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28/11/2023 13:00

DIJON : Les acteurs de la sécurité civile se testent au cours d'un exercice attentat

Ce mardi 28 novembre, près de 600 professionnels sont intervenus selon un scénario simulant une tuerie de masse au stade Gaston Gérard.
L'exercice de sécurité civile basé sur le scénario d'un attentat terroriste provoquant une tuerie de masse s'est déroulé au stade Gaston Gérard, ce mardi 28 novembre 2023, à Dijon.

Les grandes lignes du scénario : une explosion au niveau de la billetterie du stade au moment d'une rencontre sportive est suivie d'un périple meurtrier à l'intérieur du stade par plusieurs terroristes, augmenté d'une prise d'otages nécessitant l'intervention du GIGN.

GIGN, police, SDIS, CHU... Du stade à l'hôpital, 600 professionnels ont été mobilisées sous l'égide de la préfecture de la Côte-d'Or.

Le scénario


Peu après 13 heures, une première explosion retentit à l'intérieur du périmètre du parc des sports, au niveau de l'entrée du stade Gaston Gérard... La première alerte amène un équipage de police à se rendre rapidement sur les lieux et à se positionner à l'entrée du site, près de la billetterie.

Les policiers apprennent rapidement qu'un terroriste a fait exploser une ceinture d'explosifs. L'enjeu est de porter secours en restant en sécurité et d'évaluer le danger comme la présence potentielle d'autres terroristes.

Des victimes parviennent à rejoindre le parvis du stade. Des palpations ont lieu pour vérifier que les personnes ne présentent pas de danger, les premiers secours sont apportés, les identités sont relevées.

Les militaires de la force Sentinelle rejoignent les premiers policiers qui pénètrent en petits groupes dans le périmètre. Des échanges de tirs s'entendent à l'extérieur.

En état de choc, des victimes sont écartées du parvis et pris en charge par un second niveau de policiers. Les personnes sont de nouveau fouillées.

Un centre de commandement des opérations est établi à la préfecture qui centralise les informations et décide de faire appel à l'antenne du GIGN de Dijon.

Des spectateurs ont été pris en otages. La préfecture entame une négociation alors que le scénario contient des chausse-trappes. Quatre terroristes sont annoncés, puis trois et de nouveau quatre.

Le GIGN donne l'assaut. Les terroristes sont tués. Deux spectateurs sont retrouvés morts.

Les vérifications pour écarter les risques de sur-attentat permettent de retrouver un véhicule piégé.

Le site sécurisé, sapeurs-pompiers, urgentistes et officiers de police judiciaire peuvent accéder jusqu'aux victimes et à la scène de crime.

Les blessés sont évacués vers le poste médical avancé puis le point de rassemblement des victimes, installés sur le parking et à l'intérieur de la patinoire. Les secours s'affairent pour catégoriser les blessés.

Les plus gravement atteints sont brancardés pour être transportés par le SMUR au CHU Dijon Bourgogne où des opérations ont été déprogrammées pour libérer des blocs opératoires.

Le bilan


À 17 heures, le périmètre de restriction de circulation est levé autour du stade, l'exercice est terminé. Les représentants des différents acteurs se retrouvent à la préfecture pour un premier retour d'expérience.

Le bilan victimaire de la simulation fait état de 13 tués dont les 4 terroristes, 13 personnes gravement blessées prises en charge en urgence absolue, 15 personnes blessées prises en charge en urgence relative et 45 personnes impliquées notamment psychologiquement.

Les principaux acteurs


Brigadier-chef Sébastien Louis
Direction départementale de la sécurité publique de la Côte-d'Or
« Les primo-intervenant sont confrontés à la sortie des premiers blessés qui vont essayer de se sauver. Ils vont les prendre en charge, assurer la sécurité de ceux qui vont intervenir ensuite, et s’occuper de la prise en charge psychologique des victimes. Cela passe par des palpations, des fouilles, un début d’identification.
« La présence des civils dans ce genre d’entrainement est vraiment importante. L’arrivée massive de personnes, on n’est jamais confronté à ça. On gère quelques victimes dans des accidents par exemple mais là c’est vraiment un flux massif et en plusieurs vagues.»
« Le niveau 1 correspond à la police-secours de tous les jours. En niveau 2, ce sont des forces plus entrainées et plus équipées qui ont progressé en attente des niveaux 3 qui sont le GIGN ou le RAID. »
« Le scénario prévoyait une explosion au niveau de l’entrée du stade. Il y a eu le temps du déclenchement des secours, de se rendre compte que c’est un attentat, qu’il y a plusieurs potentiels terroristes, des morts, des blessés. Le tri pour savoir si il y a un besoin de prise en charge ou non. La mise en place du SAMU et des pompiers… »
« Le tri des civils, c’est être formel sur l’identité des personnes. Tout le monde n’a pas sa carte d’identité pour aller dans un stade. Il faut aussi être sûr qu’il n’y a pas de terroristes qui se cachent parmi eux. Il faut assurer le suivi entre le stade, la prise en charge sur le parcours et après à l’hôpital. »
« Tant que la zone est rouge, non sécurisée, que les terroristes n’ont pas été neutralisés : on fige tout, y compris certains blessés qui ne sont pas pris en charge en attendant d’être sûrs.
 C’est un scénario inédit qu’on a adapté en fonction de Dijon. »

Capitaine Christian Preioni
Service départemental d'incendie et de secours de la Côte-d'Or
« Sur cette partie triage, l'exercice est pertinent pour plusieurs raisons. La première c’est que nous allons faire un secrétariat commun avec police, pompiers et SAMU pour dénombrer le nombre de victimes. Ceci est la première urgence, le directeur des opérations qui est le Préfet veut savoir combien il y a de victimes sur les lieux de l’accident. C’est la première mesure qui ne se fait pas en une seule fois. Au fur et à mesure on comptabilise le nombre de victimes qui arrivent avec les urgences absolues, les relatives, les impliqués et les décédés. 
La deuxième étape c’est la prise en charge des victimes sur le PMA (NDLR : post médical avancé) lui même. On va médicaliser et stabiliser les victimes, on va trier en UA/UR et impliqué puisque les décédés sont laissés sur place (NDLR UA = Urgences absolues et UR = Urgences relatives). On va faire des zones entre urgences absolue et zone impliquée. Ici les UA et UR sont dans la même pièce mais ils sont séparés et les impliqués sont dans des tentes chauffées pour être évacués sur le centre de regroupement des impliqués. Ensuite, vous êtes au point de regroupement des évacués où là on emmène les victimes stabilisées avant de les amener dans des établissements de soins. »
« Cet exercice améliore la communication. Chacun sait faire son métier de son côté mais c’est l’inter-opérabilité ou l’inter-connection entre les différents services qui est importante. L’inter-opérabalité notamment de manière très pratique, c’est à dire : comment les gens se connaissent, comment ils fonctionnent, comment ils travaillent ensemble. Vous voyez il y a beaucoup de radios, c’est intéressant de voir comment on communique entre les différents secteurs. On communique entre le PMA où il y a beaucoup de monde, le commandant des opérations qui est au poste de commandement opérationnel et sur le terrain où des gens sont aussi présents comme les sapeurs-pompiers, la police, le GIGN pour évacuer les personnes.
C’est une situation de crise alors il y a forcément du cafouillage mais l’intérêt de ce dispositif est d’organiser la désorganisation. À la fin ça va être organisé avec tout ce qu’on aura mis en place. »

Franck Robine 
Préfet de la Côte-d'Or
« Comme on le soulignait, le bon point de ce type d'exercice c'est qu'il nous permet de mieux nous connaître, de mieux connaitre les procédures des uns et des autres et constitue un excellent entraînement. J’espère bien sûr qu’il n’aura jamais à servir en temps réel mais il est valable quelque soit les situations dans lesquelles on intervient. »
« Il est toujours pertinent de faire des exercices parce que ça nous permet de nous préparer. Vous le savez nous sommes en alerte attentat, ça peut arriver malheureusement sur tout le territoire français et il est pertinent de faire ce genre d’exercice à tout moment. »
« C’est un exercice où nous avons beaucoup d’acteurs à coordonner, en milieu urbain. Nous avons la pression de mettre fin à ce qu’il se passe. Au début on parle d’explosion et ensuite de coups de feu, on comprend qu’il urgent d’intervenir et d’avoir une réponse de manière policière. Mais en même temps vous devez gérer des choses tout aussi urgentes comme très capable d’informer les riverains, les habitants de Dijon qu’il se passe quelque chose aux abords du stade et ça, c’est aussi important que l’intervention policière et ça suppose de coordonner encore plus d’acteurs. Nous avons utilisé « FR-ALERT », nous avons également utilisé les réseaux sociaux pour communiquer le plus vite possible. Ç a représente un réel défi. »
« Il est important de savoir que ce type de moyen (NDLR : Fr-Alert) peut informer la population directement. Je le redis, il faut vraiment paramétrer son téléphone pour pouvoir être alerté en cas d’exercice. C’est un moyen très efficace pour prévenir tout de suite, en plus des médias bien évidemment. »
« Vous en saviez plus que nous, nous avons été de vrais « joueurs » puisque nous avons débuté l’exercice sans rien connaître de ce qui nous attendant. C’est ça qui fait l’intérêt. On a à la fois un dispositif à monter en fonction des premiers éléments et en même temps en ce disant qu’il y aura peut-être des variations, des choses inattendues qui vont nous compliquer la tache. On était vraiment des des conditions réelles, la pression médiatique en moins. »
« Peu après 13h j’ai été informé par le directeur départemental de la sécurité publique qu’une explosion s’était produite à l’entrée du stade. Quelque minutes après on m’a dit que cette explosion avait bien eu lieu puisque nous avions eu confirmation auprès de la gestion du stade, et que des coups de feu avaient été entendus. Très vite la police s’est portée sur place. Du fait qu’il y avait eu des coups de feu, la section d’intervention de la police est arrivée sur place, toujours en accord avec nous mais ça se fait un peu de façon automatique. Dès lors que des hommes armés ont été vu, on est monté immédiatement au niveau supérieur avec le recours à l’antenne du GIGN qui est sur Dijon.
En parallèle s’est montée ce qu’on appelle un COD (Centre oppérationnel de décision en Préfecture), avec tous les services intéressés (avec les autorités judiciaires et la mairie de Dijon). On a indiqué à tous ces services là que dès lors que c’est un attentat terroriste, on ne peut pas intervenir n’importe comment. Les pompiers et le SAMU doivent se porter sur les lieux du drame mais en prenant des précautions puisqu’ils peuvent être eux-mêmes des cibles. Un point de regroupement a été défini et à chaque intervention des pompiers et du SAMU, ça devait se faire sous protection des policiers et avec l’accord des policiers. C’est là toute la difficulté de l’exercice qui par ailleurs par la suite, on a appris qu’il y avait 3, peut-entre 4 puis on est revenu à 3 terroristes. Les choses changeaient. Très vite on a appris qu’il y a avait des otages, on nous a dit a un moment qu’il y avait plusieurs dizaines d’otages puis on est revenus à huit otages sous réserves de confirmations. In Fine on a été conduit à une négociation mais qui a été très courte puisque les terroristes ont délivrés un ultimatum. Ultimatum qui mettait en danger la vie des otages et qui nous a conduit à demander au GIGN d’intervenir. Dans cette prise d’otages, deux terroristes ont été tués, un gendarme a été blessés, deux otages ont été tués et six ont été sortis et on est en train de vérifier leur état. »

Antoine Hoareau
Adjoint au maire de Dijon
« C’est un exercice et c’est bien heureux que ça ne soit qu’un exercice. Les informations qui nous arrivent sont de plus en plus dramatiques. Heureusement que ça n’était un exercice. Un exercice très utile pour la coordination entre les différents services de l’État et les services de la mairie. Très vite on a arrêté la circulation des bus, on a réduit la circulation des trams sur le secteur pour permettre une bonne intervention des forces de l’ordre puis de la sécurité civile. Ça a été un bel entrainement pour mieux nous coordonner si malheureusement ça venait à arriver dans la réalité.»

Olivier Caracotch
Procureur de la République de Dijon
« Je tiens à sincèrement remercier monsieur le Préfet d’avoir accepter que l’autorité judiciaire soit associée, qu’on joue, pour reprendre le jargon, l’aspect judiciaire. Nous avons activé notre cellule de crise au tribunal judiciaire, nous avons dépêché un magistrat à la préfecture, nous sommes venus à deux ici-même pour commencer à s’acculturer d’avantage à ce type d’événement dramatique et à nos relation avec le parquet national antiterroriste. Dans la réalité, le PNAT aurait pris sa compétence très rapidement donc nous avons joué cet aspect là, nous avons pu tester notre chaine de remontée d’informations et de redescendre la part du parquet antiterroriste qui a été très réactif et qui du coup prendrait à sa charge l’entièreté de la communication sur le bilan victimère et sur la suite puisqu’à partir du moment où le parquet antiterroriste se saisit, le parquet local n’a plus d’autres compétences que d’être en soutient de ce parquet spécialisé.
« Le PNAT doit avoir très rapidement des informations pour qualifié l’évènement de terroriste ou non. Évidement le mode opératoire qui a été joué avec une ceinture explosive et une attaque sur un événement sportif signait très rapidement le caractère terroriste mais il est en demande et à notre premier contact, c’est ce qu’il a demandé avant de décider de se saisir, de tout élément de revendication, d’identification des assaillants pour éventuellement connaitre leur revendications ou leur parcours, avant de dire si c’est terroriste ou non.
L’exemple que nous avons pris était plus simple pour le parquet de Dijon puisque très vite le caractère terroriste était apparent et la décision a pu se prendre rapidement. Il y a des cas où la qualification terroriste est incertaine pendant plusieurs heure et à ce miment là c’est une espèce de zone grise où il faut apprendre à travailler. »
« La suite judiciaire c’est, dès que la zone est sécurisée et que les forces de sécurité disent que les agents de constatations peuvent intervenir, c’est des constatations sur les corps des personnes décédées, des constatations de polices techniques et scientifiques avec prélèvements des étuis, des constatations sur les corps des assaillants neutralisés. Tout ça sous la direction du parquet national antiterroriste. Et on va essayer de reconstituer le fil judiciaire de cette histoire avec en surplus de complexité, un véhicule piégé qui a été découvert à proximité et des actes de constatations qui doivent être faits avec beaucoup de rigueur puisque rien ne garantit que les assaillant ne soient pas eux mêmes piégés où qu’ils n’aient pas piégés des corps de personnes décédés pour créer d’avantages de dégâts pour les forces de sécurité intérieur donc la suite c’est le début d’une enquête judiciaire longue et fastidieuse sous l’autorité du PNAT. »
« Le premier terroriste s’est fait sauté dès le départ, le deuxième est neutralisé lorsqu’il fait feu sur les forces de police. Au départ nous pensions qu’il n’y avait qu’un terroriste qui s’occupait de la prise d’otages mais au final ils étaient deux et ils ont été neutralisé lors de l’assaut du GIGN. »

Commandant divisionnaire Raphaël 
Police judiciaire de Dijon
« Après le temps de la sécurisation du site et de l’évacuation vient celui de l’enquête qui est traitée de manière autonome par la police judiciaire qui est dépêchée sur les lieux et qui met en place différents ateliers aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du site. À l’extérieur nous avons celui de « témoins-victimes » qui est chargé de recueillir les premières infirmations, les premiers témoignages. À l’intérieur, sur site, nous avons les ateliers constatation. Ces ateliers constatations poursuivent deux objectifs. Une première phase de reconnaissance où mes collègues vont aller auprès des assaillants décédés, terroriste présumés, pour aller recueillir d’entrée un maximum d’infirmations qui vont nous permettre de démarrer l’enquête très vite. Dans un deuxième temps on va aller recueillir des éléments susceptible de nous permettre l’identification des victimes décédées et pour certaines dont le corps est tellement dégradé que cela ne nous permet pas de les reconnaitre. 
Une méthodologie particulière est mise en place, bien différente de celle d’une scène de crime traditionnelle. Là on est plus proche de celle mise en place sur une catastrophe majeure telle un crash aérien, où l’ampleur du site ne permet pas de le traiter en une fois de manière autonome. On procède donc à une sectorisation, on découpe le site en morceau avec des équipes sur chaque zone et le protocole fait que chaque zone est traitée de manière harmonieuse. Chaque équipe nettoie chaque zone et une fois que les équipes sont passées, chaque éléments déterminants pour l’enquête auront été recueillis. »
« On travail davantage pour les familles, les familles qui veulent récupérer les effets personnels. C’est très important pour la reconstruction des familles. »
« Sur une scène comme celle là, il nous faut plusieurs heures. Pour l’attentat de Nice ça à pris plusieurs jours. »

Manon Bollery et Jean-Christophe Tardivon
Photographies Jean-Christophe Tardivon
(sauf mention contraire)

La préparation de l'exercice attentat au stade Gaston Gérard











































































































La préparation de l'exercice, le maquillage des victimes
(Photographies préfecture de la Côte-d'Or)







Durant l'exercice, l'assaut du GIGN sécurisé par les policiers et les militaires de la force Sentinelle
(Photographies SDIS 21)

















Le transfert des blessés les plus graves au CHU Dijon Bourgogne
(Photographies SDIS 21)

















Le retour d'expérience le soir même autour du préfet de la Côte-d'Or
(Photographies préfecture de la Côte-d'Or)




La préparation de l'exercice attentat au stade Gaston Gérard