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08/07/2020 17:02

DIJON : Ils ont manifesté pour ne pas être expulsés

Une manifestation pacifique s’est déroulée ce mercredi matin devant les locaux de la Société Est Métropoles, propriétaire de locaux occupés par des migrants menacés d’expulsion.
Depuis fin septembre, une petite centaine de demandeurs d’asile et réfugiés s’est installée dans un immeuble rue Becquerel. Mais c’est rue Marcel Dassault que nombre d’entre eux s’étaient donnés rendez-vous ce mercredi en milieu de matinée, de même que des membres du collectif Droit d’asile 21, qui regroupe à ce jour 41 associations de défense des droits humains.
Au 8 rue Marcel Dassault se situent les locaux de la Société Est Métropoles, société propriétaire de l’immeuble occupé par les migrants.

L’intention des manifestants - 60 à 70 au plus fort du rassemblement - était de rencontrer Thierry Coursin, PDG de la SEM. Les portes de la Société étant restées fermées, c’est devant les locaux que le courrier a été lu par Hassan, en France depuis 2016 et se faisant le porte-parole des demandeurs d’asile.
«Aujourd’hui nous sommes dans une saison de crise sanitaire et donc c’est impossible pour nous de vivre dans la rue en ce moment, sachant que parmi nous il y a des femmes, des enfants et des personnes âgées», est-il notamment écrit noir sur blanc.
«Dans notre lieu d’habitation, nous sommes bien sécurisés et protégés, pour des raisons différentes, contre la pluie, le froid, la chaleur ou l’épidémie».

Les occupants craignent une expulsion depuis le jugement rendu cette semaine par le tribunal administratif, qui par voie de fait rend l’expulsion possible à partir du vendredi 10 juillet. La jurisprudence du jugement rendu est redoutée dans d’autres situations du genre.

Prolongement de l’occupation souhaité


L’intérêt du rassemblement organisé ce mercredi était alors de transmettre la lettre au propriétaire de l’immeuble occupé mais aussi de lui demander un rendez-vous afin de lui exposer avant tout les aspects humains de la situation.

«C’est un bâtiment vétuste, sans aucun projet. Pourquoi l’occupation ne peut-elle pas être prolongée jusqu’à l’annonce d’un projet, s’il y en a un…», fait remarquer Jean-Paul Brenelin, membre du collectif Droit d’asile 21.
Les occupants eux rappellent qu’«aucune entrée par effraction n’a été constatée, jusque dans le référé du jugement» et que les conditions d’occupation sont saines. Les demandeurs d’asile et réfugiés invitent d’ailleurs Thierry Coursin à se rendre sur place pour bien mesurer la situation.

Après une heure et demie d’un rassemblement pacifique n’ayant pu aller complètement au bout de la démarche (la lettre a été glissée dans les boîtes aux lettres à défaut d’avoir pu la transmettre en mains propres), les manifestants ont pu échanger avec une représentante d’un cabinet d’huissier mandaté par la SEM, leur ayant fait remarquer qu'il convient de s'en remettre à la justice et d'attendre le verdict du recours déposé.
Eux restent persuadés que si l’usage des forces de l’ordre relève de la préfecture, la demande d’une opération d’expulsion revient, plus ou moins officiellement, au propriétaire du lieu.

Malgré ces discussions s’étant terminées peu après midi, la crainte de l’expulsion est persistante. Alors que les manifestants insistent sur le fait que cet immeuble «est vide et sans réel projet possible», du fait notamment de la proximité de la voie ferrée.
Le collectif de soutien confirme : «Ils et elles pourraient se retrouver à la rue alors que les risques sanitaires causés par le Covid-19 sont loin d'être réglés. Aucun projet - ni travaux, ni vente - n'est annoncé sur les bâtiments qu'ils habitent à l'heure actuelle. Ceux-ci resteront peut-être de nouveau vides pendant de nombreuses années. Les bâtiments de la CPAM (à Chenôve), desquels les demandeurs d'asile s'étaient fait expulsés, sont d'ailleurs toujours vides à l'heure actuelle. Une procédure d'appel (non suspensive du jugement) pour demander des délais supplémentaires a été lancée sur le bâtiment de la rue Becquerel, mais la société propriétaire et la préfecture pourraient décider de passer outre».

Les délais judiciaires relatifs à l’appel pourraient «être trop longs» déplorent les manifestants, d’autant plus lorsqu’il est rappelé que la trêve hivernale ne compte plus et que la date du 10 juillet correspond aussi à la fin de l’état d’urgence sanitaire… La mise en place de la politique du nouveau gouvernement peut être perçue tel un «sursis» quant à la menace d’expulsion, mais les occupants et leurs soutiens se montrent inquiets.

Alix Berthier
Photos : Alix Berthier