
Une cérémonie en lien avec la rafle du Vélodrome d'Hiver a été organisée, ce dimanche 20 juillet, à Dijon, durant laquelle la sous-préfète Magalie Malerba a lu le message de la ministre Patricia Mirallès. «N'oublions pas que cela a aussi eu lieu à quelques mètres d'ici», a souligné le président de Mémoires vives.

La commémoration de la Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'État français et d'hommage aux «Justes» de France, s'est déroulée, ce dimanche 20 juillet 2025, sur le parvis de la gare Dijon-Ville.
Sa période de commémoration est fixée en mémoire de la rafle du Vélodrome d'Hiver, survenue à Paris, les 16 et 17 juillet 1942. Il s'agit de la plus grande arrestation massive de Juifs réalisée en France pendant la Seconde Guerre mondiale, cela avec la participation des policiers et gendarmes français, obéissant aux ordres de René Bousquet, secrétaire général de la police du régime de Vichy.
Durant ces deux jours, 13.152 Juifs ont ainsi été arrêtés, pour trois quarts des femmes et des enfants, puis déportés vers le centre d'extermination d'Auschwitz. Moins de 100 adultes ont survécu et aucun enfant.
Durant la Seconde Guerre mondiale, environ 76.000 Juifs de France ont été déportés – environ 2.500 ont survécu – et 3.000 sont morts dans les camps d'internement en France.
Hommage aux Justes de France depuis l'an 2000
La journée d'hommage a été instaurée par François Mitterrand, en 1993, et complétée par l'hommage aux Justes par Jacques Chirac, en l'an 2000. En date de 2023, l’État d'Israël a décerné le titre le titre de Justes parmi les nations à 4.255 personnes en France dont neuf Côte-d'Oriens.
La cérémonie de ce dimanche était présidée par la sous-préfète Magalie Malerba, secrétaire générale adjointe de la préfecture de la Côte-d'Or. Bruno Dupuis, directeur départemental de l'Office national des combattants et victimes de guerre en Côte-d'Or, a endossé le rôle de maître de cérémonie
Étaient présents dans le rang protocolaire, les députés côte-d'oriens Océane Godard, Catherine Hervieu, Pierre Pribetich et René Lioret, Françoise Tenenbaum, vice-présidente de la Région Bourgogne-Franche-Comté et présidente de la section de Dijon de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA), François-Xavier Dugourd, vice-président délégué du Département de la Côte-d'Or, Stéphane Chevalier, conseiller municipal délégué de Dijon, le général de division Sylvain Laniel, commandant de la région de gendarmerie de Bourgogne-Franche-Comté, le général Hubert Charvet, commandant de l'école de gendarmerie de Dijon, et le lieutenant-colonel Ratay, représentant la délégation militaire départementale de la Côte-d'Or.
200 Juifs de Côte-d'Or ont été déportés
Sylvain Blandin, président de l'association Mémoires vives, a rappelé les principales dates des rafles et convois de déportation de Juifs en France, jusqu'au 27 janvier 1945, date de la libération du centre d'Auschwitz-Birkenau par l'armée soviétique : «Le monde découvre l'horreur absolue des camps de concentration et d'extermination».
«N'oublions pas que cela a aussi eu lieu à quelques mètres d'ici», a souligné Sylvain Blandin en rappelant des arrestations en Côte-d'Or dès janvier 1942. En juillet 1942, 24 Juifs sont raflées par la police. Le président de Mémoires vives a alors listé les noms des 21 personnes conduite par un convoi ferroviaire, depuis la gare de Dijon, le 14 juillet 1942, au camp de Pithiviers, dans le Loiret, avant d'être déportées, le 17 juillet suivant, vers le centre d'extermination d'Auschwitz-Birkenau.
Hermann GERSON, 37 ans, arrêté à Crépey
Malka HERKOWITZ, 38 ans, vivant rue Jean-Jacques-Rousseau à Dijon
Erna KAHN, 40 ans, réfugiée d’Alsace-Lorraine à Châtillon-sur-Seine
Szmul KALEKA, 44 ans, de Voulaines-les-Templiers
Thérèse KATZ, 17 ans, habitant rue Paul-Thénard à Dijon
Herta KOHLMANN, 21 ans, vivant rue Babeuf à Dijon
Aron KUPERBERG, 18 ans, arrêté à Crépey
Ruberg MAKAROWSKI, 44 ans, arrêté à Crépey
Edmond MICHEL, 37 ans
Irma MICHEL, 34 ans et
Lillie MICHEL, 40 ans, tous trois habitant rue de la Charmette à Dijon
Anita OPPENHEIMER, 19 ans habitant rue Paul-Thénard à Dijon
Jaqueline RIBSTEIN, 19 ans habitant rue des Perrières à Dijon
Erich ROSNER, 17 ans arrêté à Crépey
Severin SAFRYS, 28 ans arrêté à Messanges
Nathan SALTMAN, 29 ans et
Samuel SCHACHTER, 36 ans arrêtés à Crépey
Rose STEINITZ, 44 ans, et
Mireille STEINITZ, 17 ans vivant avenue Victor-Hugo à Dijon
Rachel ZLOTOWITCZ, 36 ans habitant rue de la Manutention à Dijon
Joseph ZYSKIND, 41 ans arrêté à Crépey
Jaqueline Ribstein a échappé à la déportation, son mari ayant réussi à la faire libérer. En dehors de celle-ci, seul Samuel Schachter a survécu.
Entre 1942 et 1944, plus de 200 Juifs de Côte-d'Or ont été déportés.
Le courage des Justes et des résistants
Le rabbin Simon Sibony a poursuivi en récitant le kaddich des endeuillés, ou «Prière aux morts» dans la liturgie juive.
Israël Cemachovic, président de l'Association cultuelle israélite de Dijon (ACID), est revenu sur les circonstances et le déroulement de la rafle du Vélodrome d'Hiver puis a salué «le courage» et «la lucidité» de Jacques Chirac, exprimés dans son discours historique de 1995 où, alors président de la République, il reconnaissant publiquement pour la première fois la responsabilité de l'État français dans la déportation de Juifs durant le régime de Vichy.
Israël Cemachovic a alors appelé à «contrer les négationnistes qui, par esprit de tromperie, par sottise ou par inconscience, prétendent que l'assassinat de millions d'individus à l'échelle industrielle, conçu et ordonné par la nation la plus savante de cette sombre époque est une chose tellement impensable qu'ils refusent de la penser, tellement incroyable qu'ils refusent d'y croire».
«Le courage discret [des Justes parmi les nations], de même que celui des résistants, doivent être doublement salués et transmis collectivement pour que s'expriment notre pleine gratitude et notre reconnaissance envers ces héros de l'ombre qui, femmes et hommes, confondus, furent animés par un idéal de fraternité, d'égalité, de liberté qui leur a permis de lutter, avec leurs maigres moyens, leur cœur et leur intelligence contre l'innommable extermination afin que la jeunesse d'aujourd'hui n'oublient pas qu'ils incarnent ce que la France a de meilleur», a déclaré le président de l'ACID. «Ils ont su donner corps au célèbre adage talmudique : qui sauve une vie sauve l'humanité».
«La haine d'Israël défie la simple raison»
«Comment ne pas voir le caractère intemporel et universel de la haine d'Israël qui, en tout temps et en tout lieux, défie la simple raison», a ajouté Israël Cemachovic, en revenant à la situation contemporaine, pour s'adresser aux opinions publiques face à un surcroît d'expression antisémite depuis le pogrom du 7-Octobre en Israël.
Le président de l'ACID a alors remercié l’État, les forces de sécurité intérieure et l'armée pour, respectivement, assurer un travail de mémoire autour de la Shoah et sécuriser notamment les synagogues.
«L’antisémitisme rôde encore»
La sous-préfète Magalie Malerba a relayé le message national de Patricia Mirallès (lire ci-dessous). Dans son propos, la ministre déléguée auprès du ministre des Armées, chargée de la Mémoire et des Anciens Combattants, a rappelé l'horreur de la rafle du Vélodrome d'Hiver puis a insisté sur la «vérité» inhérente au devoir de mémoire. Si «ce crime fut pensé par l’occupant nazi», il fut réalisé «avec le zèle des autorités françaises».
«La France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable», disait Jacques Chirac en 1995 (
retrouver son discours), faisant grincer les dents de bien des gaullistes, considérant que la France était alors incarnée à Londres par le général de Gaulle et non par le régime de Vichy.
«La France a failli», a renchéri Patricia Mirallès. Dans ce contexte, «les Justes sont la réponse de la conscience aux ordres de la honte».
«L’antisémitisme rôde encore», a repris Patricia Mirallès, revenant au présent, faisant, elle aussi, le lien avec le 7-Octobre. «Face à l’histoire, face à nos responsabilités, nous affirmons que la lutte contre l’antisémitisme, contre le racisme, contre la haine de l’autre, doit être la marque distinctive de notre époque.»
Les associations antiracistes déposent ensemble une gerbe de fleurs
Les autorités civiles et militaires ont alors procédé aux dépôts de gerbes de fleurs aux pieds des deux plaques commémoratives du parvis de la gare.
En particulier, les représentants territoriaux de la LICRA, du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP), de SOS Racisme Côte-d'Or, de la Ligue des droits de l'Homme (LDH) et de la Maison des potes se sont associés pour porter une gerbe de fleurs commune.
Après la «Sonnerie aux Morts» par les clairons Gabriel Bosset et Georges Grenier, complétés par le tambour Fabrice Tarradellas, le premier coupler de «La Marseillaise» a été diffusé par la sonorisation, marquant la fin de la cérémonie commémorative.
Jean-Christophe Tardivon
Message de Patricia Mirallès
Ministre déléguée auprès du ministre des Armées, chargée de la Mémoire et des Anciens Combattants
Il faisait déjà chaud, ce matin-là, à Paris. L’été pesait lourd, écrasant, comme une menace sourde.
Mais personne n’imaginait encore l’inimaginable.
Et pourtant, le 16 juillet 1942, à l’aube, la France s’est brisée.
Par milliers, des familles juives ont été tirées du sommeil. Arrachées à leur foyer, chassées de leurs chambres, les enfants arrachés à leurs rêves innocents, emportées sans ménagement, sans appel, sans raison.
À Paris, les couloirs et les trottoirs bruissaient de bottes. Dans les escaliers, on entendait des pleurs d’enfants, des valises trop vite refermées. Dans les rues, des policiers et des gendarmes français guidaient les files.
Ce jour-là, et les suivants, 13 152 personnes furent arrêtées. Plus d’un tiers étaient des enfants.
Dans cette enceinte fermée, dans une atmosphère étouffante, saturée de bruit et de peur, des êtres humains furent parqués comme du bétail, sous les ordres de l’État français.
Des jours entiers d’attente, sous les verrières brûlantes. Des enfants qui appelaient leur mère et des mères qui ne pouvaient plus rien faire.
Puis, ce fut Drancy. Beaune-la-Rolande. Les wagons avec du barbelé aux fenêtres et les pleurs des enfants qui peinent à recouvrir le crissement des trains. Pas d’eau. Pas de nourriture. Pas d’hygiène.
Puis l’arrivée, les cris des chiens et les cris en allemand. Auschwitz.
Et le silence.
Ils n’étaient pas coupables. Ils étaient juifs.
Aujourd’hui, sur les places de nos villages, devant nos monuments aux morts, nous sommes réunis pour transmettre cette sombre page de notre histoire.
Transmettre, c’est dire la vérité. La vérité, c’est que ce crime fut pensé par l’occupant nazi, mais avec le zèle des autorités françaises. Car la rafle du Vel’ d’Hiv fut une opération française, ordonnée par l’État de Vichy et menée par des policiers et gendarmes français. Des hommes qui portaient un uniforme français, mais qui, malheureusement, ne servaient plus la République.
Cette faute irréparable, précédée par les lois antijuives iniques du régime de Vichy qui s’étendirent de la métropole, jusqu’à Alger, Tunis ou Casablanca, fut un manquement aux valeurs de la France.
Ce n’est que bien plus tard que cette vérité fut dite.
Le 16 juillet 1995, le président Jacques Chirac eut le courage de prononcer un discours qui est resté dans l’histoire. Des mots précis, essentiels, historiques.
En les disant, il a ouvert un chemin fécond. Il a osé dire que la France, ce jour-là, avait failli. Et en cela, il a rendu à la République sa vérité, sa force, sa dignité retrouvée.
Mais aujourd’hui, si nous nous souvenons du plus obscur nous nous rappelons aussi du plus magnifique.
Car ils le furent, magnifiques, les Justes de France, ces hommes et ces femmes qui ont su dire non.
Magnifiques dans le courage, dans la modestie, dans l’honneur discret.
Ils ont offert une chambre derrière une armoire, maquillé des cartes d’alimentation, effacé des noms des registres, caché des enfants dans une ferme, dans une école, dans un couvent. Ils ont menti à leurs voisins, à leurs curés, à leurs maires. Ils ont pris tous les risques. Et parfois, ils ont tout perdu.
Les Justes sont la réponse de la conscience aux ordres de la honte. Ils ont incarné, dans les ténèbres, un honneur français. Si les trois quarts des Juifs français ont survécu au nazisme, c’est aussi grâce à eux. Ils représentent, dans leur diversité, une école de citoyenneté, la légende dorée d’une humanité contemporaine.
Alors, tant que nous marcherons sur cette terre, les victimes comme les Justes ne seront pas effacés. La France n’oubliera pas. Elle enseignera, elle témoignera. Et ce d’autant plus qu’aujourd’hui, l’antisémitisme rôde encore.
Ses réveils, en France, se sont faits de plus en plus fréquents, de plus en plus brutaux. Le 7 octobre 2023, le poison a rejailli avec une violence inouïe. Et puis, il y a aussi cet antisémitisme qui ne crie pas, mais qui nie, qui relativise, qui fait silence ou qui rit.
Chaque injure, chaque attaque, chaque dégradation, chaque mensonge ne sont pas des anecdotes, ni des faits divers. Ce sont des alertes, ce sont des failles dans notre pacte national.
Aujourd’hui, et comme chaque jour, face à l’histoire, face à nos responsabilités, nous affirmons que la lutte contre l’antisémitisme, contre le racisme, contre la haine de l’autre, doit être la marque distinctive de notre époque.
Parce que la France, c’est cette voix qui a failli un jour, mais qui a promis de ne plus jamais faillir. C’est cette promesse, trahie en 1942, mais restaurée par la vérité, par l’éducation, par la fermeté face à la haine. Par la République.
La promesse que la France demeure pour tous, d’où qu’on vienne, quel que soit ce que l’on pense, ce que l’on croit, une fidélité aux plus grandes espérances républicaines.
Vive la République !
Vive la France !





















































