
En dehors des sujets techniques abordés en conseil municipal, ce lundi 13 avril, la majorité a défendu la Cité de la gastronomie comme «troisième site culturel de Côte-d'Or» tandis que l'opposition calculait que le pôle culturel coûterait «l'équivalent du salaire de 50 policiers municipaux».

Les élus se mettent au vote électronique. Ce fut la principale nouveauté pour le deuxième conseil municipal de la mandature qui débute, ce lundi 13 avril 2026. La session s'est déroulée dans le calme, les nouveaux entrants prenant leurs marques tandis que les sortants renouvelés prolongeaient quelque peu les débats de la campagne, notamment autour des frais de représentation et de la Cité de la gastronomie.
La Ville de Dijon a désormais recours au prestataire Quizzbox, implanté à Clermont-Ferrand, et à son boîtier individuel Votebox, pour recueillir «de façon sécurisée» les décisions des conseillers municipaux. Dans le cas de vote secret, Votebox permet d'avoir un résultat en une minute au lieu d'une séquence pouvant atteindre trente minutes avec bulletins, urne et dépouillement.
Les groupes de la mandature qui débute
Les élus sortis des urnes se sont organisés en groupes politiques en phase avec ce qui était proposé durant la campagne électorale. Certains sont en prolongement direct de la mandature précédente.
Le groupe Écologistes et citoyens disparaît, la liste conduite par Michel Haberstrau (LE) n'ayant pas atteint les 10% au premier tour. En revanche, le groupe Le Rassemblement dijonnais fait son apparition, présidé par Thierry Coudert (UDR), avec trois membres.
Le groupe présidé par Emmanuel Bichot (LR, AD) s'intitule désormais Agir pour Dijon, droite, centre et indépendants. Il comprend neuf membres.
Comme dans la mandature précédente, la majorité soutenant Nathalie Koenders (PS), maire de Dijon, est faite d'une coalition : le groupe socialiste, radical, citoyen et apparentés de 33 membres est présidé par Nuray Akpinar-Istiquam (PS), Les Centristes Dijon-Modem avec 8 membres est présidé par François Deseille (Modem) et Dijon écologie avec 6 membres est présidé par Karine Savina (GE).
Nathalie Koenders s'engage à «rendre public» ses frais de représentation
La session débute véritablement avec le rapport sur le remboursement des frais de représentation des élus municipaux, présenté par Antoine Hoareau (PS), premier adjoint au maire. En particulier, le maire de Dijon dispose d'un crédit de 4.932 euros par an.
Rappelant la polémique autour de l'achat de costumes par François Rebsamen (FP) quand il était maire de Dijon, Emmanuel Bichot appelle à «plus de transparence» par «une publication chaque année en données ouvertes des notes de frais» de Nathalie Koenders.
«Je rendrais public à l'occasion des comptes administratifs les frais que j'engagerai en tant que maire de Dijon», réagit alors la première édile.
Le rapport est adopté à une large majorité, seul les élus du groupe Agir pour Dijon votant contre.
L'enveloppe des indemnités des élus est «stable»
Antoine Hoareau enchaîne avec le rapport sur les indemnités de fonction qui sont fixées au maximum de ce que permet la loi pour le maire – comme dans la mandature précédente – et le premier adjoint. Les autres adjoints, les délégués et conseillers municipaux sans délégation sont sensiblement en-dessous des plafonds. À noter que ces indemnités bénéficient d'une majoration de 25 % liée au fait que Dijon est chef-lieu de département.
Dans le détails, selon la Ville de Dijon, les montants bruts mensuels des indemnités de fonction sont les suivants : 7.450,32 euros pour le maire de Dijon, 3.391,18 euros pour le premier adjoint, 2.676,98 euros pour les autres adjoints, 986,53 euros pour les conseillers délégués et 270,78 euros pour les conseillers sans délégation.
Nathalie Koenders précise qu'elle a fait le choix d'augmenter l'indemnité de fonction du premier adjoint au regard de celles des autres adjoints. La maire de Dijon assure que, dans l'ensemble, l'enveloppe couvrant ces indemnités est «stable» par rapport à la mandature précédente.
Au nom d'Agir pour Dijon, Franck Ayache (UDI) critique la disparité des taux entre les élus au regard de ce qu'autorise la loi.
Le rapport est adopté à une large majorité. Le groupe Agir pour Dijon vote contre et Le Rassemblement dijonnais s'abstient.
Cinq commissions thématiques
Les rapports suivants sont consacrées à la répartition des élus dans les différentes commissions thématiques, la commission d'appels d'offres, les conseils d'administration et organismes extérieurs.
En particulier, la municipalité créé donc cinq commissions : Culture, animation et attractivité, Solidarité, citoyenneté et démocratie locale, Écologie urbaine, aménagement, espaces publics et tranquillité publique, Éducation, petite enfance, jeunesse et sports, Finances, administration générale et personnels.
Leur création et leur composition sont adoptées à l'unanimité.
Une nouvelle exposition temporaire à la Cité de la gastronomie
Le pôle culturel de la Cité internationale de la gastronomie et du vin étant géré en régie publique, la moindre modification tarifaire doit être validée par les élus.
Cela permet au rapporteur François Deseille d'annoncer la prochaine exposition temporaire : à compter du 9 juin, sera affichée «Révolutions dans l'assiette», parrainée par le chef étoilé jurassien Jean-Paul Jeunet et la cheffe pâtissière Johanna Le Pape, championne du monde des arts sucrés 2014.
Le pôle culturel de la Cité de la gastronomie coûte «l'équivalent du salaire de 50 policiers municipaux»
Au nom d'Agir pour Dijon, Axel Sibert (LR) renouvelle ses griefs contre la gestion de l'équipement culturel et touristique et en pointe les vicissitudes (
lire notre article).
En particulier, l'opposant insiste sur la «perfusion massive d'argent public» pour équilibrer les comptes du pôle culturel, à hauteur de 3 millions d'euros par an, soit «l'équivalent du salaire de 50 policiers municipaux».
De son côté, Thierry Coudert exprime sa «réserve» sur le sujet, considérant également que «l'avenir de la partie commerciale est très sombre».
Le financement du pôle culturel représente 19 euros par habitant
«J'ai demandé qu'une réunion soit organisée rapidement, avant le mois de juin, avec les élus du conseil municipal pour expliquer le genèse de ce projet», réagit Nathalie Koenders pour indiquer «les vrais chiffres» aux nouveaux élus et battre en brèche les «
fake news».
«Sur la partie culturelle,(...) ça coûte 19 euros par habitant et par an», précise la maire de Dijon, «pour le musée des Beaux-Arts, c'est 22 euros par habitant et par année».
La Cité de la gastronomie, «troisième site culturel de Côte-d'Or»
«Le pôle culturel se porte très bien», revendique François Deseille qui met en avant les 180.000 visiteurs de 2025, pourtant bien loin des 250.000 visiteurs attendus initialement.
«On est le troisième site culturel de Côte-d'Or», insiste l'adjoint au maire qui, au passage, tacle la Cité des climats et vins de Bourgogne beaunoise : «ils font 20.000 [visiteurs]».
Pour évoquer le dynamisme du pôle culturel depuis le début de l'année, François Deseille indique que le festival Bon a rassemblé 4.000 visiteurs, principalement des élèves côte-d'oriens (
lire notre article).
«La Cité créé un véritable écosystème autour de la gastronomie, avec les universitaires, avec le Centre des sciences du goût et de l'alimentation, avec des startups», défend le membre de l'exécutif municipal qui finit par hausser le ton. «Vous êtes sans arrêt en train de casser Dijon. (…) Je commence en avoir assez d'entendre ça. (…) Vous ressemblez à des vautours, à des charognards qui voient la proie.»
Le propos qui aurait pu entraîner une suspension de séance est encaissé sans sourciller par les opposants.
«Nous avons le droit d'aimer Dijon et de ne pas aimer votre politique», réagit sobrement Emmanuel Bichot qui déplore néanmoins «les attaques personnelles».
Nathalie Koenders exprime son «soutien» aux salariés des établissements du groupe Épicure
En redressement judiciaire depuis avril 2025, les trois établissements du groupe Epicure implantés à la Cité de la gastronomie ont été placés en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Dijon, le 10 avril dernier.
Même si le groupe a fait appel, les clients trouvent désormais les portes closes à La Table des climats, à La Cave de la Cité et au Comptoir de la Cité.
Les établissements sont locataires d'une filiale de Norma Capital à qui le groupe K-Rei a revendu les murs qu'il avait acquis au lancement de la Cité de la gastronomie.
«C'est la partie privée de la Cité internationale de la gastronomie et du vin», a réagi Nathalie Koenders en marge de la session, exprimant son «soutien» aux salariés de ces établissements.
La maire de Dijon incite à «développer les expériences» à la Cité de la gastronomie
Concernant le projet d'hôtel qui n'a pas abouti, la maire de Dijon a indiqué qu'à la suite de la liquidation et de la vente du groupe Naos, une décision judiciaire a confirmé que trois crédits-bailleurs étaient propriétaires des murs. Ils ont engagé «un processus de cession».
Devant les différents déboires des composantes de l'équipement culturel et touristique, la socialiste a appelé à «développer les expériences», en donnant comme exemple «un
espace game autour de la gastronomie».
Acquisitions d’œuvres par le musée des Beaux-Arts
En fin d'ordre du jour, Christine Martin (PS) présente le rapport concernant l'acquisition de trois œuvres par le musée des Beaux-Arts. À cette fin, la Ville de Dijon mobilise 12.900 euros et procédera à des demandes de subventions.
Il s'agit d'un dessin de Philippe-Marie Chaperon (1823-1906) et de deux dessins de Jean Messagier (1920-1999).
Alerte sur les fermetures de classes
La session se termine par l'exposé d'un vœu de la majorité, lu par Franck Lehenoff (PS), concernant la carte scolaire 2026-2027. En raison de la baisse démographique, le rectorat de l'académie de Dijon prévoit 19 fermetures de classe (
lire le communiqué).
«Le nombre de fermetures prévues à Dijon apparaît particulièrement élevé et risque d'entraîner des difficultés pour les élèves, les équipes pédagogiques et les services municipaux», alerte l'adjoint au maire qui appelle donc le rectorat à revoir son projet (voir ci-dessous).
«On comprend la nécessité de maintenir des classes et des écoles dans les territoires ruraux», commente Nathalie Koenders, «pour autant Dijon ne doit pas être la variable d'ajustement». La maire de Dijon souligne «les points de vigilance» concernant les écoles situées dans les quartiers relevant de la politique de la ville ainsi que les classes adaptées.
Le DFCO Féminin pourrait quitter la première division
En marge de la session, Nathalie Koenders s'est exprimée sur le sort de la section féminine du DFCO, qui pourrait ne plus évoluer en première division la saison prochaine. Le déficit de la section atteindrait 1,5 million d'euros. Le président du DFCO cherche donc un repreneur.
La maire de Dijon s'est dite «très attentive au sport en général, au sport féminin en particulier et au football». «Le football féminin a du mal à trouver un modèle économique viable, à Dijon comme ailleurs», a commenté la socialiste, «c'est souvent la section masculine qui permet d'équilibrer». «Le DFCO a cette problématique accentuée parce qu'il joue en National.»
«Il y a encore quelques pistes», veut croire Nathalie Koenders qui relaie toutefois que «le président du DFCO a pris l'engagement qu'il y aurait toujours des sections féminines chez les jeunes».
Jean-Christophe Tardivon
Carte scolaire : l’école ne doit pas être une variable d’ajustement
(communiqué)
Chaque année, l’Éducation nationale élabore la carte scolaire en fonction des effectifs d’élèves, afin de répartir les postes d’enseignants.
Dans ce cadre, la direction des services départementaux de l’Éducation nationale de Côte-d’Or a présenté les mesures envisagées pour la rentrée 2026. Malgré un contexte budgétaire contraint et une baisse démographique, le nombre de fermetures prévues à Dijon apparaît particulièrement élevé et risque d’entraîner des difficultés pour les élèves, les équipes pédagogiques et les services municipaux.
Le projet prévoit 16 fermetures de classes et 3 non-pérennisations d’ouvertures, soit 19 fermetures potentielles sur les 69 envisagées dans le département. En parallèle, il est évoqué l’ouverture de 7 classes et d’une pérennisation sur un total de 23 dans toute la Côte-d’Or.
L’éducation est un pilier fondamental de la République : elle garantit l’égalité des possibles et permet à chaque enfant de construire son avenir et de trouver sa place dans la société. Parce qu’elle est un droit, elle doit offrir à tous les élèves les mêmes conditions d’apprentissage et les mêmes perspectives de réussite, quels que soient leur origine ou leur environnement. Cette exigence ne peut rester théorique et implique des moyens humains et matériels suffisants, des classes adaptées et un accompagnement attentif de chaque élève.
L’enseignement public, laïque et gratuit est le socle de cette ambition républicaine. Il est le garant de la neutralité, de l’inclusion et de l’accessibilité pour toutes et tous. Il permet de faire vivre les valeurs de la République au quotidien, dans le respect des différences et dans la construction d’un destin commun.
L’affaiblir, que ce soit par un manque de moyens, des fermetures de classes ou une dégradation des conditions d’enseignement, revient à fragiliser cet équilibre.
C’est la raison pour laquelle, il convient d’attirer l’attention de l’Education nationale pour un réexamen des situations, au regard des besoins sociaux du territoire :
- Pour favoriser l’inclusion scolaire de tous les élèves. Certaines écoles ciblées bénéficient de dispositifs spécialisés (ULIS, UPE2A, UEMA) dont l’accueil et/ou l’inclusion dans les classes ordinaires rend indispensable la préservation des effectifs. Au-delà des dispositifs spécialisés, certains enfants ont également des besoins éducatifs particuliers nécessitant un accompagnement renforcé par les professionnels.
- Pour favoriser la réussite scolaire de tous les élèves. La fermeture de classes entraînera une augmentation de la moyenne d’enfants par classe pouvant fragiliser les conditions d’apprentissage de tous les élèves. De plus, certaines écoles concernées accueillent des enfants en difficulté, en situation de précarité importante, des enfants allophones ou issus de structures d’hébergement. Aussi, l’indice de position sociale (IPS) de plusieurs écoles ciblées est inférieur à la moyenne des écoles de Dijon, nécessitant une attention particulière sur l’accompagnement des enfants et des familles.
- Pour garantir la réussite et la dynamique éducative de tous les quartiers de la ville de Dijon. La Ville investit, dans le cadre de son programme Ambition éducative, 75 millions d’euros sur 10 ans pour transformer les écoles et améliorer le cadre de vie des enfants. Plusieurs écoles pour lesquelles des travaux sont ou seront engagés sont concernées par des fermetures potentielles.
L’école ne doit pas être une variable d’ajustement. Au contraire, préserver et renforcer l’école publique, c’est faire le choix de l’égalité, de la cohésion sociale et de l’avenir.
Aussi, le Conseil municipal de Dijon, réuni le 13 avril 2026, demande à la direction des services départementaux de l’Éducation nationale de Côte-d’Or de réviser les mesures envisagées.































