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08/04/2020 05:55

DIJON : Les buralistes en souffrance

Infos-Dijon est allé à la rencontre de quatre buralistes du centre-ville. Ils restent ouverts mais ne sont pas épargnés par les baisses de clientèle.  Le manque de dynamisme se ressent fortement, dans une situation de doutes.
Un centre-ville désert, ça se remarque et ça se ressent. La large fermeture des commerces qualifiés de non-essentiels durant cette période de confinement donne une impression de vide, d’un dynamisme commercial à l’arrêt. Et pour les commerces ayant le droit de rester ouverts, l’activité n’est pas forcément captée, notamment puisque celle-ci est quasi nulle.
Les buralistes sont au premier rang de cette situation délicate. Ceux en périphérie supporteraient un peu mieux la crise mais ceux du centre-ville sont «délaissés». D’accord, leurs commerces tournent encore, le panier d’achats moyen a augmenté, mais le manque de passage de centaines et de milliers de Dijonnais et de touristes dans les rues est trop radical, lourd à supporter.

Chute du chiffre, chômage partiel, horaires d’ouverture modifiés…


«On fait entre 60% et 70% de clients en moins sur la journée. Ce n’est vraiment pas anodin», constate Laurent Ankri à propos de cette dégringolade de la clientèle se répercutant sensiblement au même ordre sur le chiffre d’affaires. «Nous qui faisons habituellement 250 à 300 clients par jour, lorsque j’en fais 100 aujourd’hui, je sens que j’ai bien travaillé. Sur un panier moyen estimé à 12-13 euros par client, vous faites le compte de la perte. Mon employée est aujourd’hui en chômage partiel et je ne me verse pas de salaire». Le Danton, au 2 de la rue du même nom, a depuis le début du confinement revu ses horaires d’ouverture, passant de 8h-20h30 à 9h-16h30.

Au cœur des rues piétonnes, rue de la Liberté, la tendance se confirme évidemment. «70% de chiffre en moins», estime France Daniel de La Civette (23 rue de la Liberté), qui ne compte plus ses 300 clients par jour comme avant le confinement.
Entre 1.000 et 1.100, c’était le nombre de clients au tabac presse Le Miroir chaque jour jusqu’à la mi-mars. «Aujourd’hui, on en voit une centaine… C’est une perte de 80% du chiffre d’affaires», ne cache pas Antonio Soares, dans la 18ème année de son activité. Il a lui aussi revu son amplitude horaire, de 6h45-19h45 à 10h-18h et a fait une demande de chômage partiel pour les cinq employés du commerce.
«On a toujours créé de l’emploi, mais maintenant on a besoin d’un coup de main», ajoute le buraliste au 61 de la rue de la Liberté, toujours en attente de la réponse à sa demande…

«L’État a répondu à l’urgence avec les moyens disponibles,

mais il y aura l’après…»


Que pensent d’ailleurs les buralistes interrogés de l’action de l’État dans cette crise ? «Traiter l’urgence c’est bien, mais voir plus loin c’est mieux». C’est en substance le sentiment exprimé, notamment quant au report de charges.
«À un moment donné, il faudra bien qu’on les paye. L’État a répondu à l’urgence avec les moyens disponibles, mais il y aura l’après… Il y a eu le mouvement des gilets jaunes, les grèves de fin d’année et de début d’année, le confinement, ça commence à faire beaucoup… Certains risquent de ne pas se relever», prévient Laurent Ankri, qui en plus du manque de passage, faisant cruellement défaut on l’a compris, souligne un manque de visibilité. «Les bilans prévisionnels tombent à l’eau. Oui, on aura peut-être droit à l’aide au mois d’avril en cas d’une baisse de plus de 50% de notre chiffre d’affaires, mais la décision du confinement à la mi-mars a fait que nous n’avons pu l’avoir ce mois dernier».
France Daniel, en place depuis trois ans à La Civette, fait remarquer : «Le report de charges, c’est reculer le problème. On n’aura pas plus de chiffre dans trois mois. L’après va être compliqué. Est-ce que les gens vont sortir comme avant ? Ce sont aussi les joies du centre-ville».

À la baisse d’activité aujourd’hui, s’ajoute le doute du lendemain, dans une période de confinement qui sera probablement prolongée. «L’activité ne va pas repartir normalement de toute manière», craint-on du côté du tabac presse Le Miroir qui n’espère pas être contraint de supprimer un voire des emplois dans quelques mois.
En parallèle, les ventes ou services hors tabac (presse, transferts d’argent, photocopies d’attestations…) sont qualifiées de «très minimes». Des difficultés d'approvisionnement apparaissent en encre et en papier.
Seul un peu plus de temps pour échanger avec les clients apporte un surplus de lien social, non négligeable tout de même dans une période si particulière.

«Face à une situation inconnue, on ne peut pas vraiment savoir si on prend la bonne mesure», tempère cependant Cédric Saugeot du tabac Grangier, au 47 rue des Godrans. Il redoutait plus de pertes : «Ça revient à un chiffre d’affaires en baisse de 30 à 40%. C’est mieux ou plutôt moins pire que ce que je pensais. De 1.200 clients par jour, je suis tombé à 400-500 clients mais le panier moyen est passé de 10 à 25 euros. Ça amortit la chute on peut dire. Dans l’absolu, la suppression des charges n’est pas une mauvaise idée, mais est-ce que ce serait possible pour nous qui avons encore le droit de travailler alors que d’autres commerces sont totalement fermés ?».
Ayant mis son employée en chômage partiel, Cédric Saugeot a en revanche fait le choix de ne pas modifier ses horaires d’ouverture (de 7h à 19h30), en baissant sa rémunération, lui qui a payé son fonds de commerce depuis 22 ans qu’il est installé : «on gagnera moins mais on évitera faillite».

Alix Berthier
Photos : Alix Berthier




Antonio Soares du tabac Le Miroir

France Daniel de La Civette

Laurent Ankri du tabac Le Danton