Recherche
POUR JOINDRE INFOS-DIJON
redaction.infosdijon@gmail.com (à privilégier)
SMS et MMS au 07 86 17 77 12
> Vie locale > Vie locale
21/10/2020 15:47

DIJON : Hommage à Samuel Paty au collège Rameau

Au collège Jean-Philippe Rameau à Dijon, c’est ce mercredi en milieu de matinée qu’une minute d’applaudissements a été effectuée en hommage au professeur victime d'un terroriste islamiste. Les trois jours d’«école ouverte» ont aussi été marqués par une heure d’accueil et d’échanges autour de la caricature comme outil à la réflexion.

En période de vacances scolaires, le collège Jean-Philippe Rameau à Dijon, dans le quartier de la Fontaine d’Ouche, reste ouvert dans le cadre du dispositif «Vacances apprenantes». Mais le dernier jour de classe avant celles-ci, il y a un peu plus d’une semaine, a modifié le programme de ces trois jours, ou en tout cas l’ouverture de ces vacances apprenantes ce mercredi matin.

L’hommage national à Samuel Paty ayant été décrété ce 21 octobre 2020, il fut respecté par un rassemblement des 70 élèves présents et de leurs professeurs mobilisés dans le dispositif évoqué. Un rassemblement effectué devant un buste de Marianne et deux oeuvres qui avaient été réalisées par les élèves de l’établissement.

«Ce professeur était comme chacun de nous»


Avant de se livrer à une minute d’applaudissements, élèves et enseignants ont écouté les propos de Jérôme Naime, principal de l’établissement. Des propos pour rappeler que Samuel Paty a été assassiné «parce qu’il avait simplement fait son travail» et pour exprimer une pensée envers sa famille, ses collègues et ses élèves…
«Ce professeur était comme chacun de nous, un passeur de savoir et de compétences mais aussi, surtout, un transmetteur de valeurs, celles qui permettent à chacun des enfants de la République, de s’élever, de se construire, librement, de s’émanciper dans le savoir, la réflexion et la connaissance, de respecter autrui», a déclaré Jérôme Naime, qualifiant de «combat quotidien» cette tâche assurée par les acteurs de l’Éducation Nationale, «pour que chacun puisse vivre ensemble, dans le respect de l’autre, dans le respect de ses différences, de nos diversités et de toutes ces richesses».

Mourad Asfour, professeur d’histoire-géographie-EMC (éducation morale et civique) au collège, s’est adressé directement à Samuel Paty pour lui dire toute la lâcheté de l’assassinat dont il a été victime près de son collège à Conflans-Sainte-Honorine dans les Yvelines vendredi dernier, mais aussi pour le saluer d’avoir exercé un métier «qui lui tenait à coeur, au service des élèves dans une communauté unie autour des valeurs de la République». Des applaudissements ont ensuite accompagné l’émotion et marqué l’hommage rendu.

«Ce sont nos professeurs qui ont été attaqués»


Un petit quart d’heure plus tard, les élèves et leurs enseignants reprenaient le chemin des classes, dans lesquelles on l’a dit le programme de cette «école ouverte» n’a pas débuté comme convenu bien en amont… Jérôme Naime confirme : «Suite à l’attentat de vendredi soir, il n’était pas possible de reprendre avec les élèves sans évoquer ce qui s’est passé. C’est ce que va faire l’ensemble de l’Éducation Nationale au retour des vacances. Puisque nous pouvions le faire avec ces vacances apprenantes, nous avons pensé que nous devions dès maintenant construire une séquence sur ce sujet-là. Avec les professeurs impliqués, un temps d’accueil a été concocté sur le rappel des faits, pour éviter que les élèves restent avec des informations très disparates sur le sujet, mais aussi le rappel des missions d’un enseignant et des valeurs de l’école. Car derrière l’assassinat de ce professeur, ce sont nos professeurs qui ont été attaqués».

Avant les cours de soutien et les activités sportives et culturelles qui doivent être proposés jusqu’à vendredi, les élèves, issus des quatre niveaux d’enseignement, se sont retrouvés à échanger avec leurs professeurs devant une caricature.
Plus largement, le mot laïcité, accolé à la devise républicaine depuis le terrible drame, est revenu dans les discussions, «la laïcité pour éviter les conflits, la laïcité comme principe de neutralité».

«La réponse de l’enseignant est d’amener les élèves à réfléchir»


Mourad Asfour se sert des caricatures dans ses cours, depuis «bien avant» les attaques contre Charlie Hebdo. «Je les utilise pour illustrer la famine, pour parler du manque d’eau dans le monde… On ne montre pas des caricatures uniquement pour le plaisir d’en montrer. Je prends celles qui ont un rapport avec le thème de mon cours. L’image fait partie de la réalité d’information».

Choqué par l’assassinat de Samuel Paty - «tel un chaos de pensées dans ma tête» -, le professeur d’histoire-géographie-EMC défend l’enseignant décapité pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet, dans un cours sur la liberté d’expression : «Il a fait son travail, sans avoir voulu offusquer les élèves de confession musulmane. Il a pris cette précaution de leur proposer de sortir, elle a été mal comprise. Ce professeur était bienveillant et aimé de ces élèves. Il a fait un travail de contextualisation, de description de l’image, d’explication…».

Pour Mourad Asfour, convaincu que le programme scolaire ne laisse pas de côté la lutte contre les discriminations dans un établissement comptant des dizaines de nationalités et autres particularités typologiques, le propre de l’Éducation Nationale et le cadre d’un établissement scolaire doivent garantir cette approche : «Nos élèves se posent énormément de questions, elles peuvent être maladroites, ils peuvent utiliser des termes un peu bruts, mais ce sont des enfants. La réponse de l’enseignant est de les amener à réfléchir, en prenant du recul, sans imposer un dogme ni une croyance… Avec tout ce que l’on peut trouver aujourd’hui sur les réseaux sociaux ou autres, l’école est bien l’un des derniers refuges où l’élève peut se poser et réfléchir sainement. On a le devoir de leur permettre de pas de se replier sur leur propre identité».

En hommage à Samuel Paty, les classes était imprégnées de la liberté d’expression ce mercredi matin. Les élèves eux n’hésitaient pas à réagir sur une caricature montrant un ensemble de personnes physiquement différentes, réunies sont le bonnet phrygien de la Révolution et en l’occurrence de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen. Les signes religieux étaient eux à l’extérieur du cercle.
Quant à l’assassinat de Samuel Paty, un collégien réagissait en disant : «On peut parler comme on veut, penser ce que l’on veut. On ne peut pas être assassiné juste pour avoir fait réfléchir ses élèves».

Alix Berthier
Photos : Alix Berthier