
Un parfum de campagne électorale a accompagné le «DOB» du conseil municipal, le 24 novembre dernier. Face aux opposants qui demandaient d'«aller plus loin en matière de sécurité», comme Emmanuel Bichot, Nathalie Koenders a dénoncé de la «démagogie» tandis que François Rebsamen a raillé des «élus de droite qui ne travaillent pas».

À l'approche du dernier budget voté de la mandature, le débat d'orientations budgétaires de la Ville de Dijon, ce lundi 24 novembre 2025, a donné l'occasion effectuer un bilan de l'action de l'exécutif et d'esquisser des thèmes de campagne en vue des municipales.
Pour 2026, l'exécutif poursuit la diminution de la dette communale, maintient le taux municipal de taxe foncière, envisage une relative stabilité des dépenses de fonctionnement et une baisse de l'investissement.
«Nous allons devoir faire moins au même moment où nous sommes le plus sollicités par les attentes sociales», alerte Nathalie Koenders
En abordant le DOB, Nathalie Koenders rappelle la situation nationale, marquée par une incertitude planant sur le projet de loi de finances pour 2026 en ce qui concerne son contenu et son adoption.
Pour contribuer au redressement des comptes publics, le gouvernement prévient les collectivités qu'il envisage de procéder à «des choix stricts : limitation des dépenses, arbitrages plus serrés et contributions directes demandées».
Au congrès des maires de France, la première édile dijonnaise a rappelé que les collectivités ont traversé «six années de crise», de la crise sanitaire aux conséquences de la guerre en Ukraine. «Les communes ont toujours tenu bon, qu'elles soient petites, moyennes ou grandes.»
«Nous allons devoir faire moins au même moment où nous sommes le plus sollicités par les attentes sociales, économiques et sociologiques», alerte la socialiste.
«La trajectoire financière suivie par la Ville de Dijon nous permet d'aborder sereinement cette période», relativise la maire de Dijon, «en cette période anxiogène, les habitants ont besoin de sérénité, de stabilité et de responsabilité». «Nous pouvons nous projeter en ayant confiance en l'avenir, en continuant de faire preuve de prudence mais également d'ambition, nous pouvons rassurer les habitantes et les habitants sur la continuité des services publics et poursuivre nos investissements.»
Un message que l'on imagine pouvoir être repris à l'envie par les tenants de la majorité sortante lors de la prochaine campagne de l'élection municipale dijonnaise.
Contexte macroéconomique
La croissance mondiale est attendue autour de 2,7% en 2026. Celle de la zone euro pourrait ne pas dépasser 0,8%, celle de la France 1%. L'inflation pourrait être limitée autour de 2% dans la zone euro et remonter à 1,3% en France. En France, le taux de chômage pourrait remonter à 8%.
Après deux ans de baisse des taux d'intérêt, la Banque centrale européenne pourrait faire une pause. Le coût du crédit resterait plus élevé qu'avant la crise sanitaire. En 2025, le déficit public de la France représente 5,7% du PIB et la dette publique devrait tendre vers 120% du PIB.
Dijon figure «parmi les villes les moins endettées de France»
En présentant les indicateurs, François Deseille (Modem) défend «la résilience» de la Ville de Dijon, figurant «parmi les villes les moins endettées de France dans notre strate».
À fin 2025, l'encours de la dette est attendue entre 90,7 et 99 millions d'euros (contre 100,6 millions d'euros à fin 2024). La capacité de désendettement entre 2,5 et 3,1 années. L'épargne brute entre 32 et 36 millions d'euros avec un objectif d'être supérieure à 25 millions d'euros en 2026.
En préparant le budget primitif pour 2025, François Deseille avait évoqué un «plancher» de 100 millions d'euros pour la dette. La stratégie de précaution de l'exécutif qui vise à réduire encore l'encours pourrait correspondre à l'évolution de l’État qui tend lui-même à réduire sa participation aux investissements des collectivités locales.
Ainsi, la Ville de Dijon se donne un peu d'air avant de devoir faire éventuellement face à ce que d'aucuns appellent un «mur d'investissement» lié au changement climatique et à l'entretien du patrimoine immobilier.
Baisse de l'investissement
L'exécutif s'attend à une évolution des recettes de fonctionnement en hausse de 0,7% et compte «maîtriser» les dépenses de fonctionnement avec une évolution à hauteur de l'inflation.
Les dépenses de fonctionnement sont donc envisagées à hauteur de 197,5 millions d'euros (contre 199,4 millions d'euros au BP 2025 et 190 millions d'euros réalisés en 2024).
En raison notamment de l'augmentation de cotisations employeurs décidées par l’État, les dépenses de personnels sont attendues en hausse de 2% en 2026, par rapport au BP 2025.
À noter que les tarifs des services publics municipaux devraient augmenter de 1% en 2026.
Les dépenses d'équipement son envisagées entre 55 et 60 millions d'euros (contre 57,3 millions d'euros au budget primitif 2025 et 60,9 millions d'euros réalisés en 2024).
L'exécutif prévoit un emprunt d'équilibre de 30 millions d'euros qui pourrait être revu à la baisse durant l'exercice.
La contribution de la Ville de Dijon au redressement des comptes publics et les différents ajustements demandés par l’État amène l'exécutif à prévoir un «effort budgétaire» d'au moins de 2,4 millions d'euros.
François Deseille constate «une amélioration indéniable de la situation financière»
François Deseille revendique six priorités d'action qui ont présidé à l'élaboration des orientations budgétaires et au futur budget primitif pour 2026 : «améliorer le quotidien des citoyens, usager et associations ; renforcer la tranquillité publique et la sécurité des habitants ; transition climatique et développement durable ; une ville résolument solidaire ; une ville attractive et rayonnante ; embellir l'espace public et moderniser sa gestion».
L'adjoint chargé des finances met en avant la stabilité de la part municipale de la taxe foncière «pour la dixième année consécutive».
«Grâce à l'accroissement régulier de l'épargne brute et de par l'endettement municipale qui n'a cessé de diminuer depuis 2008, on peut dire qu'on constate une amélioration indéniable de la situation financière de notre commune», résume le centriste. «Un jour, il faudra bien se réendetter, allons-y doucement.
Emmanuel Bichot souhaite «aller plus loin en matière de sécurité»
«Le prochain budget dépendra par la suite des élections municipales du mois de mars», rappelle Emmanuel Bichot (LR, AD), «nous n'avons la même vision des priorités pour l'action municipale».
«Nous souhaitons aller plus loin en matière de sécurité, s'agissant notamment de l'effectif de la police municipale ou de la vidéoprotection», insiste le président du groupe d'opposition Agir pour Dijon qui souhaite augmenter le budget dédié à la sécurité rapporté au nombre d'habitants.
Le candidat déclaré pour l'élection municipale (
lire notre article) décline alors les priorités qu'il porte depuis 2020, comme l'entretien du patrimoine immobilier communal – bâtiments historiques, écoles, voirie... –, l'urbanisme – «limiter les constructions nouvelles et favoriser la rénovation du bâti existant en préservant les espaces de pleine terre et en recherchant une harmonie architecturale» –, «fin des projets pharaoniques», ou encore baisse de la part communale de la taxe foncière.
Henri-Bénigne de Vrégille exhorte à «lutter contre les narcotrafics à tous les niveaux»
Pour le groupe Dijon autrement, Henri-Bénigne de Vrégille (HOR) requalifie le DOB de «débat d'auto-satisfaction budgétaire» et enchaîne en appelant à «une politique nettement plus offensive» en matière de tranquillité publique et de sécurité y compris pour «lutter contre les narcotrafics à tous les niveaux».
«Les recettes fiscales de taxe foncière ont augmenté de 20% sur la mandature», calcule l'élu de centre-droit qui appelle à baisser la part municipale de la taxe foncière, de façon à «soutenir les classes moyennes».
L'opposant critique la politique urbanistique menée par François Rebsamen quand il était maire de Dijon et la met également au «bilan» de Nathalie Koenders qui lui a succédé.
«L'endettement de la Métropole [de Dijon] est important», glisse-t-il pour tempérer l'enthousiasme de l'adjoint aux finances au sujet de la dette municipale alors que s'approche un «mur d'investissement» qu'il proposer de financer par «la baisse des dépenses de fonctionnement».
Nathalie Koenders tacle la «démagogie» de Henri-Bénigne de Vrégille
«Si vous pensez vraiment que c'est les communes et les policiers municipaux qui vont lutter [contre le narcotrafic], c'est de la démagogie pure», réagit Nathalie Koenders en rappelant les débats conduits durant le Congrès des maires de France (
lire le communiqué).
«Le narcotrafic reste une compétence de l’État et vous mentez aux gens si vous pensez que c'est les policiers municipaux qui vont s'en occuper», proteste-t-elle en soulignant que la police municipale compte désormais cent agents armés et que la Ville recense 230 caméras de vidéoprotection.
Axel Sibert considère la place de la République comme «une no-go zone»
Pour sa part, Axel Sibert (LR) choisit de cibler certains éléments qui figureront dans le budget primitif prochainement soumis à l'examen des conseillers municipaux, à commencer par des travaux des crèches pour lesquelles il propose d'établir «un plan pluriannuel d'investissement». «Aujourd'hui, vous rattrapez les retards dans l'urgence.»
L'opposant enchaîne en critiquant avec les tarifs différenciés de la restauration scolaire : «ceux qui payent 7,40 euros, aujourd'hui, ce sont les familles qui contribuent déjà le plus, ce sont elles qui vont encore payer davantage». «Vous parlez de solidarité mais le principe s'inverse ; aujourd'hui, certains familles ont plus intérêt à retirer leur enfant de la cantine pour faire des économies plutôt que de participer à l'effort collectif, au détriment même de la mixité sociale que vous présentez comme une de vos priorités.»
À son tour, l'élu non-inscrit, candidat également (
lire notre article), s'intéresse à «la sécurisation de la place de la République», qu'il juge défaillante. «Nous avons une zone à éviter, quasi une no-go zone.»
«Nous nous désendettons alors que la dette écologique ne cesse de grandir», déplore Olivier Muller
Sans attendre le résultat des débats autour de la loi de finances, Olivier Muller (LE) considère que le budget de la Ville de Dijon portera «l'empreinte de l'austérité».
Le président du groupe d'opposition Écologistes et citoyens voit dans «l'injonction faite aux collectivités territoriales de réduire leurs dépenses pour contribuer au rétablissement des comptes de l’État – alors qu'elles ne sont en rien responsables des déficits – constitue un coup dur porté à la transition écologique.»
«Nous nous désendettons alors que la dette écologique ne cesse de grandir faute des investissements nécessaires», enchaîne l'opposant en revenant au débat dijonnais. «Il est temps que Dijon change d'ère», conclut-il en référence au nom de la liste qu'il soutient en vue de l'élection municipale (
lire notre article).
«Chaque débat d'orientations budgétaires a sa dramaturgie», lance Marien Lovichi
Pour le groupe des élus démocrates, écologistes, centristes et citoyens, Marien Lovichi (Modem) se lance dans un propos plein d'éloquence et d'humour, visant à tourner en ridicule les différents opposants et à présenter favorablement le bilan de l'exécutif dijonnais.
«Chaque débat d'orientations budgétaires a sa dramaturgie», lance le centriste, «c'est une pièce de théâtre classique où les rôles sont distribués à l'avance». «La majorité tente d'expliquer l'art difficile de gouverner et il y a les oppositions qui se partagent les rôles de critiques souvent convenues, la plupart du temps stériles et parfois calomnieuses.»
«La réduction des émissions de gaz à effet de serre et notre adaptation au réchauffement climatique» pour guides, selon Karine Savina
Pour le groupe L’Écologie pour vous qu'elle préside, Karine Savina (GE) défend également l'action de l'exécutif.
«La réduction des émissions de gaz à effet de serre et notre adaptation au réchauffement climatique sont devenus primordial et doivent nous guider dans nos choix dans des domaines aussi variés que le transport, le logement, l'entretien du patrimoine scolaire, les prestations périscolaire – notamment la restauration – et les activités sportives et culturelles», développe-t-elle.
Selon Stéphane Chevalier, les priorités de l'exécutif visent à la «protection des Dijonnaises et des Dijonnais»
Selon Stéphane Chevalier (ex-HOR, désormais sans étiquette), les orientations budgétaires présentées sont empreintes de «sagesse» et de «raison». Le président du groupe Indépendants et citoyens salue la stabilité de la part municipale de la taxe foncière et le désendettement.
Les priorités de l'exécutif sont vues comme permettant la «protection des Dijonnaises et des Dijonnais» : «protection des habitants, protection des bâtiments, protection des aidants, des accompagnants, de ceux qui sont engagés auprès des personnes en souffrance»
Hamid El Hassouni cible Les Écologistes, Emmanuel Bichot et Laurent Bourguignat
Pour le principal groupe de la majorité, Hamid El Hassouni (PS) considère comme «inévitable» la contribution des collectivités territoriales au redressement des comptes publics bien que «nullement responsables de la dette abyssale de l’État». Et de défendre les collectivités comme «leviers» de l'économie locale.
À son tour, il applaudit les investissements, envisagés des outils pour «faire de Dijon une référence en matière de solidarité, d'écologie et d'attractivité». «L'écologie n'est pas la propriété d'un seul parti ; notre vision de l'écologie est populaire et non-punitive.»
Le socialiste poursuit pour «dénoncer publiquement l'hypocrisie de Monsieur Bichot et de Monsieur Bourguignat qui, en séance, tirent à boulets rouges sur le logement social mais qui, en privé, m'envoient des courriers pour dire qu'il faut à tout pris soutenir les familles».
François Rebsamen raille «les élus de droite qui ne travaillent pas»
Le mot de la fin revient à François Rebsamen (FP) qui déplore les propos des «élus de droite qui passent leur temps à critiquer l'actuelle majorité sur ce qui a été fait».
«Ils crient ''sécurité, sécurité, sécurité'' parce qu'ils ont vu que c'était premier dans les sondages mais ils n'ont pas compris que les habitants des villes n'attendent pas de la municipalité de mettre fin au trafic de drogue, c'est le problème de l’État», poursuit l'ancien ministre de François Bayrou. «C'est bien de débattre en démocratie mais pas avec des gens qui ne travaillent pas ; (...) tout ce qu'ils savent faire, c'est dénigrer.»
Jean-Christophe Tardivon















