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08/11/2022 19:17
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DIJON : Le CHU réagit au décès d'une patiente après plusieurs reports d'opération chirurgicale

Ce mardi 8 novembre, l'établissement de santé dijonnais tend à se défendre en mettant en avant le faible nombre de personnels vacataires attribués pour faire fonctionner les urgences. «Les repas ont été commandés, distribués, tracés», assure le CHU alors que se pose la question de la mise à jeun répétée de la patiente.
Ce mardi 8 novembre, le CHU Dijon Bourgogne a exposé lors d'une conférence de presse des éléments d'information sur la situation d'une patiente de 77 ans, admise aux urgences le 23 août dernier pour une fracture et décédée le 31 août après quatre reports d'intervention successifs accompagnés de périodes de jeûne.

Une autopsie a été réalisée. Une enquête est en cours sous l'autorité du procureur de la République de Dijon après une plainte déposée auprès de la gendarmerie de la Côte-d'Or.

Les représentants de l'établissement de santé ont réfuté avoir laissé la patiente complètement à jeun pendant quatre jours, arguant qu'elle avait été nourrie quotidiennement, et ont avancé comme responsabilité une faible mise à disposition de vacations pour ouvrir les salles nécessaires à la réalisation d'opérations chirurgicales.


«C'est un dossier médical complexe qui nécessite un regard expert»


D'emblée, en préambule, Lucie Ligier, directrice générale adjointe du CHU Dijon Bourgogne, a indiqué que «c'est vraiment avec une sincère compassion que nous voulons aborder la situation objet des relais médiatiques».

«La prise en charge des parcours est parfois complexe dans un établissement de santé. Elle est régit par des compétences mais également des protocoles qui garantissent la qualité et la sécurité des soins avec un certain nombre d'éléments qui permettent de s'assurer de leur bonne mise en œuvre», a poursuivi la représentante de la direction.

«C'est un dossier médical complexe qui nécessite un regard expert», a pris soin de signaler Lucie Ligier qui accueille «très favorablement» la mise en place d'une enquête judiciaire.

«L'issue de la prise en charge de cette patiente n'était prévisible. Le CHU, dès début septembre, a réalisé lui-même une première analyse, qui nécessite des compléments, de l'évolution de ce dossier. Nous avons informé notre autorité de tutelle, à savoir l'agence régionale de santé Bourgogne-Franche-Comté, à la fois de la survenue mais également de la réalisation d'une première analyse», a-t-elle précisé.

«Les repas ont été commandés, distribués, tracés»


«Avec notre équipe médical, nous nous associons à la profonde tristesse et le grand désarroi de la famille touchée par cette évolution non souhaitée», a indiqué le Professeur Emmanuel Baulot, chef du service chirurgie orthopédique et traumatologique adulte.

«J'apporte toute ma compassion et mon soutien à cette famille. Le CHU est prêt à répondre», a abondé Corinne Calard, coordinatrice générale des soins du CHU Dijon Bourgogne.

«La personne en cause était une personne de 77 ans qui présentait une fracture du fémur et pour laquelle une indication chirurgicale d'intervention de stabilisation était préconisée», a expliqué le Professeur Emmanuel Baulot.

«Cette intervention n'a pas pu être réalisée dans les délais souhaités du fait de reports intempestifs successifs dus au défaut d'offre de vacation aux services des urgences. Vous savez que pour que les salles soient ouvertes, il faut du personnel qualifié compétent pour pouvoir opérer en toute sécurité de façon réglementaire les patients que nous proposons à la chirurgie», a-t-il développé.

«Ces conditions n'étaient pas remplis ce qui fait que la patiente a du subir plusieurs reports successifs. Qui dit reports successifs dit patiente maintenue à jeun. Cette patiente a effectivement été maintenue à jeun plusieurs jours successifs mais je peux vous assurer que cela a été contrôlé. Après chaque report successif, des repas ont été commandés, des repas ont été distribués et ces faits ont été tracés dans le dossier», a ajouté le Professeur Emmanuel Baulot en insistant sur le fait que «les repas ont été commandés, distribués, tracés».

Selon le CHU, la patiente a reçu chaque jour des repas. La mise à jeun concerne une période de six heures avant une intervention pour l'alimentation solide et de deux heures pour les boissons. «Dès qu'il est su que l'intervention chirurgicale n'a pas lieu, on revient sur rythme d'alimentation de la patiente», a souligné Lucie Ligier.

«L'opération a été reportée quatre fois»


«Il s'agissait d'une patiente qui présentait un certain nombre de comorbidités qui se sont décompensés du fait des reports intempestifs par non mise à disposition d'une vacation chirurgicale dans les délais suffisants. Je pense que l'analyse du dossier et les suites de l'enquête nous donneront des éléments d'éclairage sur les causes du décès. Nous ne disposons pas des résultats de l'autopsie», a continué d'expliquer le Professeur Emmanuel Baulot.

«L'opération a été reportée quatre fois. La cinquième fois, on ne peut pas parler de report puisque la décompensation était telle que la patiente est partie en réanimation», a-t-il mentionné.

«Une situation difficilement gérable de limitation du nombre de vacations offert»


Le chef du service chirurgie orthopédique et traumatologique adulte a défendu les membres de l'équipe ayant prise en charge la patiente, à commencer par le  responsable médical : «j'ai une totale confiance en mon collaborateur responsable médical de l'unité qui travaille avec moi depuis dix ans, qui a toutes les compétences, qui est un expert en gérontotraumatologie, qui est comme nous victime un petit peu de cette situation difficilement gérable depuis un bon moment de limitation du nombre de vacations offert à disposition».

Tout en conservant un certain flou, le chef de service renvoie donc implicitement vers le nombre de personnels vacataires attribués à l'établissement de santé par son autorité de tutelle.

Durant l'été, la problématique des personnels avait été abordée par la directrice générale du CHU Dijon Bourgogne lors d'une visite du ministre de la Santé François Braun tandis que la difficulté d'avoir notamment des infirmières de bloc opératoire en nombre suffisant se faisait jour. En réponse à la situation, le CHU Dijon Bourgogne travaille à implanter une école d'infirmière de bloc opératoire dans ses locaux (lire notre article).

Pas de contact avec la famille


À présent, la direction du CHU Dijon Bourgogne «ressent mutuellement le besoin d'entrer en communication» mais les échanges ont été figés par l'enquête et aucun contact avec la famille n'a pu être établi.

Comme l'indique Lucie Ligier, «le dépôt de plainte a été très rapide de la part de la famille et a engagé le CHU dans une procédure judiciaire qui rend difficile la prise de contact».

Jean-Christophe Tardivon








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