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01/12/2020 19:26

DIJON : «Laissez-nous danser» ou l'incompréhension face à la fermeture des écoles de danse

Une vingtaine de professeures de danse, d'élèves et de parents d'élèves ont manifesté place de la Libération ce samedi 28 novembre avec une chorégraphie à la symbolique à même de faire passer le message : «la danse est essentielle, c'est toute notre vie».

«The show must go on» tonne depuis la sonorisation portable. La pierre de Bourgogne du palais des ducs reflète une lumière dorée et vespérale en cet après-midi de samedi 28 novembre 2020. Le grand sapin de 18 mètres s'impose comme un décor de théâtre. Le cadre se prête ainsi au message de la chanson du groupe Queen : «le spectacle doit continuer».

Mais ce n'est pas un spectacle que les passants applaudissent sur la place, c'est bel et bien une manifestation car l'activité des écoles de danse privées est à l'arrêt. Par une chorégraphie aux mouvements qui reflètent tant la détermination des professeures que l'engagement des élèves, avec autant de poings levés que d'envie de retrouver les salles, les passionnées de la danse présentes ce samedi interpellent les pouvoirs publics.

«Nous demandons la réouverture de nos écoles de danse»


Porte-parole de la vingtaine de personnes rassemblées, Marie Gavino, professeure à Dijon, explique la démarche avec les chaussons de danse autour du cou : «nous demandons la réouverture de nos écoles de danse, nous nous sentons complètement oubliées et on espérait tellement reprendre début décembre, c'est une grosse déception».
La manifestation fait donc suite aux annonces du président de la République et du Premier ministre qui n'ont pas parlé de ce qu'il advient des écoles de danse : «la danse n'est jamais mentionnée par la ministre de la Culture» proteste d'une voix douce Marie Gavino.

De toute évidence, les participantes n'ont pas l'habitude des manifestations revendicatives et les applaudissements chaleureux des passants les encouragent. Le rassemblement a été déclaré à la préfecture et la police nationale est discrètement présente pour assurer la sécurité de l'événement statique.

Pour faire connaître la démarche, la professeure Élodie Baudson a eu recours aux réseaux sociaux et plusieurs enseignantes de Dijon et des environs ont pu se joindre au rassemblement comme Marie-Hélène Pelletier, Carole Bosch, Charlotte Moretti ou encore Anne Papet-Lépine ainsi que Marion-Laure Bugada, professeur de pole dance.

Conservatoires publics ouverts, écoles de danse privées fermées


«Je pense que tout le monde a envie de reprendre» poursuit Marie Gavino car «la danse touche énormément de monde, il y a énormément de petites filles et d'adultes qui viennent à nos cours, on touche pas mal de public». «On ne comprend pas pourquoi les conservatoires, les écoles et les collèges peuvent avoir leurs activités dont la danse alors que nous, nos écoles ne peuvent pas rouvrir» s'insurge Marie Gavino.

«Il y a eu des régimes de faveur pour les conservatoires» analyse Élodie Baudson, «parce qu'eux ont maintenu des activités avec des horaires aménagés en lien avec l’Éducation nationale et ils ont maintenu les activités troisième cycle, parce qu'il y a une visée professionnelle derrière mais, en fait, nous, les écoles privées, on a aussi des élèves qu'on emmène à des niveaux préprofessionnels».

Il semblerait que le hasard technocratique ait rangé les écoles de danse dans la même catégorie que les salles de fitness au regard de la lutte contre la pandémie de Covid-19. «On ne fait pas le même métier» signale pourtant Marie-Hélène Pelletier. «On dépend de la culture mais on n'a pas entendu Madame Bachelot dire quoique ce soit sur la danse [NDLR ministre de la Culture depuis juillet dernier]» déplore la professeure. «Elle ne cite même pas l'enseignement artistique au sens large» renchérit Élodie Baudson.

Il est possible de danser avec le masque


La professeur explique le protocole sanitaire déjà appliqué : «la salle de danse est vide, nos barres sont désinfectées entre chaque cours, les vestiaires aussi, les élèves arrivent habillés, on fait un circuit pour ne pas qu'ils se croisent entre groupes, la salle est suffisamment grande pour qu'ils soient espacés, chose qu'ils respectent bien donc ils ont dû apprendre à l'école, ils ont un pscchiit de gel hydroalcoolique à chaque fois».

Dans leur organisation, les écoles de danse sont donc plus proches des activités sportives d'intérieur que des salles de fitness. Cependant, Élodie Baudson met en avant l'essentiel de la danse : «c'est une pratique artistique, on est libre en tant qu'enseignant d'adapter les contenus pour être sur quelque chose d'un peu moins sportif et d'avantage sur l'artistique pendant une période de crise comme celle-là et on peut danser avec le masque, on est nombreux à l'avoir fait avant même que ce soit imposé».

«La danse, c'est toute notre vie»


Un esprit de responsabilité qui s'exprime symboliquement ce samedi place de la Libération puisque les masques affichent que la danse est «essentielle» pour ces manifestantes. «Nous dire que nous ne servons à rien que l'on est non-essentielle alors que la danse, c'est toute notre vie, c'est insupportable, ça crève le cœur» déclare Marie Gavino.

«On demande juste à ce que ce soit bien clair et cohérent» souligne Marie-Hélène Pelletier, «qu'au même titre que les activités extra-scolaires en intérieur comme en extérieur, nous avons le droit de rouvrir nos écoles parce que c'est notre gros souci, de ne pas être hors la loi». Les écoles de danse privées espèrent à présent que leur message puisse être entendu par les pouvoirs publics.

Jean-Christophe Tardivon