
Une réunion programmatique s'est tenue, ce mercredi 11 juin, en présence d'une vingtaine de personnes. «Révolution citoyenne», «zéro bétonnisation», régie publique de l'eau, gratuité des transports et des cantines scolaires ont été passées en revue par les Insoumis dijonnais.

Depuis la fin mars, la France insoumise se structure en Côte-d'Or pour préparer en particulier l'élection municipale dijonnaise de 2026. Éloïse Dubuet et Olivier Minard ont été désignés chefs de file pour échanger avec les autres partis (
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De plus, 407 propositions ont été listées dans une «boîte à outils programmatique» nationale. Elles déclinent au niveau communal le programme «L'Avenir en commun», défendu par Jean-Luc Mélenchon lors des élections présidentielles de 2017 et 2022.
Une vingtaine de participants dont des invités
Ce mercredi 11 juin 2025, une première réunion publique s'est déroulée dans un restaurant du centre-ville de Dijon. Pour les organisateurs, il s'agissait d'échanger durant deux heures avec des citoyens afin de contribuer à construire le programme effectif et recenser les colistiers potentiels.
Une vingtaine de personnes étaient présentes, principalement des militants et des sympathisants, ainsi que des invités comme Frédéric Faverjon (Les Écologistes), conseiller municipal d'opposition, Mathilde Mouchet et Rémi Goguel (tous les deux initiateurs de Dijon avenir).
Un «programme de rupture» avec la majorité sortante
«Notre base, ce sera le programme qui se veut radical et de rupture avec la précédente mairie et utile aux Dijonnais, aux Dijonnaises, qui a pour ambition de concrètement changer la vie des Dijonnais, Dijonnaises, et, en particulier les plus précaires», déclare Éloïse Dubuet pour lancer la réunion publique.
«Qui, comment, avec qui ne nous intéresse pas pour l'instant. (…) Ensemble, on va plus loin et on pense aussi que mieux vaut être seul que mal accompagné», ajoute la cheffe de file pour éviter tout débat sur les alliances et la potentielle tête de liste.
Une étape de la «révolution citoyenne»
«L'élection municipale a une valeur en soi mais ne saurait se suffire complètement à elle-même», enchaîne Olivier Minard, «nous voulons faire de ce moment, un moment d'éducation populaire mais aussi une étape pour notre projet plus général dans la révolution citoyenne».
Chargé de présenter le thème «Permettre aux Dijonnaises et Dijonnais de s’investir davantage dans la vie de la ville», le militant insiste sur la «mise en circulation d'idées, de mots d'ordre et d'outils pratiques» de façon à «recommunaliser la ville par rapport à sa forme de métropolisation». «Ce moment politique devra pensé comme une réplique à la confiscation du pouvoir des élus.»
Olivier Minard espère que les citoyens vont «s'emparer du programme» qui vise à faire émerger «la nouvelle France», c'est à dire «la France des communes démocratiques et non plus des métropoles technocratiques», cela en allant «à rebours d'une vision passéiste, clientéliste et même consommatoire de la gestion de la ville».
Cela passe notamment par l'instauration du référendum d'initiative citoyenne – défendu en leur temps par les Gilets jaunes – et la création d'une «commission participative sur les grands sujets communaux».
Les «activités écocides» feraient l'objet d'un refus de permis de construire
Sur le thème «Préserver les espaces de nature existant et anticiper les effets du réchauffement climatique», Éloïse Dubuet propose de «stopper la bétonnisation» : «pas de bétonnisation de la frange est des Lentillères comme le souhaite la maire actuelle [NDLR : Nathalie Koenders (PS)]», «débétonnisation de cours d'école» et «renaturation pour créer des îlots de fraîcheur».
«Zéro bétonnisation, cela ne veut pas dire zéro logement», précise la militante» qui envisage d'instaurer «une charte de construction durable qui soit contraignante» pour les nouvelles constructions alors que c'est l'objet d'un plan d'urbanisme métropolitain.
À ce document réglementaire, il s'agirait d'ajouter notamment «l'utilisation de matériaux locaux et durables». D'autres suggestions pourrait venir de «discussions avec les Lentillères pour s'inspirer de leur modèle». Ainsi, les «activités écocides» feraient l'objet d'un refus de permis de construire.
La militante souhaite «créer plus d'espaces verts et conviviaux» comme des réserves de biodiversité, des centres de compostages et des jardins partagés dans les enceintes de bâtiments et les espaces publics.
Le «maraîchage vivrier en ville» serait développé
Le thème «Travailler à notre souveraineté alimentaire et à une meilleure gestion de l'eau» revient à Dominique Guidoni-Stoltz, coréférente départementale aux relations unitaires.
«On veut protéger les biens communs qui sont indispensables à la vie et au bien-être», déclare la militante, «boire et manger sont des besoins vitaux».
«Sur dix ans, ils ont planifié l'artificialisation de 480 hectares de terres, qui sont cultivables ou d'espaces naturels, qui na nous impacter sur cent ans», considère-t-elle en évoquant l'actuel plan local d'urbanisme. «Nous préconisons l'inverse : préserver des espaces de pleine terre, requalifier les terrains constructibles, faire des fermes urbaines, développer le maraîchage vivrier en ville et autour pour que tous ait une alimentation de qualité, biologique et sans pesticides.»
L'Insoumise propose l'instauration d'«une sécurité sociale de l'alimentation» en soutenant des expérimentations de façon à ce que «tout le monde ait le droit de recevoir 150 euros par mois pour choisir son alimentation» au travers d'«un conventionnement démocratique entre des citoyens et des producteurs sur l'ensemble de la chaîne alimentaire» dans lequel «chaque citoyen paye en fonction de ses moyens avec des taux progressifs».
«L'eau ne peut pas être un objet capitaliste en pleine crise climatique»
Concernant la gestion publique de l'eau et de l’assainissement, Dominique Guidoni-Stoltz critique l'accord entre Suez et la Métropole de Dijon qui a constitué, en 2020, la SEMOP Odivea : «ça reste une entreprise capitaliste qui doit faire des profits pour les actionnaires».
«L'eau ne peut pas être un objet capitaliste en pleine crise climatique», insiste la militante de gauche radicale qui préconise la gestion en régie publique telle que cela se faisait avant que le maire Robert Poujade (alors RPR) n'opte pour une délégation de service public, en 1991.
La militante envisage d'instaurer «une gratuité des premiers mètres cubes» assortie d'«une tarification différenciée» en suivant l'exemple de la Métropole de Lyon.
Le 1er janvier 2025, la collectivité présidée par un Écologistes a rendu gratuit l'usage de 12 m3 annuels et a doublé le tarif au-delà de 180 m3 annuels. En moyenne, un foyer de quatre personnes consomme 120 m3 d'eau par an. La Métropole de Lyon espère réduire la consommation d’eau potable de 15 % d’ici à 2035.
«Tendre à la gratuité des transports en commun» et «augmenter l'imposition locale»
«La société doit pourvoir aux besoins de sa population», lance Lucas Pistoia, coanimateur des Jeunes Insoumis et Insoumises, qui expose le thème «Lutter activement contre la précarité».
Comme pour l'eau, le militant préconise de créer une régie publique pour gérer le réseau de transports urbains et de «tendre à la gratuité des transports en commun», ce d'abord pour «les plus précaires, les plus jeunes, les plus âgés». La mesure est estimée à hauteur de 8 millions d'euros.
«On imagine augmenter l'imposition locale», déclare Lucas Pistoia, à titre personnel, de façon à financer la gratuité des transports. «L'argent se retrouverait dans le pouvoir d'achat des habitantes et des habitants», glisse le militant anticapitaliste.
Le sujet de la fiscalité, des comptes publics ou du financement des mesures n'aura quasiment pas été abordé de toute la réunion. La «Boîte à outils programmatique des municipales 2026» fournie par le mouvement se contente d'afficher trois niveaux estimatifs de coût des mesures. La première étape de gratuité des transports en commun ressort au niveau deux.
«Acquérir les logements vides en priorité pour la création de nouveaux logements sociaux»
Dans le champ du logement, Lucas Pistoia souhaite «interdire les coupures d'eau et d'énergie» en cas d'impayés – ce qui relève de l'échelon national, les arrêtes municipaux en ce sens étant retoqués régulièrement par la justice administrative – et «garantir le droit à un logement digne pour tous» en rénovant les «passoires thermiques» car «l'offre actuelle de logement social est bien trop faible».
«Nous souhaitons acquérir les logements vides en priorité pour la création de nouveaux logements sociaux», ajoute-t-il sans évoquer le mode opérationnel ni le financement de la mesure.
«Relier les associations dans un réseau d'échanges»
Le thème «Promouvoir l'entraide, le vivre-ensemble, la culture pour toutes et tous» échoit à Béatrice Seuzaret, membre du groupe d'action local de la Colombière et animatrice d'Asso en scène.
«L'objectif est de tisser un lien social dans la ville en reliant les associations dans un réseau d'échanges», indique la militante qui propose des ateliers de réflexion dans les quartiers, des bourses aux vêtements et aux vélos par secteur, des prêts de matériels techniques, de subventionner des épiceries solidaires, de «dégager du foncier pour installer des placettes de compostage», d'instaurer un «budget de l'animation de quartier», de développer des activités d'éducation populaire, d'accueillir des artistes dans des lieux publics comme les gymnases ou les piscines et établir des partenariats avec le Pôle d'économie sociale et solidaire.
«L'espace public doit être aménagé de telle sorte que les femmes ait accès sans contrainte ni crainte»
Très actif durant le mouvement des Gilets jaunes, Jean-Paul Brenelin se charge d'exposer le thème «Lutter activement contre les violences et les discriminations». Le principal point développé concerne les droits des femmes.
«L'espace public doit être aménagé de telle sorte que les femmes ait accès sans contrainte ni crainte», martèle le militant qui songe tout particulièrement aux femmes en situation de rue. «Quand je vois la place Bossuet, ça me hérisse, il y a des systèmes anti-SDF partout, c'est de la discrimination pure, c'est rejeter les gens.» Et de suggérer de développer le réseau de toilettes publiques et de faciliter l'accès à l'eau.
Hisser le drapeau palestinien au fronton de l'Hôtel de Ville
Issam Tbatou intervient sur le thème «S'engager pour la paix et l'espoir d'un monde meilleur». «Dans un monde traversé par les guerres, les injustices, les déplacements forcés et la montée de l'extrême-droite», le militant entend «faire [de Dijon] une commune populaire, refuge et solidaire».
Après avoir dénoncé «le génocide en cours en Palestine», l'Insoumis propose que Dijon rejoigne le réseau des villes solidaires de Palestine, se prononce en faveur de «l'accueil ponctuel d'enfants et de blessés» et préconise d'«hisser sur la mairie de Dijon les drapeaux des peuples en guerre ou sous oppression : Palestine, Ukraine, Congo, Soudan».
«Dijon est Ville de paix, on constate a un deux-poids deux-mesures flagrant par rapport à ce qui se passe – à juste titre – par rapport à l'Ukraine et ce qui se passe à Gaza», réagit Dominique Guidoni-Stoltz, également membre du Collectif pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens. «La municipalité de Dijon a des débats internes, des débats houleux, il y a une acceptation d'aides des familles palestiniennes qu'on accueille en ce moment mais on n'en est pas encore à mettre le drapeau palestinien.»
Parallèlement, Issam Tbatou indique «s'opposer catégoriquement à l'ouverture d'un centre de rétention administrative à Longvic» et préfère «garantir un hébergement digne pour les demandeurs d'asile», cela en soutenant «politiquement les associations» sur le modèle de ce qui a été fait à Grande-Synthe, dans le Nord, où un camp humanitaire a été un temps géré en partenariat avec Médecins sans frontières.
Gratuité des cantines scolaires
La présentation du thème «Favoriser l'école publique et laïque», revient à Soumya Berrag, animatrice du groupe d'action local Dijon nord, qui considère que «c'est à l'école que se construit l'égalité des chances».
La seule évocation de la laïcité de toute la réunion aura trait au «refus de tout financement municipal des écoles privées».
La militante prône «la gratuité des cantines scolaires» avec des menus intégrant «des repas bio et locaux» dont «des plats végétariens chaque jour pour respecter les convictions de toutes les familles et améliorer l'empreinte carbone». Les fournitures scolaires seraient également rendues gratuites.
L'Insoumise souhaite «augmenter le nombre d'ATSEM en maternelle» et tendre vers «plus de présence d'adultes».
«Le tramway est une solution très inflexible»
Durant le temps des échanges, la toute première question concerne le projet de troisième ligne de tramway présenté par l'exécutif sortant.
Lucas Pistoia indique que le groupe local concerné n'a pas «pris de position officiellement», signe de l'embarras des Insoumis devant le projet défendu par François Rebsamen (PS, FP), président de la collectivité. «Le tramway est une solution très inflexible», se contente-t-il de constater.
«L'investissement d'une troisième ligne aurait dû être fait depuis longtemps», réagit Issam Tbatou tandis que Jean-Paul Brenelin dénonce «la méthode brutale» de François Rebsamen consistant à proposer «un tracé établi».
«La troisième ligne est dimensionnée pour 30.000 nouveaux habitants d'ici 2040»
«Il ne faut pas forcément augmenter la population de Dijon Métropole», enchaîne Dominique Guidoni-Stoltz, «il y a une réflexion au niveau de l'aménagement du territoire qui est à faire».
«On porte cette idée d'une ville stationnaire, (…) on regarde les choses à l'horizon 2050», rebondit Rémi Goguel, «il ne faut pas que la ville ait emprunté la direction que la majorité municipale en train de lui donner». «La troisième ligne est dimensionnée avec une hypothèse de croissance démographique assez inquiétante puisqu'elle intègre 30.000 nouveaux habitants sur la métropole en 2040, ce qui fait une croissance sur les 15 années qui viennent deux fois supérieure à la croissance des 15 années passées.»
«La nuit pour une femme, c'est dangereux»
Un intervenant appelle à «faire un inventaire» des effets du projet RESPONSE mené dans le quartier de la Fontaine d'Ouche : «j'ai peur que ce soit un effet d'annonce».
Une retraitée du secteur culturel demande des propositions en matière d'équipements culturels dans les quartiers : «il y a de moins en moins d'argent dans la culture mais il y en a toujours pour le staff administratif».
«La nuit pour une femme, c'est dangereux, j'attends des actions concrètes», lance une étudiante sur le sujet de la lutte contre les violences. Cette même intervenante appelle à soutenir la culture électro qui est «incroyable à Dijon».
Mathilde Mouchet défend le «mandat citoyen» afin de revoir le triptyque «élus, habitants, fonctionnaires» et ainsi «éviter les décisions verticales».
«Un délégataire est rémunéré sur la consommation d'eau»
«La régie publique, c'est plus écologique, on peut être beaucoup plus dans la prévention car les industriels ont tendance à faire des surinvestissements», réagit Frédéric Faverjon, ancien vice-président de la Métropole de Dijon chargé du sujet de l'eau et de l'assainissement, «c'est moins cher, plus transparent et ça permet d'avoir une meilleure participation publique». «Il y a aussi la notion de sobriété qui change parce qu'un délégataire est rémunéré sur la consommation d'eau.»
Cette première étape passée, les Insoumis prévoient d'organiser d'autres réunions publiques dans les prochaines semaines pour favoriser «un travail citoyen» sur le programme.
Jean-Christophe Tardivon



Éloïse Dubuet et Olivier Minard, chefs de file de La France insoumise pour l'élection municipale à Dijon