».
La Confédération paysanne rappelle l'opposition à la loi Duplomb
«Nous partageons la colère sociale qui grandit face à ce pouvoir qui cède de façon alarmante à l'autoritarisme», a abondé Thomas Maurice.
«Il faut que nos colères soient entendues», a ajouté le porte-parole de la Confédération paysanne en Côte-d'Or, «nos dirigeants restent sourds quand nous nous opposons à leurs mesures qui nuisent à notre vie, à notre santé, à notre environnement, comme la réforme des retraites ou les dernières mesures de la loi Duplomb».
«Pour en finir avec la précarité paysanne, pour en finir avec la précarité alimentaire, pour en finir avec les injustices sociales et environnementales, nous portons une autre voie : celle du partage de la valeur, celle de l'agriculture paysanne et celle de la justice sociale et environnementale», a-t-il conclu sous les applaudissements.
Des manifestants se sont sentis «parqués»
Au nom de Solidaires 21, Théo Contis a fustigé la démarche du préfet de la Côte-d'Or qui a interdit de manifester dans les secteurs du centre-ville, du commissariat, de la gare et de la Cité de la gastronomie – par un arrêté publié seulement ce mardi 9 septembre –, autorisant ainsi les forces de sécurité intérieure à intervenir en cas de tentative de sortie du trajet défini et à recourir à deux drones équipés de caméras.
«Soyons solidaires, faisons attention aux uns, aux autres, et, on l'espère, un jour, on va gagner», a-t-il conclu, partageant l'essentiel du propos de la CGT.
«Le ministre de l'Intérieur démissionnaire déploie des moyens complètement démesurés, qui fait monter la pression de manière artificielle, qui attire l'attention sur des violences qui n'ont même pas eu lieu», a abondé Fabian Clément au nom de la FSU 21. «Ces gens-là ont peur de la réalité sociale de notre pays.»
La stratégie du préfet pour empêcher l'accès au centre-ville
Le fait est que des gendarmes et des policiers furent positionnés stratégiquement à certaines intersections pour empêcher les manifestants de se diriger vers centre-ville.
Plusieurs participants ont exprimé l'impression de «se sentir parqués» en étant réduits à suivre le parcours défini par l'intersyndicale et le préfet de la Côte-d'Or.
D'autres manifestants n'ont pas manqué d'exprimer leur courroux par quelques insultes à l'encontre des personnels des forces de l'ordre ainsi que, parfois, à l'encontre des journalistes.
Des organisations syndicales «bousculées» par la mobilisation citoyenne via les médias sociaux
Force est de constater que relativement peu de manifestants ont suivi les prises de parole des syndicats, la sonorisation de la CGT étant rapidement étouffée par la clameur de la foule en s'éloignant ne serait que de quelques mètres.
«Il va falloir bousculer nos organisations syndicales», a déduit Théo Contis au regard des appels relayés via les médias sociaux, «la manifestation d'aujourd'hui démontre l'utilité de se mobiliser».
Pendant les interventions, par petits groupes, chacun exprimait ses propres messages sous les arbres de la place de la République. Les drapeaux palestiniens étaient abondamment déployés. Les chants antifascistes étaient clamés à pleins poumons. Le futur centre de rétention administrative à Longvic était conspué. La taxation des riches était réclamée. L'augmentation du budget de la défense était critiquée. Emmanuel Macron était ciblé, François Bayrou se voyait adresser des «bye bye» tandis que Sébastien Lecornu était déjà moqué.
Beaucoup de jeunes et de nombreux militants de la CGT
Symbole de ce débordement, à peine les prises de parole étaient-elles conclues que, à 14 heures 45, les plus jeunes manifestants, dont bon nombre de Jeunes Insoumis, prenaient la tête du cortège – avec, parmi eux, plusieurs personnes vêtues de noir de pied en cap – en brandissant une banderole «Toustes en grève ou on crève» ainsi que des drapeaux de Solidaires étudiants, de l'UNEF Bourgogne, de la FEBIA ou encore de la fierté transgenre.
Les syndicalistes les plus aguerris durent presser le pas pour rattraper ces vaillants manifestants afin de leur demander de ralentir de façon à adopter un rythme plus conforme à une déambulation.
Derrière ce carré de jeunes, un important contingent de la CGT – accompagnant la banderole «La liberté de lutter pour le progrès social, la dignité, la citoyenneté, la solidarité» – précédait une foule plus disparate.
Les personnalités politiques furent rares dans le cortège. D'anciens élus socialistes se sont faits discrets, préférant mettre en avant leur militantisme syndical. Des communistes agitaient drapeaux et pancartes. La France insoumise était représentée ostensiblement par quelques militants – dont Patricia Marc et Jean-Claude Vannier – et Dijon avenir par Mathilde Mouchet.
Des références propalestiniennes très présentes
Au passage du cortège, la vitrine du magasin Carrefour Express du boulevard Flamand a été endommagée et taguée de l'inscription «Complice du génocide», une autre référence à la guerre en cours à Gaza.
Cette empreinte du soutien au nationalisme palestinien a de nouveau été sensible place du Trente-Octobre où la tête de cortège s'est arrêté plusieurs minutes, peu avant 15 heures 30, pendant lesquelles les couleurs du panarabisme ont été brandies depuis la colonne centrale tandis qu'étaient scandés des «Free Palestine».
Passée cette étape, un manque de motivation s'est fait sentir parmi les manifestants. Boulevard Voltaire, il a fallu que la première banderole de tête soit rejointe par d'autres jeunes scandant «Macron démission» pour redonner de l'énergie aux participants les plus avancés.
Tirs de lacrymos après l'arrivée de la manifestation
Arrivés place Wilson, peu après 16 heures, les jeunes manifestants sont passés devant les gendarmes mobiles barrant l'accès au centre-ville via la rue Chabot-Charny avant de s'installer dans l'herbe autour de la fontaine.
Quelques personnes sont allées défier les gendarmes particulièrement stoïques. Pendant ce temps, la dispersion de la manifestation s'effectuait dans le calme.
Mais, autour de 16 heures 40, quand une poignée de manifestants impatients, plus ou moins regroupés en un black bloc, ont emprunté la rue Fevret en direction de la place Suquet, les agents des forces de l'ordre ont réagi par une première salve de gaz lacrymogènes.
Il restait alors quelques dizaines de personnes autour de la fontaine. Un temps passives, elles observaient la tension monter entre la police et le black bloc. Puis, un nuage lacrymogène s'est répandu sur la place, obligeant les dernières personnes à rechercher une issue, la seule disponible étant du côté de la rue d'Auxonne.
Toutefois, certains manifestants ont insisté pour tenter de rejoindre le centre-ville dont le sud était ceinturé par les gendarmes mobiles.
Cinq interpellations et pas d'assemblée générale
À l'issue de la journée, la préfecture de la Côte-d'Or a fait état d'un bilan de cinq interpellations et a relevé plusieurs tags, bris de vitres ainsi que deux feux de poubelles.
Actualisé le 11 septembre 20025 :Selon le ministère de l'Intérieur, 675 personnes ont été interpellées dans toute la France dont 549 placées en gardes à vue.
Par un communiqué, Solidaires 21 – qui a dénombré 5.000 manifestants – s'est félicitée d'«un succès populaire» mais a fustigé «une répression massive», déplorant une intervention des forces de sécurité intérieure «dès 16 heures 30, de manière violente», ce qui a empêché la tenue d'une assemblée générale – prévue place Wilson jusqu'à 19 heures – pour envisager la suite de la mobilisation.
Les réponses judiciaires à Dijon
Actualisé le 12 septembre 2025 :Les personnes interpellées à Dijon ont été déferrées devant le procureur de la République.
À la suite d'une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), un homme a été condamné à 70 heures de travail d'intérêt générale pour dégradation de bien public.
Une femme poursuivie pour dégradation par tag s'est vue remettre une convocation devant le tribunal judiciaire en novembre prochain.
Les deux personnes qui s'était enchaînées près des voies du tramway ont demandé un délai de réflexion pour accepter ou non les mesures proposées : amende, stage de citoyenneté ou réparation du préjudice.
Une personne doit être présentée en comparution immédiate, ce vendredi.
Jean-Christophe Tardivon





































































