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16/12/2020 15:02

DIJON : L’incroyable vie de Mathias, un Dijonnais retrouvé, un jour, inanimé par les pompiers

Il parle« librement» de son histoire «car je n’ai jamais ressenti la peur de mourir». Mathias s'est livré à infos-dijon. «J’ai été retrouvé dans une impasse où je ne suis jamais allé de ma vie. Une parallèle aux allées du parc. C’est une impasse qui mène à une résidence où je ne connais personne qui habite. Les pompiers ont retrouvé mon corps au bout de cette impasse, gisant, mort, par terre...»
Il se croyait en 2007, alors qu'il était en 2019...

« Je m’appelle Mathias et je suis le père heureux d’une fille de 4 ans et demi qui habite à Berlin. Je suis séparé de sa maman, allemande, mais nous essayons de maintenir une famille soudée pour que notre fille n’en souffre pas. Par ailleurs j’ai travaillé plus de 10 ans dans le milieu de la mode en tant que set designer et styliste à Paris. J’en ai eu marre et j’ai fais une reconversion professionnelle dans le monde du vin. Mes parents sont installés à Dijon nous sommes donc Bourguignon d’adoption. Ma mère est franc-comtoise et mon père est tourangeau. J’ai donc fais cette reconversion professionnelle à l’âge de 35 ans dans le « commerce international des vins et des spiritueux ». J’avais une cave à vin à Berlin, je l’ai fermé car j’avais d’autres projets. Ma vie a cependant basculé un soir qui devait être festif...
Ça c’est passé un 21 juin, jour de la fête de la musique. Le 21 juin 2019 pour être exact, mais ça je l’ai appris à mon réveil. Avant de partir pour cette fête de la musique, je faisais un petit barbecue entre amis avec le fils de mes voisins qui est un enfant handicapé de naissance et que j’aime beaucoup. C’est quelqu’un qui a une dimension différente et j’aime beaucoup passer du temps avec lui. Nous buvons une bouteille de vin à 2 soit 3 verres par personne. Je vous dis cela pour préciser que je n’étais pas ivre. Je repasse par chez moi, notre maison familiale près des allées du parc à Dijon. Je prends 2/3 affaires. Il est 23h, je passe le seuil de la maison et à partir de ce moment-là je ne me souviens plus de rien. L’idée de départ était d’aller voir un concert place du musée des beaux arts. J’ai quitté la maison familiale à 23h et je me suis réveillé 5 jours plus tard sortis d’un coma qui aurait pu être mortel. 

J’ai été retrouvé dans une impasse où je ne suis jamais allé de ma vie. Une parallèle aux allées du parc. C’est une impasse qui mène à une résidence où je ne connais personne qui habite. Les pompiers ont retrouvé mon corps au bout de cette impasse, gisant, mort, par terre...

Quand j’ai ouvert les yeux, j’étais attaché dans un lit d’hôpital. Seul. Ce réveil a été pour moi le plus traumatisant. Je ne comprends pas ce que je fais là. Pourquoi je suis là. Pourquoi je suis attaché sur un lit d’hôpital. C’est complètement surréaliste. Je crie. Fort. Jusqu’à ce qu’une infirmière du CHU François Mitterrand vienne dans ma chambre. Je lui demande ce que je fais là. Elle a la tact et la volonté de me calmer. Elle me pose des questions pour me faire revenir à une forme de réalité. Et à un moment elle me demande : « Monsieur Bouin, en quelle année sommes nous? » et je lui réponds naturellement : « Nous sommes en 2007 ». Là, elle m’annonce que nous sommes en 2019. J’ai donc un décalage dans la temporalité de 12 ans. C’est à ce moment là que j’ai compris qu’il m’était arrivé quelque chose de très, très grave.

 C’est extrêmement brutal comme sensation. Ne plus avoir de repaires spatiaux temporels m’a fait prendre conscience de la brutalité de ce que j’ai vécu. On m’a expliqué à mon réveil qu’ils m’ont attaché car j’avais un coma extrêmement agité et que la fracture de mon rocher crânien avait provoqué une boule de sang dans mon crâne. Ils ne m’ont pas opéré car le risque que cette boule explose était très élevé et cela aurait provoqué ma mort. Ils m’ont donc attaché car plus je bougeais et plus cette boule de sang pouvait exploser. Ils m’ont fait prendre conscience à ce moment là que j’étais un rescapé...

À mon réveil j’ai su que j’avais des problèmes avec ma banque. En effet il y a eu utilisation de manière frauduleuse de ma carte bleue. J’étais toujours en possession de celle-ci mais des sommes importantes ont été retiré. 300 € en retrait (l’argent n’a évidemment pas été retrouvé sur moi) et 150€ en dépense dans un restaurant. Je ne comprends pas pourquoi j’aurais fais cela. Retirer 300€ pour la fête de la musique n’est pas dans mes habitudes. Je suis plutôt du genre à n’avoir que 20 ou 50€ en poche pour m’acheter quelques bières et cela suffit amplement. Cette dépense de 450€, la seule explication que nous en avons avec mon avocat est qu’il y a sûrement eu des gens qui ont abusé de moi ou qui m’avaient frappé au moment où j’allais retirer de l’argent. Je ne peux pas en avoir la certitude exact puisque je n’ai aucun souvenir mais on suppose que c’est à ce moment là que je me suis fait agresser par une ou plusieurs personnes. 

Il se trouve que quand j’étais dans le coma, ma mère a eut accès à mon relevé bancaire. Elle a donc vu ces dépenses importantes et se doutait bien que je ne les avait pas faites de mon propre chef. Elle est allé à la banque dans le but de voir les vidéosurveillance et ils lui ont répondu qu’ils ne pouvaient pas lui montrer les vidéos sans ma signature. Elle leur a répondu que j’étais dans le coma et donc que je ne pouvais rien signer mais ils n’ont rien fait. Une fois que j’étais en mesure physique de signer, la banque nous a fait comprendre que le délai des deux semaines était déjà passé et que par conséquent les enregistrements vidéo étaient détruits. Voilà donc des potentielles preuves importantes parties en poussières... 
L’enquête dure depuis plus d’un an et je n’ai pas vraiment de nouvelles. Je me suis rendu au commissariat pour en savoir plus. La policière m’a répondu « l’enquête est en cours, nous vous appellerons dans peu de temps ». Nous sommes 10 mois plus tard et ils ne m’ont toujours pas rappelé. Je suis retourné au commissariat il y a quelques semaines et le commissaire m’a répondu que ce genre d’enquête prenait beaucoup de temps et qu’ils m’appellerait dès qu’ils avaient du nouveau. L’affaire est toujours en cours. 

J’ai gardé des séquelles. Les séquelles physiques ont été une double fracture de la clavicule et  quelque chose a été planté dans ma cuisse donc j’avais un gros trou. J’ai cependant réussi à améliorer cela grâce au centre de rééducation Divio. Les séquelles qui restent sont au point de vue auditif : oreille droite. Je n’ai plus que 30% d’audition sur ce tympan. Je suis maintenant appareillé par un dispositif Ampliphon qui est très discret.
Je sais que je ne retrouverai certainement jamais mon audition normale sauf si une solution est inventée d’ici là. La deuxième chose est la rupture du rocher crânien. Cela me fait ressentir une fatigue beaucoup plus intense et durable. Je fatigue très vite. Au niveau de la mémoire vivre je me suis amélioré mais je garderai des séquelles à vie. Il y a des choses que j’oublie très rapidement donc je note beaucoup de choses pour ne pas oublier.
Vous pouvez par exemple me dire que vous venez de vous acheter un pull rose. Et bien 30 secondes après je dois vous demander de quelle couleur est le pull que vous venez d’acquérir. Certains médecins de Divio m’ont fait comprendre qu’il y a des choses que je ne récupèrerait jamais et qu’il fallait que je trouve d’autres moyens pour m’aider à retrouver une vie normale. 

Ma fille a maintenant 4 ans et c’est aujourd’hui très compliqué de dialoguer avec elle. En effet, je n’avais jamais vraiment appris l’allemand en cours. Je parle assez bien l’anglais et l’espagnol. Lors de ma reconversion professionnelle, j’étais aux arcades et nous avions 2 professeurs de langues étrangères : Chinois et Allemand. Le professeur d’Allemand s’appelait Fabian Stech. Je vous en parle pour plusieurs raisons. La première est que c’est grâce à lui que je me suis installé à Berlin. Je voulais faire mon stage à Düsseldorf mais il m’avait conseillé Berlin et il n’a pas eu tord. Je suis tombé amoureux de cette ville. La deuxième raison est que tout simplement je l’aimais beaucoup. Et la troisième raison est qu’il est l’une des victimes du Bataclan. Il avait simplement décidé d’aller voir un concert et il est tombé sous les balles. J’ai appris sa mort depuis Berlin. Vous en parler est donc une forme d’hommage à ce professeur. 

Je me suis donc installé à Berlin à peine 1 an après avoir commencé à m’initier à cette langue et je suis tombé amoureux de mon ex femme. Quand j’ai rencontré la mère, Allemande, nous avions décidé d’utiliser comme moyen de communication l’anglais. J’ai tout de même suivi des cours d’allemand là-bas. J’ai pris 3 mois de cours intensif pour avoir les bases. Je voulais apprendre pour communiquer plus facilement avec ma fille. À mon réveil du coma j’avais perdu certaines bases que j’avais acquises. J’avais beaucoup moins de facilité pour m’exprimer mais je vais reprendre les cours à la maison pour retrouver ces bases. 

J’ai vendu ma cave à vin « Monsieur Bourgogne » à Berlin. Je devais partir en Suisse pour travailler en tant que chef sommelier. Je me suis cependant fait agressé entre-temps et j’ai donc passé 1 an à l’hôpital. L’entreprise existe toujours. J’ai repris un peu d’activité. Sauf que la malchance (c’était bien évidemment le cas pour tout le monde) continuait puisque le coronavirus est arrivé. Je venais de commencer de mettre en bouteille du rosé de Bourgogne, de Marsanay, du pinot noir et du chardonnay.
J’avais donc une centaine de bouteilles sur les bras, à vendre. Je venais de les mettre moi-même en bouteille mais ce n’était pas la meilleure période commerciale... Cependant cela ne m’a pas empêché d’en ouvrir quelques-unes et d’en vendre la grande majorité. Pour l’instant comme avec la période du COVID-19 on ne sait pas trop où l’on en est, j’ai décidé d’y aller lentement au niveau de la reprise active, commerciale, liée à ma société. Je fais donc pour l’instant attention à moi. Je fais du sport et je poursuis cet apprentissage linguistique mais ça ne veut pas dire que « Monsieur Bourgogne » est mort, loin de là. 

Pour le côté sportif, ça a été très dur à la sortie du coma. Je ne suis naturellement pas gros et j’avais perdu 10kg. Je faisais 56 kg pour 1,80m. Ma masse musculaire avait totalement disparu et c’est très, très long à reprendre. Je fais partie des métabolismes qui perdent du poids très facilement mais qui prennent beaucoup de temps à reprendre. Au début c’était très compliqué au niveau de la fatigue. Je suis fumeur et quand je descendais de ma chambre d’hôpital pour fumer ma cigarette j’avais l’impression d’avoir fais 4h de sport intensif. Cependant je n’avais que l’ascenseur à prendre, marcher 50m, m’assoir, remarcher 50m et remonter par l’ascenseur. 
J’ai été 3 mois à Divio avant d’aller en hospitalisation de jour. J’ai été accompagné progressivement dans ma reprise de poids et de masse musculaire. Chose que je continue désormais de façon indépendante. 

Est-ce que je me sens en sécurité à Dijon? Au début, non. Il y a beaucoup moins de forces de police qu’à Paris ou Berlin, qui pour le coup était une ville où l’on se sent en sécurité. J’ai longtemps appréhendé le fait de faire une mauvaise rencontre à Dijon et voilà chose faite...
J’ai eu l’occasion de me rendre à nouveau à 3 concerts dont celui d’une amie qui s’appelle Pilote. Cette appréhension que j’ai pu avoir commence à se dissiper petit à petit. Mais je fais attention. Il y a des évènements à Dijon totalement flippantq. Cette espèce de bagarre entre les garçons des Grésilles et les Tchétchènes c’est totalement ahurissant. Quand vous voyez ça c’est pas hyper rassurant. Après je pense que Dijon reste une ville assez tranquille et tout dépend des endroits que vous fréquentez. 
Cependant j’ai envie de dire que cette ville manque de forces de l’ordre surtout autour de la place de la République. Ce lieu où l’on retrouve une concentration de boîtes de nuit. Chaque week-end il y a donc une grosse  augmentation du nombre de personnes présentent à cet endroit. Si j’avais ce pouvoir, je mettrais deux cars de police aux deux extrémités de la place pour essayer d’imposer une certaine forme sécuritaire visuelle. Cela pourrait dissuader certains mauvais garçons de venir faire des bêtises.

Enfin, j’aimerais faire passer un message : Ne considérez pas forcément (au vu de ce qui m’est arrivé) que la fête de la musique est synonyme de fête. Il y a d’autres personnes qui ont été victimes de gens qui ne viennent pas pour festoyer mais qui viennent pour en découdre et qui apportent de la violence. Si toutefois vous souhaitez vous rendre à cette fête soyez plus prudent que j’ai pu l’être... »

MB