
Passion, rémunération, médiatisation... La Ville de Dijon a organisé une série de tables-rondes, ce mercredi 22 avril, pour mettre à l'honneur le sport féminin et traiter de ses enjeux. L'adjointe au maire Claire Tomaselli a signalé l'importance de «la place des femmes dans les comités directeurs des clubs».

À cent jours du départ du Tour de France Femmes, le 1er août prochain, à Lausanne (Suisse), la Ville de Dijon a organisé, ce mercredi 22 avril 2026, l'événement «Sportives ! A Dijon, le sport féminin nous rassemble» dans la salle des États de Bourgogne.
Devant 200 personnes, d'anciennes sportives professionnelles, une arbitre, une dirigeante de club ou encore une entraîneuse se sont exprimées afin de mettre en avant le sport féminin et ses défis pour l’avenir. Les différentes tables-rondes étaient animées par Aurélie Bresson, enseignante et éditrice de livres autour du sport féminin.
«Oui, il y a des inégalités de salaires entre les femmes et les hommes»
La première table ronde avait comme objectif d’apporter des témoignages croisés venant de différentes personnalités du monde sportif. Mathilde Cournil, arbitre élite de handball et professeur d’éducation physique et sportive, a évoqué sa vie avec ses deux activités menées de front.
«On veut faire passer comme message que la place d’arbitre est accessible quand on a les compétences, et ces compétences sont les mêmes entre les femmes et les hommes», a-t-elle revendiqué.
Ce sujet de l’égalité et de l’inégalité entre les femmes et les hommes a été largement évoqué. Ainsi, Élise Prod’homme, ancienne basketteuse et désormais entraîneuse des moins de 21 ans de la JDA Dijon, a confirmé une situation bien ancrée : «Oui, il y a aujourd’hui encore des inégalités de salaires entre les femmes et les hommes».
«Dans l’haltérophilie, il y a quasiment moitié d’hommes et moitié de femmes»
La Dijonnaise Vicky Graillot, membre de l’équipe de France d’haltérophilie, a témoigné sur sa pratique d’un sport vu comme très masculin, et elle a voulu casser les stéréotypes : «Je vais vous étonner mais dans l’haltérophilie, il y a quasiment moitié d’hommes et moitié de femmes».
«En tant que filles pratiquant ce sport, j’ai décroché mon premier partenariat il y a quelques années via Linked In», a-t-elle ajouté. «J’ai envoyé un message à une marque qui avait un lien avec ma discipline et cela a fonctionné.»
«Une fille sur deux abandonne le sport à l’adolescence»
Le sujet de la passion puis l’abandon de la pratique sportive chez les adolescentes a été traité par Driss Touil, responsable du pôle partenariats et coopération internationale de la MGEN, Ophélie Cuynet, ex-capitaine du DFCO Féminin, et Gaëtan Guermonprez, directeur de l’Union nationale du sport scolaire de Côte-d’Or.
«Aujourd’hui, une fille sur deux abandonne le sport à l’adolescence», a constaté Driss Touil, «à terme, cela peut avoir des conséquences sur la santé comme les troubles cardiovasculaires, très fréquents chez les femmes».
Sur le thème de la sécurité, Driss Touil a signalé que «42% des filles déclarent avoir subi des formes de violences lors de séances sportives, ce qui contribue donc à l’arrêt du sport chez les filles».
La Ville de Dijon envisage la création d'une licence multisports
Pour faire face à cette situation, Gaëtan Guermonprez a évoqué les actions mises en place pour tenter de maintenir une activité sportive chez les filles lors de leur scolarité.
«Chez les filles, il y a la volonté de pratiquer un sport mais pas forcément faire de la compétition», a réagi Claire Tomaselli (PS), adjointe au maire de Dijon chargée du sport. «À la Ville de Dijon, on travaille à la création d’une licence multisports qui permette de s’entraîner et de varier les disciplines mais sans logique de performance».
Un difficile équilibre économique pour le sport féminin professionnel
L’aspect économique du sport féminin professionnel a été développé par des représentants de La Poste et de Suez, deux entreprises sponsors d’événements sportifs.
Concernant le soutien financier des collectivités, Claire Tomaselli a signalé que, pour la Ville de Dijon, «l’un des motifs de décision pour l’attribution des subventions aux associations sportives, c’est la place des femmes dans les comités directeurs des clubs».
Lucile Bongiovanni, présidente déléguée de la JDA Bourgogne Dijon handball, a témoigné des difficultés rencontrées en tant que dirigeante d’une structure féminine professionnelle.
«L’équilibre économique est tous les jours compliqué», a-t-elle alerté, «je connais certains clubs dans lesquels les joueuses ne sont pas payées». «Nous souhaitons rendre notre projet rentable grâce aux partenaires et aux médias qui s’occupent de nous».
«On a de la chance, le Tour de France Femmes est diffusé sur France Télévisions !»
La médiatisation des épreuves sportives féminines, notamment via la télévision, apparaît comme la clé de leur développement économique.
«Il y a encore des choses à améliorer, mais les choses évoluent», selon Audrey Cordon-Ragot, ancienne cycliste professionnelle, consultante sur Eurosport. «Dans le vélo, on a de la chance, le Tour de France Femmes est diffusé sur France Télévisions !»
L'événement s'est terminé par le lancement d’un
mapping vidéo sur la façade du palais des ducs de Bourgogne pour annoncer l'arrivée à Dijon du seul contre-la-montre du Tour de France Femmes 2026, le 4 août prochain. Tout un symbole après les échanges de ces tables-rondes sur le sport féminin.
Fabrice Aubry

