
Enseignante de profession, la candidate soutenue par le Parti des travailleurs a effectué un focus sur les sujets scolaires lors d'une réunion publique, ce samedi 7 mars. La militante d'extrême-gauche a critiqué la «marche à la guerre déjà enclenchée au niveau du pays».

Parmi les surprises des municipales de 2026, figure la présentation d'une liste du Parti des travailleurs qui s'est constituée discrètement depuis juin dernier. Ce samedi 7 mars 2026, à 10 heures, salle Camille Claudel, s'est tenue la première des deux réunions de campagne de la formation d'extrême-gauche soutenant la liste Pour la défense des services publics, contre l'économie de guerre.
L'heure matinale a été choisie expressément. Un espace pour enfants a été installé en désignant des hommes pour s'en occuper. Là aussi, un choix volontaire à la veille de la Journée internationale pour les droits des femmes.
Dans la salle, les participants sont arrivés au compte-gouttes tandis que défilaient sur un écran des images des luttes sociales du XXème siècle, des contestations contemporaines anti-guerre – en particulier à Gaza et en Iran –, et des portraits de figures historiques dont Clara Zetkin, fondatrice de de l'Internationale socialiste des femmes, en 1907. Au final, la réunion a été suivie par une trentaine de personnes dont une vingtaine de colistiers.
Entre trotskisme et lambertisme
L'histoire du Parti des travailleurs remonte aux années 1950 quand Pierre Boussel, alias Pierre Lambert, prend des positions divergentes avec le Parti communiste internationaliste, d'obédience trotskiste.
Il développe alors un «courant lambertiste» en fondant l'Organisation communiste internationaliste, en 1952, qui deviendra, de scissions en changements de nom, le Parti des travailleurs, en 1991, puis le Parti ouvrier indépendant, en 2008, le Parti ouvrier indépendant démocratique, en 2015, avant de s'appeler de nouveau Parti des travailleurs, depuis 2023.
Le Parti des travailleurs conteste le principe de propriété privée, défend la République sociale et laïque ainsi qu'un système électoral représentatif assorti d'une liberté syndicale.
En leur temps, Lionel Jospin, Jean-Christophe Cambadélis et Jean-Luc Mélenchon ont milité au sein du courant lambertiste. À noter que François Rebsamen (ex-PS, désormais FP), actuel président de la Métropole de Dijon, est passé par le militantisme trotskiste dans les années 1970 mais, lui, au sein de la Ligue communiste révolutionnaire.
Camille Joyeux est membre du Parti des travailleurs depuis 2015
Âgée de 40 ans, professeure des écoles à Dijon, Camille Joyeux est membre du Parti des travailleurs depuis 2015. Elle a occupé des fonctions dans un syndicat enseignant par le passé.
Parmi ses colistiers, figurent «des personnes de tous les secteurs, beaucoup d'enseignants et de salariés de la protection de l'enfance». Un quart des colistiers sont membres du Parti des travailleurs.
À l'élection municipale dijonnaise de 2008, la liste du Parti des travailleurs – menée par René Carruge et centrée sur la contestation de la fermeture de l'hôpital général – avait récolté 1,63% des suffrages.
En 2020, quelques colistiers de Camille Joyeux, dont Jacques Gaillard, actuel secrétaire départemental par intérim du Parti des travailleurs, figuraient sur la liste Dijon en commun, menée par Arnaud Guvenatam (alors LFI, désormais L'Après). Ce dernier soutient la liste Dijon change d'ère pour ces municipales de 2026.
«Le budget fait payer la note des préparatifs de la guerre à la population»
Après un préambule de Christine Colin, mandataire financière, portant sur les conditions de travail des femmes, les violences conjugales, «la politique de guerre» imputée à Emmanuel Macron et la défense des droits des femmes, Camille Joyeux débute son propos, sans sonorisation, en critiquant les interventions militaires américaines et israéliennes en Iran et au Liban ainsi que l'implication de la France.
«Tous ceux qui devraient s'opposer à la politique d'Emmanuel Macron, tous ceux qui la critiquent en paroles, l'appliquent en réalité, ils relaient sa politique à Dijon, Parti socialiste en tête», considère la militante trotskiste. «Le budget, imposé par Macron-Lecornu par 49-3, fait payer la note des préparatifs de la guerre à la population. C'est qu'on appelle la guerre intérieure que mènent Macron et son gouvernement contre leur propre population, contre les travailleuses et les travailleurs. (…) Ce n'est ni aux familles, ni aux travailleurs de payer pour leur sale guerre.»
«Une liste d'organisation de la population contre cette politique de destruction»
La candidate poursuit en ciblant Nathalie Koenders (PS), maire de Dijon sortante et candidate à sa succession avec la liste Dijon écologique, sociale, attractive, et François Rebsamen puis déplore que «la droite et l'extrême-droite» ne voient le recrutement d'agents municipaux que sous l'angle de la sécurité.
«En tant que femme, mère, travailleuse, enseignante, je ne peux que constater que le débat de ces élections n'évoque absolument pas les besoins urgents de la population», lance l'oratrice qui aborde les conditions de vie des femmes dans les logements sociaux, l'enveloppe de «200.000 euros amputés à la petite enfance par la municipalité sortante», le «blocage» du recrutement et de la formation d'ATSEM et d'animateurs, les «sommes dérisoires» consacrés aux écoliers.
«Notre liste est une liste d'auto-défense, d'organisation de la population contre cette politique de destruction, à l'intérieur comme à l'extérieur de la ville et du pays», clame Camille Joyeux qui appelle à prendre la parole pour «élaborer ensemble le mandat» dans le cadre du «combat pour une vie digne pour tous et contre la guerre et l'exploitation».
«Cette marche à la guerre est déjà enclenchée au niveau du pays»
Étudiant en droit à Dijon, Louis Seulin dénonce alors la situation des étudiants, principalement en matière de logement et d'alimentation et fustige «l'avenir promis par Macron» vu comme «un service militaire volontaire, avec une solde de 800 euros par mois et, en échange, pour mourir dans un pays dont les intérêts ne sont pas les nôtres».
«C'est important de parler de la jeunesse qui est entraîné dans cette acculturation de la guerre», réagit Camille Joyeux qui fustige les classes défense dans les collèges. «Cette marche à la guerre est déjà enclenchée, au niveau du pays, au niveau de la jeunesse, en permanence, dès l'école. (…) Les enseignants, les jeunes s'organisent pour lutter contre.»
Les «combats à mener»
Parmi les «combats à mener», les participants dans la salle évoquent la contestation des fermetures de classes, la semaine de quatre jours à l'école – qui ne fait pas l'unanimité parmi les mères de famille présentes –, les budgets alloués au périscolaire et aux centres de loisirs, l'enseignement du français pour les enfants allophones primo-arrivants, les «horreurs» en matière de logement sociaux, notamment avenue Paul-Doumer, – «puisque les bailleurs sociaux n'isolent pas les bâtiments, ce n'est pas aux locataires de payer les factures» –, et dans le quartier Montmuzard – où «des logements prennent l'eau» –, ou encore «le stationnement qui devient impossible» notamment autour du CHU.
Focus sur les sujets scolaires
«Le kit de fournitures scolaires de Madame Koenders, on s'en passe», lance Camille Joyeux, durant les échanges, au sujet de la proposition de Nathalie Koenders de remettre gratuitement un kit de fournitures scolaires aux écoliers dijonnais.
«Ça n'augmente pas le budget par enfant», note la candidate qui suggère plutôt de passer le montant annuellement attribué par la Ville de Dijon aux écoles de 39 à 80 euros par enfant. Cette somme permet aux enseignants d'acquérir du matériel et des livres. «On veut une augmentation du budget pour que les familles n'aient rien à débourser, (…) pour que les familles n'achètent que le cartable et une trousse.»
Dans la foulée, l'enseignante critique le changement de fournisseur de matériel scolaire, désormais une entreprise intervenant dans toute la France – après un prestataire beaunois – et qui s'approvisionne largement en Chine : «ce n'est pas du matériel de qualité».
«Quand les communes ont été obligées de passer à 4 jours et demi, elles en ont profité pour privatiser un sacré paquet d'agents municipaux», enchaîne la militante trotskiste, «certaines, en revenant 4 jours on réopérer des coupes budgétaires». «La semaine à 4 jours permet aux personnels de ménage de ne pas faire le ménage le mercredi. (…) Il y a des écoles où les enseignants passent le balai. On est dans un problème de moyens et de recrutements d'agents municipaux. (…) On demande un périscolaire gratuit. (…) Dans les villes à 4 jours, il y a très peu d'enfants qui restent le mercredi après-midi mais ils ne sont pas non plus en train d'errer dans les rues. A priori, les familles s'organisent.»
Au passage, l'oratrice demande l'abrogation la loi Debré qui encadre le financement par les collectivités des écoles privées : «l'argent public, c'est pour les écoles publiques».
«Rendre le parking de l'hôpital gratuit»
La candidate prône une gestion des transports publics urbains en régie publique pour adapter les tarifs à toutes les situations particulière» dont les familles monoparentales et les personnes en situation de handicap.
«Les personnes qui ne sont pas dans le centre piéton ne viennent pas parce que le prix des stationnement est prohibitif et le prix des transport, pareil», poursuit Camille Joyeux qui considère, en particulier, que «les musées gratuits, c'est très bien pour les gens qui ont l'habitude d'aller au musée». «Les populations de Mansart, des Grésilles, de Fontaine d'Ouche, qui sont aux extrémités de la ville, qui n'ont pas de possibilité de se rendre concrètement en centre-ville n'y vont pas. (…) On ne se déplace pas. (…) Ça fait partie d'une politique qui exclut, qui divise.»
Au passage, la militante anticapitaliste propose de «rendre le parking de l'hôpital gratuit» car «quand vous essayez de circuler autour de l'hôpital, même sans chercher à se garer, c'est compliqué».
Une seconde réunion de campagne
Le meeting s'est terminé en lançant un appel au financement de la liste auprès des participants. Camille Joyeux a donné rendez-vous aux citoyens, le mercredi 11 mars, à 18 heures, salle Lucie Aubrac, pour la seconde réunion publique de campagne.
Au-delà, le 30 mars prochain, à Chenôve, le Parti des travailleurs tiendra son assemblée générale départementale. Au programme, figure déjà la création d'un «comité électoral» pour «faire vivre la liste» après les municipales.
Jean-Christophe Tardivon
Composition de la liste Pour la défense des services publics, contre l’économie de guerre
Liste soutenue par le Parti des Travailleurs
(communiqué)
1. JOYEUX Camille, professeure des Ecoles, 40 ans
2. MONIOTTE Christophe, responsable d’exploitation, 42 ans
3. LYON Claire, responsable d’équipe, 42 ans
4. CARILLO Franck, transporteur médical, 32 ans
5. LOTH Karine, professeure des Ecoles, 51 ans
6. DEFAUX David, AESH, 24 ans
7. KINDT Emmanuelle, ouvrière en agro-alimentaire, 55 ans
8. MONGILARDI Gilles, agent de fabrication, 42 ans
9. COURVOISIER Sabine, éducatrice spécialisée, 36 ans
10. SEULIN Louis, étudiant, 19 ans
11. PETOT-MAUGRAS Nelly, assistante maternelle, 57 ans
12. PAGET Paul, brasseur, 30 ans
13. DAUER Amandine, adjointe administrative, 31 ans
14. GAILLARD Jacques, enseignant retraité, 74 ans
15. BALLAUD Elodie, éducatrice en protection de l’enfance, 41 ans
16. DEFOSSE Nicolas, professeur des Ecoles, 29 ans
17. BOUILAKMANE Nadia, monitrice éducatice, 53 ans
18. SOUCELIER Laurent, AESH, 42 ans
19. LANNEAUX Audrey, médiatrice familiale, 44 ans
20. BULLIER Rémi, sans emploi, 29 ans
21. BARUET Tiphanie, assistante commerciale, 40 ans
22. VIGNAUD Alexandre, enseignant, 46 ans
23. PERRON Anne, assistante sociale, 43 ans
24. SAUVAGEOT Nicolas, enseignant, 47 ans
25. JEHANNO Marie, professeure des Ecoles, 43 ans
26. CHUPIN Simon, adjoint technique, 53 ans
27. CLEMENT Isabelle, retraitée, 63 ans
28. PERRIN Guillaume, étudiant, 24 ans
29. CHAHRAN Delphine, sans emploi, 49 ans
30. DEMELIN Gaël, diagnostiqueur immobilier, 39 ans
31. JOSSE Marie-Ange, aide-soignante, 48 ans
32. RUFFIN Nathanaël, étudiant, 26 ans
33. MAUME Christine, enseignante, 58 ans
34. SAFIAH Mahmoud, retraité, 59 ans
35. BARBEY (JOUVET) Jeannine, retraitée, 90 ans
36. VAROL Tafik, technico-commercial, 38 ans
37. PHILIPPOT Cindy, technicienne de laboratoire, 38 ans
38. BOUIN Yves, retraité, 74 ans
39. DA SILVA Léa, gestionnaire, 26 ans
40. LAVANANT Yves, enseignant, 60 ans
41. BASILIO Marie Thérèse, retraitée, 73 ans
42. MARSOT Bruno, retraité, 67 ans
43. VANDEL Marie, agent technique, 41 ans
44. VARIOT Xavier, enseignant, 53 ans
45. RICOUT Jeanne, professeure des Ecoles, 29 ans
46. LEGRAND Yves, chef de projet informatique, 52 ans
47. DELIANT Audrey, professeure des Ecoles, 49 ans
48. ELJAOUI Talib, livreur installateur, 28 ans
49. MONNOT Claudie, retraitée, 67 ans
50. YENCESSE Xavier, masseur-kinésithérapeute, 42 ans
51. THIEDEY Isabelle, retraitée, 78 ans
52. JOYEUX Arthur, enseignant-chercheur, 42 ans
53. DROIN Marie-Anne, retraitée, 69 ans
54. BIERENT Nicolas, archéologue, 60 ans
55. CHAVERIAT Concepcion, retraitée, 91 ans
56. GAND-ROY Patrick, retraité, 75 ans
57. RHETY Danielle, retraitée, 76 ans
58. BONY Alain, retraité, 80 ans
59. CHAUMERON Morgane, esthéticienne, 28 ans




