
L'affiche la plus lisible, la plus colorée, la plus fournie en figures nationales... Depuis ce samedi 7 mars, chaque citoyen peut se faire une idée, les panneaux électoraux sont complets. Le tirage au sort a créé d'étonnants rapprochements.
Dès le 27 février au soir, les panneaux électoraux étaient en place, installés par les services de la Ville de Dijon. Les plus rapides à coller des affiches ont été les soutiens de Nathalie Koenders (PS), maire sortante et candidate de la liste Dijon écologique, sociale, attractive, suivis des militants de Dijon avenir, liste menée par le binôme Rémi Goguel (sans étiquette) et Mathilde Mouchet (sans étiquette).
Progressivement, au cours des jours qui ont suivi, les autres équipes ont rempli les panneaux, jusqu'à ce vendredi 7 mars 2026, où les militants de Lutte ouvrière ont pris possession de leurs propre matériel de propagande, lors d'un meeting au cellier de Clairvaux auquel participait leur tête de liste Claire Rocher (LO).
La répartition des panneaux
Étonnamment, le hasard a redoublé, dans la répartition des panneaux électoraux, les duels fratricides qui se jouent à l'intérieur de la campagne pour l'élection municipale dijonnaise.
En pointe sur les thématiques environnementales, Dijon avenir voisine avec Dijon change d'ère, liste menée par Michel Haberstrau (LE).
Trois formations d'inspiration marxiste se côtoient au centre des panneaux : Lutte ouvrière, La France insoumise – qui soutient la liste Dijon populaire menée par Olivier Minard (LFI) – et le Parti des travailleurs.
Faisant de la sécurité un cheval de bataille, Le Rassemblement dijonnais – guidé par Thierry Coudert (UDR) – se trouve à proximité immédiate d'Agir pour Dijon – liste dirigée par Emmanuel Bichot (LR, AD), conseiller municipal d'opposition sortant.
L'affiche de ce dernier est directement confrontée avec celle de Nathalie Koenders, arrivant en huitième position, comme pour mieux rejouer les duels survenus en séances du conseil municipal lors de la mandature qui s'achève.
Dijon avenir
La liste Dijon avenir a pour sous-titre « bifurquer, inspirer, protéger ». La mise en page est relativement sobre. Un blanc neutre, le jaune du soleil et le vert de la nature composant la charte graphique. Mathilde Mouchet et Rémi Goguel posent en tenue décontractée. L'une brigue la présidence de la Métropole, l'autre la mairie de Dijon.
Un visuel illustre leur mesure emblématique : la place de la Libération végétalisée. Un tampon « zéro béton » reprend les codes du marketing des labels tandis qu'un discret « liste citoyenne » indique qu'il s'agit d'un mouvement s'inscrivant en dehors des partis politiques traditionnels.
Un texte court reprend les orientations du programme sous forme de slogan.
L'affiche de ces militants pourtant critiques de la société de la consommation apparaît donc particulièrement inspirée par les codes de la publicité. Entre bandeau et visuel, c'est l'affiche où le vert ressort le plus.
Dijon change d'ère
L'affiche mise tout sur Michel Haberstrau qui apparaît en grand ,en buste, avec son nom qui ressorte bien tandis que le nom de la liste apparaît en petit en bas.
Le candidat apparaît l'air jovial, en chemise et veste. À gauche, quelques pettis portraits de colistiers, plus ou moins souriants, évoquent la dimension collective de l'engagement.
Le logo de la liste est repris en blanc. Entre ballon de baudruche, trèfle à quatre feuilles, roues de vélo à bâtons et pales d'éoliennes, sa lecture laisse une impression de dynamisme.
L'arrière-plan cumule les codes couleurs des formations qui soutiennent la liste : vert (Les Écologistes), violet (L'Après) et rouge (PCF). Ces deux dernières étant fondues dans un dégradé pouvant évoquer le rose foncé de Générations.
En haut, une formule en blanc rappelle qu'il s'agit d'une coalition de partis dont on retrouve les noms et logos en bas.
Lutte ouvrière
Le parti trotskiste reprend la mise en page classique des tracts politiques pour en faire une affiche aux couleurs conventionnelles : noir, blanc, rouge. Claire Rocher apparaît en vignette.
Peu lisible de loin dans la forme, le fond souligne la dimension plus intellectuelle de la démarche et vise à convaincre ceux qui prendront le temps de lire l'affiche.
Dijon populaire
Le panneau joue le rôle de présenter Olivier Minard en reprenant certains codes des affiches de cinéma.
Ayant fait face à un désistement, le candidat doit compenser un déficit de notoriété tout en indiquant qu'il mène un collectif. D'où son portrait – où il est vêtu d'une simple chemise noire –, entouré de portraits en buste de colistiers avec des éclairages variés. Leurs noms figurent dans un bandeau de la partie supérieure, comme des acteurs.
En arrière-plan, les couleurs acidulées utilisés par la liste durant la campagne, avec, au centre, le violet de La France insoumise, le tout en segments en diagonale pour accentuer l'impression de dynamisme. Cela en fait également l'affiche la plus bariolée.
Le Parti des travailleurs
De facture classique, l'affiche de la liste de Camille Joyeux, au nom à rallonge, fait le pari que l'électeur s'approchera pour lire un texte écrit relativement petit.
Vêtue d'une marinière, la candidate apparaît tout sourire, entourée de colistiers, sur fond d'immeubles de la Fontaine d'Ouche et de collines du Dijonnais. Le tout en monochrome grenat.
C'est dans l'affiche du parti d'extrême-gauche que le rouge est le plus présent, rehausse de blanc, de jaune et de noir.
L'équipe de campagne a pris soin de mentionner l'imprimeur, une entreprise dijonnaise accompagnant les projets professionnels de personnes en situation de handicap.
Le Rassemblement dijonnais
Thierry Coudert n'a pas opté pour la carte du sourire mais pour celle de l'identité bourguignonne, lui qui assume d'avoir été «parachuté» à Dijon lors des législatives anticipées de 2024.
Le candidat pose en costume, chemise et cravate devant un fond représentant la rue du Bourg et ses célèbres tuiles vernissées. Le buste semble émerger du bandeau inférieur en fondu visuel sauf qu'il est positionné si bas dans l'image que cela ne grandit pas le candidat. Un choix de mise en page étonnant.
Son nom apparaît en grand, positionné à la transition du fondu, accompagné de la mention «ancien préfet», pour en faire un argument de campagne.
En partie inférieure – repris tout en haut pour densifier l'image –, le bandeau bleu est un classique des affiches du Rassemblement national dont le logo apparaît en grand avec celui du parti d’Éric Ciotti, en plus petit. Ce bleu caractérise l'affiche parmi les autres.
Agir pour Dijon
Emmanuel Bichot a fait le choix de la sobriété et du sourire. Sur un fond d'arbres flous – aux nuances de jaunes et de verts –, un grand portrait en buste occupe la quasi totalité de l'affiche.
Vêtu d'un costume, d'une chemise et d'une cravate, il semble avoir sur son épaule posée la chouette stylisée qui sert de logo au micro-parti qu'il a fondé. En harmonie avec la charte graphique, les lunettes du candidat ponctuent la lecture de l'image dans sa verticalité.
Le nom du candidat est particulier lisible, sans Les autres partis qui soutiennent la liste sont réduits à la mention «droite, centre et indépendants» dans un classique bandeau bleu. Dans la partie supérieur, le slogan «le changement avec vous» se retrouve en symétrie et donne le ton de la démarche.
Dijon écologique, sociale et attractive
Du végétal aussi pour Nathalie Koenders ainsi que du ciel bleu, symbolisant respectivement la nature et la qualité de l'air. Les couleurs convoquées pourraient prêter à confusion – un bandeau vert tendre, des vert clair, jaune pâle et orange pâle pour souligner les adjectifs qualificatifs ainsi qu'un «Dijon» à la teinte cassis - mais les surfaces sont suffisamment réduites pour que cela ne perturbe pas la lisibilité de l'affiche.
Hormis le texte qui vient en surimpression, un grand portrait occupe la quasi totalité de l'affiche – quasiment jusqu'en haut, ce qui grandit la candidate vêtue d'une veste noire et d'un haut blanc. Nathalie Koenders apparaît tout sourire en assumant une mèche rebelle au niveau de la coiffure.
C'est le portrait qui ressort avec le plus de lisibilité de l'ensemble des huit affiches en raison de la mise en page – les triangles vert et bleu dynamisent l'image en créant un axe : coin gauche, regard, épaule à droite, début du texte – et du graphisme épuré. Cela incite le regard à circuler dans l'image, donc à s'en imprégner.
Le point après «Dijon» laisse croire que les adjectifs constituent un sous-titre. Il permet quasiment de réduire le nom de la liste au nom de la ville avec l'objectif d'amener les électeurs à faire l'association inverse.
Le nom de famille de la candidate ressort en grand, occupant toute la largeur de l'affiche avec, là encore, une prime à la lisibilité. En pied d'affiche, les mentions insistent sur le fait qu'il s'agit de la maire sortante et qu'elle conduit une coalition, avec l'ensemble des logos des formations qui soutiennent la liste.
Les figures tutélaires
Certaines listes ont choisi de faire apparaître des personnalités nationales dont elles se revendiquent respectivement pour appuyer leur démarche.
Claire Rocher est accompagnée de Nathalie Arthaud, porte-parole de Lutte ouvrière, dont le portrait apparaît en vignette en partie inférieure.
Olivier Minard a retenu Jean-Luc Mélenchon, fondateur de La France insoumise, avec un petit portrait – mais sans son nom – associé au logo du parti.
La situation du Rassemblement national est telle que Thierry Coudert a dû convoquer à la fois Marine Le Pen, députée du Pas-de-Calais et présidente du groupe parlementaire du RN à l'Assemblée nationale, et Jordan Bardella, président du parti et président du groupe Patriotes pour l'Europe au Parlement européen.
Place maintenant, jusqu'au premier tour, le 15 mars prochain, au traditionnel jeu du chat et de la souris entre les militants qui déchirent les affiches et ceux qui les recollent.
Jean-Christophe Tardivon
Ordre des panneaux électoraux à Dijon (nom de la tête de liste)
1. Dijon avenir : bifurquer, inspirer, protéger (Rémi Goguel)
2. Dijon change d'ère (Michel Haberstrau)
3. Lutte ouvrière, le camp des travailleurs (Claire Rocher)
4. Dijon populaire (Olivier Minard)
5. Pour la défense des services publics, contre une économie de guerre (Camille Joyeux)
6. Le Rassemblement dijonnais (Thierry Coudert)
7. Agir pour Dijon (Emmanuel Bichot)
8. Dijon écologique, sociale, attractive (Nathalie Koenders)












