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16/05/2020 05:52

DIJON : La réouverture de la Toison d'Or fait polémique

La préfecture tente d'éteindre les critiques concernant l'ouverture post-confinement du centre commercial. Ce vendredi 15 mai 2020, le préfet de la Côte-d'Or a répondu aux écologistes et une visite de sécurité a eu lieu jeudi pour vérifier les mesures sanitaires mises en place.
Pourquoi maintenir les parcs et jardins fermés et rouvrir les centres commerciaux ? C'est l'interrogation des écologistes notamment. Une certaine défiance vis à vis des hypermarchés et des grands centres commerciaux s'étant accentuée durant le confinement sur fond de critique de la société de consommation et de précautions pour éviter de côtoyer les foules.

Alors que l'autorisation de rouvrir la galerie du centre commercial régional de la Toison d'Or à partir du lundi 11 mai dernier dépendait de la préfecture de la Côte-d'Or, les représentants de l’État se sont mobilisés pour justifier ce choix.

Éviter les agglomérations successives de personnes


«L'accès des Dijonnais aux parcs et jardins nous semble plus essentiel que la réouverture du plus grand centre commercial de la région autorisé par le Préfet !» C'est en ces termes que les élus Europe Écologie Les Verts de la mairie de Dijon ont interpellé le préfet le 15 mai 2020 (lire le communiqué).

Lors d'un point de situation le même jour, le préfet de la Côte-d'Or a répondu en s'appuyant sur la situation vécue à Paris le week-end précédent et en début de déconfinement. «Est-ce que l'on est capable ou non de respecter les mesures barrières ? C'est vraiment ça qui est l'essentiel» a rappelé Bernard Schmeltz. Au principe de distance physique et sociale, consistant à rester à un mètre de distance et à ne pas se serrer la main ou s'embrasser pour se saluer, s'ajoute «une autre règle avec laquelle il faut trouver des conciliations», celle de l'interdiction des regroupements de plus de dix personnes dans l'espace public.

À Paris, au bord du canal Saint-Martin et sur les marches du Sacré-Coeur, «des groupes de deux ou trois personnes ont eu en même temps l'idée d'aller prendre l'air» d'où plusieurs petits groupes amenant «un peu trop de monde sur un espace réduit». La fermeture des parcs et jardins se comprend donc dans le souhait d'éviter que, «par agglomération successive», ne se constitue un grand groupe de personnes. Le préfet se dit vigilant pour accorder des dérogations afin de ne pas se retrouver dans ce scénario-là.

Un plan «très sérieux» de réouverture


Avant le 11 mai, le propriétaire du centre commercial de la Toison d'Or, le groupe d'immobilier commercial Unibail-Rodamco-Westfield, avait présenté aux service de la préfecture un plan qui avait été jugé «très sérieux» par le préfet (lire notre article). En tenant compte du fait que la surface commerciale était inférieure à 40.000 m² et que le chiffre d'affaire n'était dû à une clientèle extérieur à la Côte-d'Or que pour 7% du chiffre d'affaire, l'autorisation préfectorale de réouverture avait donc été attribuée.

Restait à vérifier la bonne application concrète des mesures indiqués sur le papier. C'est ce qu'a fait le directeur de cabinet du préfet, Frédéric Sampson, lors d'une visite de sécurité le 14 mai 2020. Guidé par le directeur du centre commercial, Gauthier Derache, le représentant de la préfecture a étudié les différents aspects venant modifier les habitudes des consommateurs pour renforcer leur sécurité sanitaire alors que le virus SARS-CoV-2 circule toujours dans la région (lire notre article).

Durant le parcours, Frédéric Sampson a insisté sur le fait que la sortie du confinement correspondait au retour à «un régime de liberté» dans lequel «l'autodiscipline et la vigilance de chacun qui nous aidera à éviter une propagation à nouveau de ce virus». Une vigilance à mettre aussi en œuvre lorsque l'on fait du shopping.

Une ambiance sensiblement modifiée


Les clients sont donc invités à respecter des sens de circulation dans la galerie, à se nettoyer les mains régulièrement avec une solution gel hydroalcoolique et à porter un masque de protection. L'opérateur du centre commercial a renforcé le nettoyage des surfaces de contact, condamné l'accès à certains espaces et a établi une jauge pour les clients présents dans la galerie commerciale. Les personnels du centre portent un masque ou une visière.

En particulier, l'usage des écrans tactiles est évidemment à revoir puisqu'il s'agit par définition de surfaces de contact. Il est recommandé de se frotter les mains avec une solution hydroalcoolique avant et après la navigation sur l'écran et de ne pas se toucher le visage entre temps.

Bien que la signalétique soit abondante et de grande taille, les sollicitations visuelles sont tellement nombreuses dans un centre commercial que certains usagers peuvent manquer ces informations de précaution, aussi les vigiles sont amenés à les rappeler.

Tout comme la période est particulière, c'est donc une ambiance quelque peu étrange que les consommateurs peuvent dorénavant découvrir dans le centre. Les rubans de chantier tranchent avec le décorum du bassin d'où sort la nageoire caudale d'une baleine. Les potelets empêchant l'accès aux bancs autour du piano dénotent avec le climat d'insouciance et de flânerie habituellement orchestré dans un espace commercial.
 

Masque recommandé dans la galerie, parfois obligatoire dans les boutiques


La jauge maximale a été fixée à 9.000 personnes pouvant être présentes simultanément dans le centre commercial pour une surface rouverte au public de 36.000 m². La galerie comptant huit portes d'accès, il peut être délicat de gérer l'afflux d'usagers. Un processus a été instauré pour commencer à fermer des portes quand les 70% de la jauge sont atteints et pour empêcher l'accès quand les visiteurs sont à 95% du maximum.

«L'intérêt pour le groupe Unibail-Rodamco-Westfield est d'accueillir tous ses publics dans les meilleures conditions, c'est à dire les visiteurs, les commerçants, les partenaires du centre et aussi les équipes du centre» a indiqué Gauthier Derache. Lors de cette première semaine de déconfinement, le directeur du centre estime la perte de fréquentation à 40% de la normale.

Sur les 160 magasins, 111 sont de nouveau ouverts. En fonction de la taille de la cellule commerciale, les gérants ont reçu des indications sur le nombre de personnes pouvant être accueillis simultanément à l'intérieur. Le calcul s’effectue sur la base de la surface de vente diminuée d'un facteur de 40% et divisée par 4 m² pour obtenir le nombre maximum d'individus pouvant être présents dans une cellule commerciale. Par exemple, pour la grande boutique Zara, ce nombre est dorénavant fixé à 40 personnes. À noter que Primark reste pour l'instant fermé.

Les commerçants ont le droit de demander un port de masque obligatoire pour accéder à leur boutique. Frédéric Sampson incite donc les clients à avoir au moins «un masque dans la poche» pour le positionner sur le visage d'avant d'entrer dans le commerce pour «être en adéquation avec les conditions de sécurité que le commerçant a fixé». En revanche, ce port de masque fait l'objet d'une simple recommandation pour les personnes évoluant dans la galerie.

«Mettre en place un parcours client sanitarisé»


Dans l'espace de la boutique de l'opticien Krys, le port du masque est «apprécié», une façon courtoise de ne pas trop mettre la pression sur les clients. Le gérant de la structure indépendante, Philippe Guillou, a indiqué «avoir revu 100% des process pour mettre en place un parcours client sanitarisé».

L'entrée est filtrée pour ne pas dépasser vingt personnes et des produits désinfectants sont à disposition. L'opticien membre de la coopérative française Krys a signalé que «100% de nos lunettes sont désinfectées après essai». De plus, Philippe Guillou a salué «l'accompagnement du centre» pour homogénéiser les pratiques des commerçants, ce qui lui apparaît comme «une vraie force».

Jean-Christophe Tardivon