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17/06/2020 05:53

DIJON : Laurent Nuñez a rencontré les syndicats policiers et les élus locaux

Le secrétaire d’État est venu ce mardi 16 juin féliciter les agents engagés dans les interventions de maintien de l'ordre de vendredi à lundi. Il a aussi rencontré des syndicats qui alertent sur les conditions et moyens de travail. François Sauvadet a apporté son soutien. Thierry Falconnet a déploré «le dédain» du ministre de l'Intérieur.
Plusieurs services des forces de sécurité intérieure attendaient de rencontrer Laurent Nuñez après une nuit de lundi à mardi agitée dans le quartier des Grésilles. Près de 150 agents de la gendarmerie, des CRS, de la brigade anticriminalité et de l'unité d'élite du RAID ont eu maille à partir avec une centaine de jeunes habitants du quartier.

Les personnes se revendiquant comme «Tchétchènes» étaient semble-t-il parties ce lundi soir. Au moins quatre interpellations ont été effectuées alors que le calme revenait en milieu de nuit.

Ce mardi 16 juin 2020, la sécurité publique, la direction interrégionale de la police judiciaire, les renseignements territoriaux et le RAID étaient présents à l'Hôtel de Police de Dijon pour échanger avec celui qui avait été expressément envoyé à Dijon par le ministre de l'Intérieur. Laurent Nuñez a été accueilli par Jean-Claude Dunand, directeur départemental de la sécurité publique.

«Les appels répétés au ministre de l'Intérieur ne sont pas entendus»


Les élus locaux souhaitaient, eux aussi, parler à Laurent Nuñez. Notamment le maire de Chenôve car si la situation s'apaisait aux Grésilles, elle se dégradait au sud de Dijon avec dix-neuf véhicules incendiés durant la nuit de lundi à mardi. Thierry Falconnet (PS) a déploré «un quartier mis en coupe réglé pendant toute une partie de la nuit». «Ces faits sont intolérables, inacceptables» a-t-il déclaré, ajoutant que prédominait «un sentiment de colère».

Le maire de Chenôve a mis en cause Christophe Castaner : «les appels répétés, réitérés au ministre de l'Intérieur ne sont pas entendus. (…) Un ministre de l'Intérieur qui nous renvoie vers le préfet avec une forme de dédain, voire de mépris. (…) Il faut attendre de tels événements pour que nous ayons peut-être une réponse, une réponse que nous attendons depuis l'année dernière». Et d'évoquer un appel national de maires demandant à «vivre en paix dans nos communes» relayé par des élus de différentes sensibilités politiques.

Alors que «des bandes rivales, des groupes armés se font justice eux-mêmes sous les yeux de l’État», le maire de Chenôve demande «de la police, de la justice, des éducateurs spécialisés sur nos territoires et que l'on travaille sur le fond, enfin !».

«Mettre un terme à ces bandes armées»


Pour leur part, François Sauvadet (UDI) et Ludovic Rochette (LR) sont venus apporter un soutien aux forces de sécurité intérieure. Le président du conseil départemental de la Côte-d'Or a «dénoncé des «violences inacceptables» et a appelé à «tout mettre en œuvre pour mettre un terme à ces bandes armées». François Sauvadet en a aussi profité pour inviter à la cohérence : «on ne peut pas être le samedi à critiquer les forces de police et la semaine suivante leur demander de venir pacifier».

Soulignant que «les maires ont un rôle fondamental de cohésion sociale», le président de l'AMF 21 a déclaré que «l’État saura que, à ses côtés, il y a les élus de la République, les élus locaux, afin que ces événements cessent et qu'on puisse retrouver plus de sérénité, plus de concorde, c'est le travail des communes d'assurer cette concorde dans tous les territoires de la Côte-d'Or, que ce soit dans toutes les composantes de nos territoires».

Étaient aussi présents les députés Rémi Delatte (LR), Fadila Khattabi (LREM) et Didier Martin (LREM). La Ville de Dijon était représentée par la première adjointe, Nathalie Koenders (PS).

«Les collègues ne vont plus pouvoir continuer comme ça»


Les représentants syndicaux guettaient à leur tour le secrétaire d’État. Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d'Alliance Police Nationale, n'a pas eu longtemps à patienter pour faire passer un message : être reçu par Emmanuel Macron. «Il était grand temps d'être reçu par le président de la République parce que cela dépassait malheureusement la police. Il y a urgence à évoquer le contexte auprès du président parce que les collègues ne vont plus pouvoir continuer comme ça» a déclaré Fabien Vanhemelryck.

Pour le représentant du syndicat policier, «il nous manque des moyens, certes, autant humains que matériels, mais il y a aussi un problème avec la justice et ça fait vingt ans que cela dure et ça serait peut-être temps de prendre le taureau par les cornes».

«Ça fait vingt ans qu'on achète une paix sociale qui n'existe plus, en particulier des ces quartiers. À partir du moment où l'on n'est pas assez sévère, on a un sentiment d'impunité de plus en plus grandissant. C'est un simple constat, amer, et les effectifs de police subissent tout cela à longueur de temps sans pouvoir notamment appréhender les individus. Il faut savoir que le premier soir, ils étaient quinze et, en face, il y avait plus de cent individus» a-t-il tenu à rappeler.

Pour Unité SGP Police FO, Christophe Fernandez a lui aussi réagi au déplacement ministériel dans un contexte de violences urbaines : «on a entendu le secrétaire d’État annoncer un soutien fort du ministre de tutelle bien évidemment, on ne peut que s'en satisfaire. On lui a rappelé un besoin criant en effectifs, un soutien qui passe par des moyens humains, des moyens matériels afin de pouvoir répondre de façon efficace à ce genre d'exactions sans systématiquement avoir besoin d'une force de frappe d'une telle ampleur qu'est celle du RAID»

«À Dijon, la police est très présente»


Devant les critiques concernant le mode d'action des forces de l'ordre, Laurent Nuñez a tenu à rappeler que les policiers étaient intervenus «dès vendredi soir» pour dispersé le rassemblement devant le Black Pearl. Les effectifs étaient aussi présents pour «encadrer» les personnes rassemblées dimanche place Galilée et sont intervenus quand a lieu l'accident du véhicule effectuant des tonneaux. «Les forces de l'ordre ont été présentes tout au long de cette séquence et elles vont le rester» a-t-il martelé en annonçant 150 renforts pour ce mardi soir (lire notre article).

Le secrétaire d’État en a profité pour souligner la doctrine : «on sécurise la voie publique pour éviter de créer des troubles parfois plus grands que ceux que l'on veut contenir et ensuite il y a une action qui est menée en judiciaire, forcément le temps de l'action judiciaire est plus long». Un principe contesté par Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement National s'étant rendue jusqu'à Dijon ce mardi pour le faire savoir (lire notre article).

«À Dijon, la police est très présente. Nous avons des unités qui sont présentes dans les quartiers, nous avons des partenariats avec d'autres acteurs qui sont très importants, avec la commune, avec les bailleurs sociaux, avec les transporteurs. Il y a un partenariat de sécurité qui se met en place dans le cadre de la sécurité du quotidien» a déclaré Laurent Nuñez.

Bien qu'il ait évoqué venir à Dijon pour témoigner de son soutien «à la population locale», Laurent Nuñez ne s'est pas rendu dans le quartier des Grésilles, ce sont les Grésilles qui sont allées au secrétaire d’État. Selon nos informations, une délégation d'une petite dizaine de personnes représentatives des habitants du quartier a été entendue par Laurent Nuñez à la préfecture de Côte-d'Or après que celui-ci a rencontré le maire de Dijon.

Jean-Christophe Tardivon