
«Les modes de visite ont évolué», constatent les professionnels de l'office du tourisme métropolitain, ce mercredi 13 août. Alors que se profilait le pic de la canicule, les créneaux de visite du matin affichaient complet. Les touristes interrogés se sont montrés enthousiastes à l'issue de leur découverte de Dijon.

En tant que destination touristique, Dijon a franchi un cap. Après 20 ans d'efforts des pouvoirs publics et des professionnels du secteur pour développer l'attractivité, les visiteurs passent désormais, en moyenne, plus de deux nuitées à Dijon.
Même si la ville compte toujours une large part de touristes faisant une pause d'une seule journée – agrémentée d'une visite – au gré d'un long trajet à travers la France, les séjours tendent donc à s'allonger.
Cette dynamique se ressent également dans la fréquentation. Les habitants croisent désormais tout au long de l'année des visiteurs le regard fixé sur un plan ou les yeux en l'air à la recherche d'un détail architectural. Néanmoins, l'affluence reste la plus importante en juillet et en août, période qui, changement climatique oblige, conduit à composer avec des vagues de chaleur.
Ce mercredi 13 août 2025, jour du pic de la canicule en cours,
Infos Dijon est allé à la rencontre de touristes matinaux pour recueillir leurs témoignages tandis que Kévin Marguin, responsable accueil et boutique des antennes de l'office de tourisme de Dijon Métropole, a expliqué comment la chaleur influait sur la réservation des visites proposées.
Plus 2% de passages à l'office de tourisme en juillet
«Dijon a toujours une belle santé touristique», se félicite Kévin Marguin car l'été a bien débuté pour l'office de tourisme métropolitain. La fréquentation des points d'accueil a augmenté de 2% en juillet par rapport au même mois de l'année dernière. «Il y a énormément de gens qui viennent visiter.»
Parmi les touristes, on recense une moitié venant de France, une moitié venant de l'étranger : Suisse, Allemagne, Belgique et Pays-Bas principalement. Depuis deux ans, les Italiens sont de plus en plus nombreux, ce qui a conduit l'office de tourisme à recruter une Italienne.
«Rester deux nuitées change la façon de consommer le territoire de la métropole»
«Pendant longtemps, Dijon était une ville de passage avec des demandes sur la journée», indique Kévin Marguin, «rester deux nuitées change la façon de consommer le territoire de la métropole».
«Les gens demandent un carnet de séjour sur deux ou trois jours, voire parfois des gens séjournent plusieurs semaines et rayonnent sur le territoire bourguignon», précise-t-il. Ainsi, les touristes peuvent s'informer pour aller dans le Morvan ou même jusqu'à Dole.
Dans ce contexte, de nombreux visiteurs venant des États-Unis, de Russie, du Brésil et même d'Australie se montrent très intéressés par le monde du vin. Ils ont tendance à séjourner à Dijon puis à rayonner dans le vignoble bourguignon.
«Il y a beaucoup plus de gens le matin»
«Les modes de visite ont évolué», constate Kévin Marguin, «quand il y a des vagues de chaleur, il y a beaucoup plus de gens le matin, jusqu'à 14 heures, puis un flux disparate l'après-midi ; quand la météo est plus clémente, les flux de fréquentation sont plus alignés de 9 heures 30 à 18 heures».
Parallèlement, les visiteurs s'informent des découvertes qu'ils peuvent faire l'après-midi en précisant la recherche de fraîcheur.
La plupart des réservations de visites guidées se font la veille pour le lendemain. Une moitié depuis les accueils, une moitié par Internet.
Les trois produits les plus demandés sont la montée de la tour Philippe le Bon, les Ateliers moutarde en partenariat avec la Moutarderie Fallot et la visite guidé «Dijon découverte».
Dans les accueils, les visiteurs sont conseillés en fonction de la composition du groupe et de l'éventuelle présence d'enfants ou de personnes âgées.
Le planning des agents de l'office de tourisme évolue aussi
Chaque semaine, Kévin Marguin effectue un point en lien avec les prévisions météo avant de transmettre des indications à l'ensemble de l'équipe.
En période de fortes chaleurs, même si les accueils restent ouverts jusqu'à 18 heures, un nombre plus important de conseillers en séjour est planifié les matins plutôt que les après-midi.
«Le tourisme à Dijon reste possible et agréable même en période de fortes chaleurs», souligne Kévin Marguin, «on essaie de protéger au maximum les visiteurs mais, pour des questions de sécurité, on ne prend pas de risques».
Sensibilisation des conseillers en séjour
«On fait une importante sensibilisation interne en début de saison pour expliquer à tout le monde de prendre soin des personnes», explique Kévin Marguin. «En période de fortes chaleurs il faut être alerte face aux signes de malaise».
Des agents de l'office de tourisme ont été formés à la santé et à la sécurité au travail : «ils sont là pour intervenir, pour anticiper et éviter les problèmes aux périodes de fortes chaleurs».
«On a mis en place des actions en interne pour le confort de nos employés», précise Kévin Marguin. Des fontaines d'eau potable sont positionnées dans les points d'accueil ; elles peuvent aussi servir à remplir les gourdes des visiteurs.
De plus, l'accueil de la rue des Forges est voisin du PC sécurité de l'Hôtel de ville puisque tous les deux sont situés dans le palais des ducs de Bourgogne. La Cité de la gastronomie et la gare sont également dotées d'un PC sécurité.
Une carte des lieux ombragés et une liste de visites appropriées peuvent être remises aux visiteurs. «Les gens prennent conscience de l'intérêt d'un vrai conseil en séjour», remarque le professionnel du tourisme.
Des montées de la tour Philippe le Bon dès 8h30
Face à la chaleur, «c'est notre métier de s'adapter», assure Kévin Marguin, «nos conseillers en séjour sont également les personnes qui accompagnent les visiteurs pour la montée de la tour Philippe le Bon».
Des visites qui peuvent commencer dès 8 heures 30 – avant même l'ouverture de l'antenne de la rue des Forges qui a lieu à 9 heures 30 – et arrêter à 14 heures. Habituellement, la plage horaire s'étend de 10 à 18 heures.
«Il faut décaler l'effort physique à des périodes plus clémentes», glisse le responsable des accueils, une remarque qui vaut autant pour les touristes que pour ses collègues.
«Les retours très positifs», s'enthousiasme-t-il. La preuve : durant cette semaine de canicule, les créneaux les plus matinaux sont régulièrement complets.
À noter que le Consortium a fait de même, avec des ouvertures le matin plutôt que l'après-midi. Par ailleurs, le musée des Beaux-Arts et la Cité internationale de la gastronomie et du vin ouvrent toute la journée en raison de leurs espaces climatisés.
«Les guides savent s'adapter aux fortes chaleurs»
À l'extérieur, «les guides savent s'adapter aux fortes chaleurs», poursuit Kévin Marguin. «Ils vont aller aux endroits ombragés et vont demander si le rythme de marche n'est pas trop élevé». «Dijon est une belle vile avec beaucoup de monuments, il y a des endroits ombragés qui permettent de s'adapter. Exceptionnellement, les guides peuvent entrer dans les églises pour se rafraîchir.»
Certaines visites guidées peuvent être annulées en milieu d'après-midi, «c'est une caractéristique inhérente du métier».
Montée de la tour Philippe le Bon par 25° C
Ainsi, sensibilisée à la problématique des fortes chaleurs, Lucille, conseillère en séjour durant l'été et étudiante dans le secteur du tourisme, accueille des visiteurs matinaux devant les portes de l'office de tourisme encore fermées, ce qui ne manque pas d'intriguer les participants.
Rassurés par l'arrivée de leur accompagnatrice, les touristes se préparent à gravir les 316 marches de la tour Philippe le Bon par une température dépassant déjà les 25° C à l'ombre. En raison de l'espace réduit au sommet de la tour, la jauge est de 18 personnes.
L'ascension se déroule en plusieurs étapes, ponctuées d'explications historiques sur les ducs de Bourgogne. Au sommet, une belle lumière d'été valorise la vue offerte sur les toits et monuments de Dijon.
À la découverte de Dijon par 30° C
Guide touristique francophone et germanophone depuis trente ans, Sylvain Bientz se prépare à commenter la visite «Dijon découverte» en milieu de matinée. La température avoisine déjà 30° C.
La veille, Sylvain Bientz a commenté la visite du Puits de Moïse en début d'après-midi, en s'abritant de la chaleur dans la chapelle de la chartreuse de Champmol pour dispenser la plupart des explications. Il a enchaîné peu après avec une visite nocturne de Dijon, produit qui tend à être de plus en plus recherché (à retrouver en juillet et août, les mardis, vendredis et samedis à 21 heures, sur inscription).
«Les visites sont maintenues et chaque guide s'adapte», déclare le professionnel du tourisme en accueillant les inscrits du jour – parmi lesquels des Francs-Comtois, Anglais et Belges – précisant que, durant une heure trente, les étapes se feront quasi totalement à l'ombre, le parcours se terminant dans un jardin arboré.
Des transitions entre le passé et le présent
Selon l'office de tourisme, «Dijon découverte» constitue «une balade incontournable pour comprendre l’histoire de la cité des ducs [de Bourgogne] et admirer les plus beaux monuments du secteur sauvegardé».
Au début de son propos, le guide campe donc la situation actuelle de Dijon et brosse l'arrière-plan historique sans trop charger de références mais en citant évidemment les emblématiques ducs de Bourgogne.
Au gré du parcours, des éléments contemporains sont évoqués également comme l’œuvre «Point de vue» de l'artiste Philippe Ramette – plus couramment surnommée «La Chaise» par les Dijonnais et visible rue Longepierre – ou encore le geste architectural en cuivre d'Yves Lion lors de la rénovation du musée des Beaux-Arts, visible depuis la cour de Bar.
Les transitions entre le passé et le présent sont ponctuées de souvenirs comme celui du temps où la place de la Libération servait de parking aux bus de tourisme.
Pour les amateurs de vin, le lien est établi notamment avec Beaune ou encore le château du clos de Vougeot en évoquant les climats du vignoble de Bourgogne, qui fêtent, cette année, les dix ans de leur inscription au Patrimoine mondial de l'UNESCO (
lire notre article). Ce sera la seule étape – très brièvement – en plein soleil du fait de la position de la plaque commémorative à l'entrée de la cour d'honneur.
Pour autant, il est palpable que les inscrits ont une tendresse particulière pour la «trilogie» des spécialités dijonnaises – que la simple évocation fait saliver à l'heure du déjeuner –, à savoir la moutarde, la crème de cassis et le pain d'épices.
Un propos adapté à la découverte de Dijon par fortes chaleurs
La visite est conçue comme une première approche du patrimoine dijonnais aussi le propos inclut des éléments permettant de prolonger la découverte. Ainsi, en raison de la chaleur, Sylvain Bientz ne manque pas d'esprit pratique en signalant, depuis la place du Théâtre, l'axe de la rue Charbot-Charny et de la place Wilson pour rejoindre, en temps voulu, le parc de la Colombière.
De la même façon, le guide précise qu'en dehors des musées, il est possible de trouver de la fraîcheur au sein de la cathédrale Saint-Béngigne, d'autant plus si on visite le premier niveau, récemment restauré, de la rotonde édifiée au tournant de l'An Mil (
lire notre article).
Après avoir souhaité que les inscrits du jour deviennent des «ambassadeurs de Dijon», la visite se termine par un conseil bienvenu : «mettez-vous à l'ombre, buvez frais».
«On commence à voir de plus en plus de personnes qui portent une ombrelle»
Avec le recul, Sylvain Bientz confirme «une évolution des attentes» car, de plus en plus, «les personnes privilégient les visites à l'intérieur, en milieu climatisé, comme les musée des Beaux-Arts, ou, pour les visites comme Dijon découverte, privilégient un horaire en matinée ou en soirée».
La canicule n'est donc pas un frein pour les visiteurs qui modulent leurs pratiques si tant est qu'ils le peuvent. Car, en effet, certains touristes restent tributaires du planning établi, surtout lors d'une étape d'une journée à Dijon, et font alors en sorte de supporter la chaleur de l'après-midi.
Dans ce cas, le passage place de la Libération entraîne parfois que des personnes se déchaussent pour passer les pieds dans l'eau des lignes de fontaines sans bassin.
«On commence à voir de plus en plus de personnes qui portent une ombrelle», relate également le guide.
Témoignages de touristes à Dijon
Sarah et Augustin, habitant Bruxelles, ont effectué «un super bel arrêt» d'une journée sur le trajet depuis les montagnes de Savoie en direction de la Belgique.
«Une visite guidée, c'est toujours une chouette façon de découvrir la ville, d'avoir quelqu'un qui explique», indique Sarah. «Ça permet de commencer la journée et de savoir tous les bons petits endroits qui sont recommandés et avoir des idées sur quoi faire le reste de la journée», enchaîne Augustin.
«C'était génial», concluent-ils à l'issue de leur «Dijon découverte», «on veut vraiment recommander». «Le guide a parlé de beaucoup tout en étant toujours intéressant et en ayant une voix qui porte bien.»
Béatrice et Christophe, habitant Aix-en-Provence, font une étape de deux nuitées sur leur trajet vers Saint-Malo. Ils ont été attirés à Dijon par «la moutarde» et «l'histoire des ducs de Bourgogne» ; sur les conseils d'un agent de l'office de tourisme, ils ont donc choisi une visite guidée de façon à «approfondir l'histoire». «Dijon découverte» leur a paru «très sympa» et même «enrichissante».
Pour l'après-midi, les Provençaux ont opté pour la fraîcheur du musée des Beaux-Arts avant de parcourir «tranquillement» les rues du centre de Dijon.
Jacqueline et Joël, habitant Thionville, sont venus à Dijon afin de voir de la famille durant une semaine. L'horaire du matin de «Dijon découverte» leur a été conseillé à l'office du tourisme.
«Je viens assez souvent mais je ne connais pas tout ; chaque fois, je fais une visite», confie Jacqueline tandis qu'il s'agit d'une première dijonnaise pour Joël, originaire d'Esparron-de-Verdon. «J'aime bien faire des visites avec des guides parce qu'on passe à côté des choses sans savoir ce que c'est.»
Josiane et Gérard, habitant Argenton-les-Vallées, ont fait étape d'une journée à Dijon sur la route du retour depuis Strasbourg. Pour ces voyageurs en van, «la proximité de Beaune» et le positionnement au début de «la route des vins» a joué dans le choix de cet arrêt dijonnais.
«Dijon est une super surprise, on ne pensait pas que la ville était comme ce qu'on a découvert», témoigne Gérard, «ça donne envie de prolonger un peu».
«Quand on arrive dans une ville, la première chose que l'on fait, on va à l'office de tourisme», explique-t-il. Le matin même, les Deux-Sévriens ont pris un des premiers créneaux proposés pour une visite.
«Comme on nous a bien vendu la visite du musée, on va faire un tour au musée, je n'aurais pas cru que c'était gratuit», glisse Gérard tandis que Josiane souhaite, durant l'après-midi, mieux voir l'escalier Gabriel et la salle des États de Bourgogne. «J'ai trouvé que le palais des ducs était magnifique !»
Charles-Étienne, originaire du Québec, habite Lyon et «adore» Dijon où il est déjà venu plusieurs fois : «c'est une magnifique ville». Il a souhaité faire découvrir la ville à Benoît, Québécois venu en touriste, durant une journée.
«Inévitablement, on doit aller acheter de la moutarde», confie Charles-Étienne, installé pour un rapide déjeuner sur une table du jardin de l'hôtel de Vogüé, «puis, on doit trouver de la crème de cassis». Au passage, les deux visiteurs ont prévu de visiter au moins l'église Notre-Dame.
Incités par des amis ayant déjà visité Dijon – «qui ont trouvé la ville très belle» –
Christelle et Pascal, habitant Roanne, ont fait le déplacement pour la première fois, durant trois jours de «petites vacances». «Je ne connaissais pas le cœur de Dijon», indique Pascal, «il est très joli».
«On a choisi l'horaire à cause de la chaleur», précisent-ils à propos de leur montée à la tour Philippe le Bon, «hier, on a fait le Parcours de la Chouette, le matin aussi». L'après-midi, les vacanciers ont prévu de se détendre au bord du lac Kir. «On apprécie notre séjour à Dijon, on reviendra sûrement !»
Jean-Christophe Tardivon












































































