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10/07/2020 13:28

DIJON : Le Premier ministre Jean Castex pour l’ordre républicain et contre la stigmatisation des Grésilles

Alors que la première étape de la visite ministérielle de ce vendredi 10 juillet s’est déroulée parmi les forces de l’ordre, la suite était beaucoup consacrée au quartier des Grésilles en lui-même, au cadre républicain devant être maintenu mais aussi à l’écoute des habitants et des acteurs sociaux du quotidien. Les échanges ont été francs.
À la mairie annexe des Grésilles, le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur, Jean Castex et Gérald Darmanin, devaient rencontrer une assemblée d’habitants et de représentants associatifs.
Cinq membres du conseil citoyen étaient au rendez-vous, de même que des représentants de l’Acodège, la MJC des Grésilles, l’AFEV, Grand Dijon Médiation, la Coursive Boutaric, du centre multimédia, du centre social et de Zutique Productions.

Les députés LREM Fadila Khattabi, Didier Martin et Didier Paris étaient aussi présents, de même que le député LR Rémi Delatte. Pour la Ville de Dijon et la Métropole, François Rebsamen était accompagné de plusieurs élus dont sa première adjointe à la ville de Dijon Nathalie Koenders mais aussi son adjoint Hamid El Hassouni.

«Qu’on vienne nous reprocher de nous être défendus, ça ne passe pas…»


«Comment cela se fait-il que quand les événements se sont passés le préfet en personne s’est dit en insécurité dans le quartier pour expliquer son non-déplacement ? A côté de ça, la population a été livrée à elle-même et on lui a reproché de se défendre toute seule… Il y a eu des réactions maladroites et les auteurs ont été condamnés, mais excusez-moi il y a eu une certaine légitimé des habitants, seuls, de vouloir se défendre. Ils se sentaient vraiment en insécurité. Des erreurs ont été commises mais quelque part, on a été délaissés. Les acteurs du quartier ont fait leur travail en disant que la Police allait arriver, mais qu’on vienne nous reprocher de nous être défendus, ça ne passe pas… Certains ont été licenciés», a déploré Hamid, un habitant du quartier, non loin de l’entrée où allait se tenir la réunion.

«Les accusés, ce ne sont certainement pas les forces de l’ordre»


«Nous sommes venus pour nous rendre compte», lui a assuré le Premier ministre avec à ses côtés le ministre de l'Intérieur. En voulant préciser : «Je voudrais qu’on ne se trompe pas. Vous avez dit : nous avons été agressés. Il y a des gens qui ont commis des violences. Vous savez qui c’est. Les vrais coupables, ceux qui sont à l’origine de ces violences, on sait qui c’est et nous appelons à ce qu’ils soient sanctionnés avec la plus grande sévérité. Ils sont venus mettre la panique dans ce quartier».

Jean Castex a alors insisté sur la teneur de ses propos depuis le début de la matinée à Dijon : «Les accusés, ce ne sont certainement pas les forces de l’ordre. Elles ont fait leur travail. Toutes celles et ceux qui ont concouru à ces désordres doivent être punis. Mais que l’on ne se trompe pas de cause. La Police est là pour nous protéger, tous. C’est une action collective. On doit faire cesser, prévenir et réprimer ces actions. Je suis aussi venu ici avec le ministre apporter un message d’apaisement. Respectons-nous les uns les autres, c’est le fondement de la société républicaine. Et des comportements ne sont pas tolérables dans la République, à Dijon ou ailleurs. C’est en unissant nos forces que nous les combattrons. Nous devons, ensemble, repartir de l’avant».

«La vérité, c’est que les gens ont été abandonnés»


Le sentiment aux Grésilles, c’est que le dysfonctionnement des services de l’Etat et des forces de sécurité n’est pas admis.

«Nous on a passé 72 heures ici... 72 heures à se cacher, vraiment. Quand des personnes traversent la France pour trois jours de camping et qui reviennent pour tabasser des gens, à un moment donné, la réalité est à prendre en considération. On veut travailler ensemble c’est une évidence mais si vous voulez que votre discours soit audible, il faut dire la vérité. La vérité, c’est que les gens ont été abandonnés. On condamne les armes, sans exception. Une dernière chose, nous sommes la communauté républicaine, nous ne sommes pas la communauté maghrébine. Il y en a marre d’entendre ça sur toutes les chaînes d’infos. Ce ne sont pas les Tchétchènes contre les Maghrébins. On est Français et républicains», a affirmé Malik de l’association Emeraude.

La sécurité, question de collectif selon le Premier ministre


Au sein de la mairie annexe, Jean Castex a répété son intention de «savoir comment ça s’est passé», en montrant que ce nouveau gouvernement n’est pas indifférent à ces événements ayant meurtri tout un quartier et une ville.

En voulant s’intéresser au quotidien des habitants et associations du quartier, le Premier ministre a tenu à dire que «la sécurité ne se résume à une question de maintien de l’ordre public et de répression». Une manière pour lui de dire que la question est large et qu’elle doit être traitée collectivement...
À plusieurs reprises aux Grésilles, le Premier ministre a d’ailleurs fait remarquer la présence du maire de Dijon François Rebsamen, dont des habitants ont eux salué l’attitude durant les événements.

Jean Castex n’a pas voulu stigmatiser Dijon sur la question des violences urbaines. «Je sais que ça, ce n’est pas Dijon», a-t-il déclaré devant les élus locaux et les représentants associatifs.
Eux qui ont reconnu la démarche du Premier ministre accompagné du ministre de l’Intérieur de venir jusqu’aux Grésilles, auprès des habitants, et qui ont souhaité recentrer les échanges sur le plan social, en parlant et en pensant «aux jeunes qui sont éloignés de l’emploi mais qui veulent tout de même s’en sortir».

«Quels sont les moyens qu’on va mettre demain dans ces quartiers-là ?»


Des moyens supplémentaires ont été demandés pour «remobiliser ces jeunes vers l’emploi. Il faut des moyens humains car ces jeunes ont besoin d’y croire. Qu’on mette plus de choses, plus de social, dans ces quartiers-là».

Au «Comment ça s’est passé ?» répété par le Premier ministre, les habitants et acteurs du quartier cherchent plutôt à comprendre «Comment on en est arrivés là ?».
«Quels sont les moyens qu’on va mettre demain dans ces quartiers-là ? Ce sont les habitants qui vivent cette situation au quotidien. C’est vous qui conduisez les politiques du gouvernement», a interpelé Mounir Ezzoubi, responsable de l'éducation spécialisée à l’Acodège.

La visite ministérielle s’est terminée en fin de matinée dans la salle des tombeaux au musée des Beaux-Arts, puis à l’hôtel-de-ville pour un échange républicain.

Au terme de la visite, Jean Castex a insisté sur ses propos tenus tout au long de la matinée : la volonté de venir à Dijon pour son premier déplacement en province, le fait d’avoir été choqué par les événements en tant que citoyen avant tout (il n’était évidemment pas Premier ministre au moment de ceux-ci), venir voir sur place la réalité…
«Le gouvernement de la République ne tolérera jamais ce genre de comportements ultra-violents. C’est un message de grande fermeté que je suis venu porter ici», a-t-il affirmé.

Sur proposition du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, la création de 20 postes de policiers supplémentaires ont été annoncés.

«Ne pas assimiler Dijon à ces exactions»


«Je n’ai pas souhaité, c’est le deuxième sens de ma visite, que quiconque puisse assimiler Dijon et ses quartiers à ces exactions», a-t-il ajouté, pour saluer les actions de fond «qui se conduisent pour lutter contre la violence».

L’occasion pour le Premier ministre de parler de l’approche par les territoires : «Le gouvernement entend poursuivre et renforcer cette approche. Faisons confiance aux territoires».
Dans la crise sanitaire, à propos de laquelle Jean Castex a rappelé l’importance des masques, et en plus avec une crise économique dont nous n’en sommes qu’aux premières répercussions, le Premier ministre en appelle au collectif, dans la concertation et le dialogue, en impliquant toutes les collectivités dans la déclinaison et les mises en place locales du plan de relance.

«Le ciment républicain»


«Il y a dans tout ça une forte cohérence, c’est le ciment républicain. Si l’ordre public se délite, si la laïcité est mise à mal, si la vie quotidienne de nos concitoyens ne perçoit pas l’action de l’Etat et du service public, alors la République se portera mal et nous sommes là pour qu’elle se porte mieux, à Dijon comme partout sur le territoire national», a déclaré pour finir le Premier ministre.

Jean-Christophe Tardivon
et Alix Berthier

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