Recherche
Pour nous joindre
redaction.infosdijon@gmail.com
SMS au 07.86.17.77.12
> Vie locale > Vie locale
28/03/2021 21:21

DIJON : «Le climat n'attendra pas, les petits pas ne suffisent plus»

Une manifestation s'est déroulée en musique et dans le calme ce dimanche 28 mars dans les rues du centre-ville de Dijon. Environ 650 personnes ont demandé aux parlementaires d'améliorer le projet de loi Climat et résilience.
Partout en France, plus de 600 organisations appelaient à manifester ce dimanche 28 mars 2021 pour «une vraie loi climat». Dès ce lundi 29 mars, débutera l'examen à l'Assemblée nationale de la loi «climat et résilience», principal texte issu de la convention citoyenne.

«Le gouvernement, après s’être renié sur de nombreux sujets et avoir été reconnu coupable d’inaction climatique, a mis de côté ou considérablement amoindri les propositions de la Convention citoyenne pour le climat que cette loi était censée reprendre», indique Oxfam France dont le groupe local de Dijon est le principal organisateur pour la marche dijonnaise.

«Demander à nos députés de renforcer le projet de loi»


À 14 heures, les premiers manifestants se rassemblent dans le jardin Darcy mais les premières prises de parole ne débutent qu'à 14 heures 30. Pour Oxfam, Emmanuel Soncourt intervient en premier : «incendies en Australie, pluies diluvienne, canicules, sécheresses, le changement climatique n'est pas une perspective, il est déjà là. (…) La France s'est fixée 40% de réduction des gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 1990, c'est bien en-dessous de l'objectif de l'Europe qui est aujourd'hui de 55%. Dans sa rédaction actuelle, le projet de loi ne permettrait d'atteindre dans le meilleur des cas que deux tiers de l'objectif de la France. Il est donc très loin de l'ambition requise».

Après le constat, les revendications : «une quinzaine d'associations dijonnaises s'unissent pour demander à nos députés de renforcer le projet de loi sur des points tels que la rénovation thermique des bâtiments, la réglementation de la publicité pour les produits polluants, l'utilisation des engrais azotés, la proposition de menu végétarien dans la restauration collective, la lutte contre l'artificialisation des sols, la limitation des vols intérieurs en avion. Le projet de loi doit également mieux prendre en compte la justice sociale afin de rendre la transition écologique accessible à tous. Le climat n'attendra pas, les petits pas ne suffisent plus, il faut aller et plus vite».

«Artificialiser, il n'en faut pas ni à la ville, ni à la campagne»


Une représentante de l'association des Amis des Jardins de l'Engrenage prend ensuite la parole : «il faut lutter contre l’artificialisation des sols. Artificialiser, ce sont des conséquences irrémédiables pour des dizaines d'années. Artificialiser, il n'en faut pas ni à la ville, ni à la campagne. Il y a des solutions : rénover les logements, déconcentrer les activités, réellement mesurer la pertinence des activités envisagées. Les grands projets mégalos et inutiles ne pourront plus se faire dans le monde d'après». En fin de manifestation, l'association appellera à prolonger l'après-midi en se rendant aux jardins.

Un porte-parole de Greenpeace s'approche du micro désinfecté entre chaque passage : «il faut savoir qu'aujourd'hui en France, le logement et le bâtiment, c'est 20% des gaz à effet de serre qui sont émis. (…) Actuellement, en France, on a 5 millions de logements qui sont des passoires énergétiques, des logements qui sont indignes, qui coûtent chers à ceux qui habitent à l'intérieur, qui coûtent à leur santé, des gens qui souffrent d'infections respiratoires, des gens qui souffrent au niveau des articulation, qui ont des problèmes psychologiques». Le porte-parole déplore que l'interdiction de louer ces passoires énergétiques n'interviennent qu'en 2028.

«Le commerce passe avant la planète»


Un représentant d'Attac s'approche pour dénoncer les effets sur le climat des accords de libre-échange : «ces accords sont particulièrement dangereux, les plus connus sont le CETA avec le Canada, le Mercosur avec les quatre pays d'Amérique latine, le JEFTA avec le Japon... D'autres aussi ont été conclus ou sont en négociation avec le Vietnam, Singapour, Mexique, Australie, Nouvelle-Zélande... Le CETA a été ratifié par notre Assemblée nationale mais pas encore par le Sénat en raison de la crise sanitaire mais il faut savoir qu'il est déjà appliqué à 90% et seuls les tribunaux d'arbitrage n'ont pas encore été ratifiés par les États européens. (…) Dans ce traité, comme dans tous les accords commerciaux, le principe de précaution n'est pas repris, pas plus que le respect des Accords de Paris, montrant par là que le commerce passe avant la planète».

«Le mot vélo n'est pas cité dans la loi climat»


C'est à pied qu'un porte-parole d'Ensemble à Vélo dans l'Agglomération Dijonnaise vient intervenir : «25% du dégagement de CO2 en France est lié au transport, 40% des déplacements en voiture font moins de 3 kilomètres. Nous pensons que le vélo est une excellente alternative tant sur un aspect environnemental que sur un aspect économique, c'est ce qui coûte le moins cher, et un aspect santé publique également. Le mot vélo n'est pas cité dans la loi climat. C'est quelque chose qui, apparemment, n'intéresse pas nos politiques».

Devant ces critiques récurrentes, le gouvernement a d'ores et déjà répondu que, sur plusieurs aspects, des propositions de la convention citoyenne seraient reprises dans d'autres lois que la loi Climat et résilience.

Marche citoyenne apartisane


Vers 15 heures, ce sont environ 650 personnes, selon la police, qui s'élancent pour une marche citoyenne où les drapeaux de partis politiques sont bannis. Pour autant, de nombreuses personnalités politiques participent. Les élus de l'écologique politique sont les plus nombreux : Catherine Hervieu, Claire Mallard, Stéphanie Modde, Laurent Monnot, Olivier Muller et Souad Samade pour Europe Écologie Les Verts, Fabien Robert, Jean Rappenne et Benoît Bordat pour Cap Écologie (fusion de Cap 21 et de l'Alliance Écologiste Indépendante), Karine Savina pour Génération Écologie, Sylvain Nocquard pour les Nouveaux Démocrates et Patricia Marc pour La France Insoumise. L'absence d'élu socialiste est remarquée par les participants.

En musique, le cortège se dirige vers la place de la République par le boulevard de la Trémouille. Oxfam est en tête, les militants d'Action non-violente Cop 21 assurent la sécurité. La manifestation étant déclarée à la préfecture, des motards de la Police nationale ouvrent également la voie.

Derrière l'«urgence climatique» d'Oxfam et «Dijon Nécropole» des Jardins de l'Engrenage , les militants d'Europe Écologie Les Verts tiennent une grande banderole affichant le portrait officiel d'Emmanuel Macron à l'envers et reprenant la promesse du président de la République de légiférer «sans filtre» à partir des propositions de la convention citoyenne pour le climat afin de la parodier en «100 filtres».

En plus des structures déjà citées, sont aussi présents : les Amis de la Terre Côte d'Or, ATD Quart Monde Dijon, DITES, FDD PACE, Il est Encore Temps Dijon, Mouvement pour une Alternative Non Violente et Youth For Climate Dijon.

«Le nucléaire n'est pas écolo-compatible»


Place de la République, le cortège fait une pause pour de nouvelles prises de parole. Du côté des Amis de la Terre Côte-d'Or, on considère qu'«on est loin du compte» en termes de réduction de gaz à effet de serre et qu'il est «important d'agir localement» alors que «les élus, d'une façon générale, sont ultra-timides».

Le réseau Sortir du nucléaire demande si «le nucléaire est une bonne solution pour lutter contre le changement climatique». Des «non» fusent en chœur car «le nucléaire n'est pas écolo-compatible».

ATD Quart Monde demande à son tour de «changer nos référentiels et nos indications de mesure, en particulier PIB. (…) Une étude réalisée avec des personnes en situation de pauvreté comme co-chercheurs (…) a fait émerger neuf indicateurs de pauvreté dont deux qui nous concernent vraiment avec la loi climat, c'est la maltraitance institutionnelle.

«C'est l'état d'urgence pour la décroissance»


Alors que le cortège s'est dégarni, les manifestants repartent en direction de la place du Théâtre par la rue Jean-Jacques-Rousseau en scandant maints slogans comme «les solutions, on les a, on ne baissera pas les bras» ou «et un, et deux, et trois degrés, c'est un crime contre l'humanité». Un bref «Anti, anti, anti-capitaliste» se fera même entendre brièvement accompagné d'un «à bas l’État, les flics et les patrons».

«La culture, c'est pas que pour les riches, la culture, c'est pas que les pauvres» est lancé au micro en arrivant place du Théâtre pour un temps d'expression en commun avec les intermittents du spectacles occupant le Grand Théâtre afin de contester la prochaine réforme de leur régime d'assurance-chômage.

L'arrivée de la marche se fait peu avant 16 heures 30, place de la Libération, au son de «We will rock you» de Queen avec des paroles quelque peu modifiées : «marche pour climat, c'est l'état d'urgence pour la décroissance, on est déterminé à ne rien lâcher, tapons dans les mains et chantons pour demain, oui on veut tout changer, changer». La dispersion se fait dans le calme et très progressivement alors que tout le monde profite du soleil printanier.

Jean-Christophe Tardivon