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16/07/2021 13:58

DIJON : La sacristie et la rotonde vont retrouver de l’éclat à la cathédrale Saint-Bénigne

La cathédrale Saint-Bénigne de Dijon fait l’objet d’un chantier d’envergure débuté en fin d’année 2019. Sont entreprises les restaurations de la sacristie mais aussi de la rotonde dont la crypte date du XIème siècle.
Dans le cadre de France Relance, le plan Cathédrale représente un investissement de l’État de 80 millions d’euros et concerne 47 cathédrales. Les crédits ont été débloqués pour l’année 2021 et l’année 2022. Ils permettent de financer les entreprises et artisans qualifiés dans les métiers de la restauration du patrimoine.

En Bourgogne-Franche-Comté, 9,6 millions d’euros sont débloqués par l’État pour la restauration et la conservation de quatre cathédrales sur les six dont il est propriétaire. Il s’agit des cathédrales de Nevers, Autun, Sens et la cathédrale Saint-Bénigne à Dijon. 2,6 millions d’euros sont consacrés à cette dernière, classé monument historique depuis 1862.


Plus concrètement, l’État soutient une nouvelle tranche de travaux en cours : la restauration de la rotonde et de sa crypte datant de l’an 1000 et de la sacristie néogothique du XIXème siècle, qui fut construite à partir de 1859 par l’architecte diocésain Jean-Philippe Suisse sous l’inspection d’Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc.

«La rotonde (dont la construction a été dirigée par Guillaume de Volpiano) était dans un état de conservation assez indigne au vu de l’importance exceptionnelle de ce monument pour le début de l’architecture et de la sculpture romane», explique Cécile Ullmann, conservatrice régionale des monuments historiques.

Inspirée notamment du panthéon de Rome et de l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem, la rotonde avait été en grande partie démolie en 1792 durant la Révolution française.

«Donner accès à la rotonde au plus grand nombre»


«Il ne restait que le niveau inférieur, redécouvert au milieu du XIXème siècle au moment de la construction de la sacristie. Il était incompréhensible et même invisible du grand public, aussi bien de l’extérieur depuis la cour de l’école des Beaux-Arts que de l’intérieur». Autrement, la crypte constitue aujourd’hui le dernier vestige d’une rotonde de trois niveaux à l’époque.

La restauration ayant donc été décidée et lancée par la DRAC (maîtrise d’ouvrage), «l’objectif est à la fois de mettre hors d’eau hors d’air un monument qui prenait l’eau de toutes parts pour assurer sa transmission aux générations futures, et de mieux connaître ce monument grâce à des fouilles archéologiques».

Lors d’une visite de chantier ce jeudi 15 juillet 2021, Martin Bacot, architecte en chef des monuments historiques et maître d’oeuvre du chantier, a annoncé que, pour «donner accès à la rotonde au plus grand nombre», un nouvel escalier pour y descendre sera créé côté sud, de même qu’un espace de médiation visant à mettre en avant l’histoire de cette rotonde, sans oublier un accès aux personnes à mobilité réduite.

Dans la cour aujourd’hui recouverte, un plan sera apparent pour «faire ressortir» l’édifice souterrain. Le puits de lumière visible depuis la cour sera armé d’un oeil en vert feuilleté. La restauration envisagée vise aussi à jouer sur les renvois de lumière afin de mieux faire apprécier l’architecture intérieure de la crypte.

La sacristie ravivée


Pour l’heure, bien que l’édifice soit sous terre, sa mise sous abri permet d’assécher progressivement les maçonneries impactées par les infiltrations et l’humidité. Un contrôle hygrométrique est suivi et les premières opérations prévues sur la structure visent à procéder à l’étanchéité de l’édifice.

D’abord, depuis le début du chantier fin 2019, après quatre ans d'études au préalable, c’est la sacristie qui est restaurée, en deux tranches successives. «Plus de 100 m3 de pierres seront remplacées», résume Martin Bacot, pour parler d’une première étape qui doit être terminée en fin d’année 2021. Ont également été refaites la balustrade, la couverture en ardoise de la toiture, ainsi que les sculptures et décorations de la façade.
En s'appuyant sur nombre de documents d'archives, «l'idée est de restaurer la sacristie le plus à l'identique possible».

L’ensemble du chantier sera terminé en fin d’année 2023. Préfet de région, Fabien Sudry a tenu ce jeudi à saluer une opération d’envergure financée par le ministère de la Culture, le coût total du chantier s’élevant à 7 millions d’euros dont 2,6 millions issus on l’a dit du plan de relance. L’occasion aussi pour le préfet de noter que la Bourgogne-Franche-Comté concentre «10 % de l’enveloppe consacrée au patrimoine dans le plan de relance».

Archevêque de Dijon, Monseigneur Roland Minnerath a souligné la pertinence de la restauration entreprise : «Rendons-nous compte que nous avons aujourd’hui à Dijon les vestiges d’un monument du XIème qui n’est pas reproduit ailleurs en Europe. Cette rotonde a un langage architectural unique. Nous avons rendu hommage à l’ingéniosité des architectes de l’époque. Ça nous amène aussi à saluer les architectes d’aujourd’hui et l’État pour rendre à la crypte tout son éclat et son langage. Je suis heureux que le futur parcours ouvert au visiteur s’attachera à montrer les moindres recoins de cette crypte pour en déceler tout le sens. Nous avons là un monument dijonnais qui va attirer je pense les visiteurs du monde entier. La crypte de Dijon est connue de tous les spécialistes de l’histoire de l’art. J’étais à la cathédrale de Spire en Allemagne il y a deux ans et les guides faisaient régulièrement le parallèle avec la cathédrale Saint-Bénigne de Dijon. Nous sommes bien conscients de la chance que nous avons et je souhaite que ce projet ait tout le rayonnement qu’il mérite».

«C’est une fierté pour Dijon»


«C’est un chantier d’une grande ampleur, non seulement par le montant mais aussi par les découvertes qui y sont faites. Cette avec tout ce qu’elle recèle de trésors que la crypte sera un lieu prisé à travers le monde. C’est une fierté pour Dijon», a déclaré le maire de Dijon François Rebsamen, en ajoutant que ces grands chantiers relatifs au patrimoine «mettent à l’honneur les métiers d’art dont nous avons bien besoin».
40 artisans spécialisés de Bourgogne-Franche-Comté sont mobilisés sur le chantier (échafaudages Hussor Erecta, Dufraigne et Jacquet notamment pour la maçonnerie, Atelier Parot pour les vitraux).

En parlant de secrets, le chantier est aussi une ressource archéologique peut-on dire. Dans une pièce faisant office de citerne pour la récupération d’eau à l’époque, des marques de colonnes et chapiteaux datant de la construction de la rotonde ont été retrouvées.

La salle en question servait en fait d’endroit de recueillement pour les pèlerins venus rendre hommage à Saint-Bénigne, dont le tombeau se situe dans la crypte. C’est sur ce tombeau du martyr chrétien du IIème siècle qu’une basilique a été fondée au VIème siècle.
«Une vérité archéologique» qui ne trompe pas selon Sylvain Aumard, archéologue au centre d’études médiévales Saint-Germain et membre associé à l’UMR ArTeHiS de l’université de Bourgogne. Une découverte qui sera inscrite dans le futur parcours de visites, «pour donner encore plus de profondeur à cette rotonde».
Côté sud, c'est l'escalier hélicoïdal de la rotonde qui a été retrouvé. Sa fouille avait pu être intégré dans le projet actuel. Un escalier semblable à celui de Sainte-Sophie à Istanbul.

Sur l’aspect de la découverte, on peut d’ailleurs noter que des visites scolaires sont permises sur le chantier, également ouvert au public avec le service d’art et d’histoire de la ville de Dijon. En façade de celui-ci, les élèves de la classe Patrimoine du collège Rameau ont réalisé une fresque avec l’artiste plasticienne Marige Ott en s’inspirant de la cathédrale.

Alix Berthier
Photos : Alix Berthier

















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