
En réponse à l'«échec» pointé notamment par Emmanuel Bichot, ce lundi 23 juin, en conseil municipal, François Rebsamen a mis en garde l'opposant sur un éventuel «conflit d'intérêt». «Les gens veulent du sensoriel», a réagi François Deseille en expliquant que des prestations allaient augmenter.
Le sujet de la Cité internationale de la gastronomie et du vin était, une nouvelle fois, à l'ordre du jour du conseil municipal dijonnais, ce lundi 23 juin 2025, et a, encore une fois, provoqué des tensions entre la majorité et l'opposition conservatrice.
La fréquentation de l'équipement culturel et touristique est en-deçà des attentes lors de son ouverture, en 2022, cinq ans après avoir été présenté à la population par François Rebsamen (alors PS), alors maire de Dijon, en présence du président de la République François Hollande.
La municipalité compte donc attirer les Dijonnais en rendant gratuites les expositions permanentes, à partir du 5 juillet prochain, et compenser le manque à gagner en relevant le tarif des expositions temporaires et des animations comportant une visite guidée ou une dégustation, à partir du 22 septembre prochain.
L'exécutif dijonnais s'appuie sur l'augmentation de 30% de la fréquentation de la Chapelle des climats quand celle-ci a été rendue gratuite. À noter que l'amplitude horaire du pôle culturel sera réduite en basse saison les lundis, mardis et mercredis.
140.000 euros de manque à gagner, 70.000 euros de recettes nouvelles espérées
«[Les] évolutions s'inscrivent dans la stratégie mise en place pour continuer à augmenter le flux de visiteurs au sein de notre pôle culturel et le développement de prestations culturelles à forte valeur ajoutée», explique François Deseille (Modem), adjoint au maire de Dijon chargé notamment de la Cité de la gastronomie.
«La gratuité pour les expositions permanentes, c'est ce qui est de mise dans tous les musées sur Dijon», précise le centriste, «c'est une décision d'équité de fonctionnement».
Le pôle culturel comprend les espaces d'exposition, à différencier du Village gastronomique, l'espace commercial de la Cité de la gastronomie. Géré en régie publique, il a reçu 120.000 visiteurs en 2023 puis 138.000 en 2024 dont déjà 55% bénéficiant d'une gratuité.
«Les prestations avec valeur ajoutée – telles que les visites guidées, les visites gourmandes, les conférences-dégustations, les apéritifs-concerts, les ateliers culinaires adultes ou enfants – fonctionnent particulièrement bien avec un taux de remplissage de 85%,en 2024, et sont proposées à un tarif largement inférieur à la valeur réelle et, surtout, à ce que les visiteurs accepteraient de payer», développe l'adjoint au maire.
En année pleine, le manque à gagner lié à la mise en gratuité est estimé par la
municipalité à hauteur de 140.000 euros tandis que les augmentations de
prestations devraient apporter 70.000 euros.
Au lancement du projet, 250.000 visiteurs étaient attendus, générant des recettes alors estimées à 3 millions d'euros.
Augmentation de 69% du plein tarif adulte des expositions temporaires
Les tarifs des expositions temporaires bondissent : le plein tarif adulte passe de 6,50 à 11 euros, le tarif réduit de 4,50 à 7,50 euros, le tarif enfant 4-18 ans disparaît. L'accès reste gratuit pour les moins de 4 ans.
L'atelier de médiation culturelle avec une conférence et une dégustation passe de 6 à 15 euros, l'atelier culinaire initiation passe de 8 à 20 euros avec «une offre recalibrée».
«Le contribuable dijonnais doit payer indéfiniment pour vos échecs», déplore Emmanuel Bichot
«C'est la seizième délibération en trois ans», réagit Emmanuel Bichot (LR, AD), président du groupe d'opposition Agir pour Dijon, «cette instabilité devient chronique».
«Tous les autres tarifs augmentent très fortement et les tarifs pour enfants disparaissent», note l'opposant qui relève que, en 2024, la régie publique a comptabilisé 2 millions d'euros de dépenses, pour 490.000 euros de recettes (dont 150.000 euros de mécénat). «Le contribuable dijonnais doit payer indéfiniment pour vos échecs. (…) Il est temps d'arrêter les frais.»
Tensions entre Emmanuel Bichot et François Rebsamen
«Les espaces communs et les voies ont été financés deux fois», reprend Emmanuel Bichot qui avait saisi le parquet national financier à ce sujet (
lire le communiqué), «un constat confirmé par le magistrat». L'élu conservateur estime le «préjudice» à 5,5 millions d'euros et appelle à «rendre l'argent aux Dijonnais».
«Emmanuel Bichot saisit régulièrement le procureur financier», réagit François Rebsamen (FP), conseiller municipal de la majorité et ancien maire de Dijon, «[il] utilise son rôle au sein de la Cour des comptes». «Je m'interroge tous les jours s'il n'y a pas, quand Monsieur Bichot intervient comme ça, sur des rapports qui sont suivis par la Chambre régionale des comptes ici et que, lui, intervient, par dessus ça, en tant que conseiller-maître à la Cour des comptes, un conflit d'intérêt manifeste.» Un propos que Nathalie Koenders (PS), maire de Dijon, requalifiera en «conflit déontologique».
«J'ai dénoncé votre influence auprès de la Cour des comptes parce que ça commence à bien faire de vous voir en tant que procureur financier vous-même», cingle le social-démocrate, «vous essayez d'influencer toujours les rapports de la Chambre régionale des comptes».
«La juridiction que vous avez saisie n'a même pas compté donner suite. (…) Tout cela se réglera par une dénonciation calomnieuse», envisage-t-il puisque la Ville et la Métropole de Dijon ont annoncé avoir déposé une plainte (
lire le communiqué).
Preuve de l'importance donnée à ce point, ce sera la seule intervention du conseiller municipal qui quittera la session juste après.
Axel Sibert pointe «20 millions d'euros de charge nette pour le contribuable»
«On a beaucoup touché aux tarifs de la Cité internationale de la gastronomie et du vin», constate Axel Sibert (LR), opposant non inscrit, «peut-être trop, sans jamais se remettre en question sur le sens qu'on donnait à la Cité de la gastronomie et au pôle culturel que la Ville a acheté sur des fonds publics».
L'opposant pointe un investissement de 15 millions d'euros et totalise depuis le lancement, «20 millions d'euros de charge nette pour le contribuable».
La remarque fera bondir François Deseille qui relativisera la dépense pour les Dijonnais : 7 millions d'euros apportés par la Région Bourgogne-Franche-Comté, 4 millions d'euros par l’État et 4,5 millions d'euros par la commune.
«Pourquoi refaire peser un fardeau supplémentaire sur le contribuable dijonnais sans se poser la question de qu'est-ce qu'on peut améliorer dans le fond à cette Cité de la gastronomie», conclut l'opposant qui appelle à redéfinir le site avec des partenaires dont des vignerons.
«La gratuité viendra mécaniquement creuser le déficit de fonctionnement», analyse Laurent Bourguignat
«Nous ne sommes pas favorable pas principe à la gratuite systématique des musées, en particulier pour les touristes internationaux», indique Laurent Bourguignat (LR, NE) au nom du groupe d'opposition Dijon autrement. «Nous ne pensons pas que la gratuité apportera un surcroît de fréquentation [à la Cité de la gastronomie].»
L'élu gaulliste pointe la dépense de 116.000 euros liée à une mission d'accompagnement à la communication de l'équipement culturel.
«La gratuité aura des conséquences financières dommageables, elle viendra mécaniquement creuser le déficit de fonctionnement», analyse l'opposant qui appelle à un débat «avec lucidité» sur l'avenir de la Cité de la gastronomie.
«Elle n'a pas pleinement trouvé son public», conclut-il, «le concept demeure patchwork». «Ça ne veut pas dire qu'il faut tout jeter, la restauration patrimoniale du site est unanimement saluée. Je crois toujours à cette idée d'un food court à la dijonnaise, authentique, convivial, populaire. (…) Je suis convaincu que ce site a un avenir et pourra être un élément moteur d'attractivité.»
«Les gens veulent du sensoriel», insiste François Deseille
En réponse, François Deseille rappelle «ambition initiale» : «requalifier un espace urbain» et «développer un nouveau pôle d'attractivité en s'appuyant sur l'opportunité du label UNESCO».
En effet, l'équipement culturel et touristique s'insère dans un projet immobilier de 250 millions d'euros, porté par le groupe Eiffage depuis 2014, majoritairement à partir de fonds privés, consistant à réhabiliter l'ancien hôpital général dijonnais après le déménagement des unités sur le site Bocage central.
Le thème retenu a été le Repas gastronomique des Français, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'humanité en 2010. À ce stade, les trois autres projets qui devaient fonctionner en réseau – à Tours, Lyon et Rungis – ont achoppé.
Celui qui soutient François Rebsamen et Nathalie Koenders salue «une réussite architecturale». Il assure que «l'ensemble du quartier se développe» et que les expositions produites voyagent à l'étranger.
«On va augmenter la qualité des expositions temporaires et des prestations qui sont liées», insiste le centriste, «les gens veulent de la gourmandise, du sensoriel, du gustatif».
Au moment du vote, sept élus s'expriment défavorablement – le groupe Agir pour Dijon, le groupe Dijon autrement et les deux non-inscrits – tandis que le groupe Écologistes et citoyens et les membres de la majorité municipale se prononcent favorablement à propos de la mise en gratuité des expositions permanentes qui est donc adoptée à une large majorité.
Jean-Christophe Tardivon








