
Réunis ce mardi matin au Palais des Congrès de Dijon, près de 500 professionnels de santé mentale venus de toute la France ont participé à la deuxième édition du Congrès Réhab. Organisé par les équipes du Centre Hospitalier La Chartreuse, l’événement a mis en lumière les avancées de la réhabilitation psychosociale et de l’intervention précoce...
Ce mardi matin, le Palais des Congrès de Dijon accueillait la deuxième édition du Congrès Réhab, un événement national gratuit et ouvert à tous sur inscription, réunissant professionnels de santé, chercheurs, étudiants et personnes concernées autour des enjeux du rétablissement en santé mentale.
Trois ans après une première édition ayant réuni près de 300 participants, le congrès franchit un nouveau cap avec près de 500 participants venus de toute la France. Une progression saluée dès l’ouverture par Emmanuelle Juan, directrice du Centre Hospitalier La Chartreuse.
« Cette progression, c’est bien plus qu’un chiffre. Elle témoigne d’un véritable mouvement collectif », a-t-elle déclaré devant un amphithéâtre comble.
Cette nouvelle édition était consacrée à un thème devenu majeur en santé publique : « l’intervention précoce au service du rétablissement ». À travers conférences, échanges d’expériences et interventions d’experts nationaux, le congrès a mis en avant l’importance d’agir dès les premiers signes des troubles psychiques afin d’éviter les ruptures scolaires, sociales, familiales ou professionnelles.
« Intervenir tôt, c’est éviter que les difficultés ne s’installent durablement. C’est préserver des trajectoires de vie », a rappelé Emmanuelle Juan.
Dans une prise de parole très personnelle, la directrice du CH La Chartreuse a évoqué sa découverte récente du champ de la santé mentale et des pratiques portées par les équipes dijonnaises.
« J’ai découvert des mots que je ne connaissais pas : la réhabilitation psychosociale, la psychoéducation, la remédiation cognitive ou encore l’intervention précoce », a-t-elle expliqué. « Mais derrière ces mots, j’ai découvert des professionnels qui refusent le fatalisme. »
Elle a également salué le travail du Centre référent de réhabilitation psychosociale de Bourgogne (C2RB), structure portée par le CH La Chartreuse et reconnue au niveau national pour ses dispositifs innovants destinés à favoriser le rétablissement des personnes vivant avec des troubles psychiques.
Depuis plusieurs années, le C2RB développe en effet des approches associant réhabilitation psychosociale et intervention précoce afin de prévenir les ruptures de parcours et favoriser l’autonomie des patients.
Le docteur Pierre Besse, président de la Commission Médicale d’Établissement du CH La Chartreuse, a insisté sur la capacité de l’établissement à conjuguer innovation et psychiatrie de terrain.
« Nous sommes un établissement ouvert », a-t-il affirmé. « Nous gardons le socle de la psychiatrie du quotidien tout en permettant l’émergence de nouvelles façons de travailler. »
Il a salué l’engagement des équipes du pôle de réhabilitation mené notamment par la docteure Juliette Martin : « Ce qui est formidable, c’est l’engagement de toutes les équipes. Des médecins aux infirmiers, des psychologues aux soignants, chacun accompagne au quotidien ces jeunes avec un engagement remarquable. »
Le professeur Jean-Christophe Chauvet-Gelinier, chef du pôle Psychiatrie du CHU Dijon Bourgogne, a souligné la portée nationale du congrès et l’importance stratégique de l’intervention précoce dans les politiques de santé mentale.
« Aujourd’hui, vous bénéficiez ici à Dijon d’un congrès de niveau national et international », a-t-il déclaré.
Selon lui, les troubles psychiques représentent un enjeu majeur encore insuffisamment reconnu : « Les pathologies mentales sont des maladies majeures. Elles émergent très tôt et nécessitent des moyens importants. »
Le professeur a rappelé que l’intervention précoce ne concernait pas uniquement les psychoses émergentes mais l’ensemble des troubles psychiatriques : troubles de l’humeur, addictions ou troubles des conduites alimentaires.
« Agir vite, c’est influencer une trajectoire potentiellement funeste », a-t-il insisté.
Il a également mis en avant l’importance de la pair-aidance, largement abordée au cours de cette journée, notamment à travers l’intervention remarquée d’Abigaïl Barrand, connue sous le nom de « Voyageuse au naturel », engagée dans la déstigmatisation des troubles psychiques.
« La pair-aidance transforme l’expérience de la maladie en compétence thérapeutique », a expliqué le professeur Chauvet-Gelinier, plaidant pour une meilleure reconnaissance de ces fonctions encore peu structurées.
Présente au nom de l’Agence Régionale de Santé Bourgogne-Franche-Comté, Lucie Ligier a réaffirmé le soutien des pouvoirs publics à ces démarches innovantes.
« Les sujets de santé mentale sont au cœur des préoccupations de l’ARS », a-t-elle assuré, rappelant que la santé mentale constitue désormais une priorité nationale.
Elle a notamment évoqué le récent rapport national consacré aux « 10 mesures d’urgence pour le repérage et l’intervention précoce en santé mentale », remis au ministère de la Santé en février dernier.
« Nous devons construire une psychiatrie plus préventive, plus inclusive, plus accessible et davantage tournée vers le rétablissement », a-t-elle affirmé.
La directrice générale adjointe de l’ARS a également insisté sur la nécessité de développer une véritable « psychiatrie de transition » adaptée aux adolescents et jeunes adultes, davantage articulée avec les acteurs éducatifs, sociaux, médico-sociaux et universitaires.
Au fil de la journée, les participants ont également pu échanger autour de la mission interministérielle dédiée à l’intervention précoce, assister à des conférences d’experts nationaux et découvrir le village de la réhabilitation psychosociale, réunissant une vingtaine de stands venus de tout le territoire métropolitain.
Au-delà des dispositifs et des débats scientifiques, cette deuxième édition du Congrès Réhab aura surtout porté un message commun : celui d’une psychiatrie qui refuse la fatalité et qui mise sur la prévention, la coopération et le rétablissement.
« Continuer à croire au possible, parfois même avant que la personne concernée puisse y croire elle-même », résumait Emmanuelle Juan en ouverture de cette journée particulièrement suivie.
Manon Bollery







