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17/11/2020 17:27

DIJON : Les dossiers chauds du conseil municipal du 16 novembre

Réforme du régime indemnitaire des agents, effectifs du cabinet du maire, charte de la laïcité, mosquée de la Fontaine-d'Ouche ou encore moratoire sur la 5G ont entraîné des passes d'armes durant le conseil municipal de ce lundi 16 novembre. François Rebsamen et Emmanuel Bichot se sont affrontés sur fond de référence au populisme de Donald Trump.

L'ordre du jour du conseil municipal du 16 novembre 2020 se présente à la fois chargé et diversifié quand s'installent les élus dans la grande salle du conseil métropolitain, facilitant la distanciation par rapport à la salle de Flore du palais des ducs de Bourgogne. Pour autant, contrairement à ce qui s'est fait au conseil régional le matin même, il n'y aura pas d'interruption de séance pour aérer la salle dans le cadre de la crise sanitaire (lire notre article).

Pas de suspension de séance non plus quand le réclame Emmanuel Bichot, président du groupe d'opposition Agir ensemble pour Dijon, droite, centre et indépendants. C'est que l'assemblée démarre à peine. Après un rapport sur le développement durable présenté par Jean-Patrick Masson puis un autre sur le renouvellement du label Apicité exposé par Marien Lovichi, Laurent Bourguignat intervient. François Rebsamen répond alors sur la densification de l'habitat : «nous ne sommes pas de ces petites communautés de communes qui construisent des lotissements à tout va et demandent ensuite de l'eau».
Le ton monte alors. Emmanuel Bichot : «arrêtez de nous insulter ! Cessez ces attaques inacceptables !» François Rebsamen : «Vous êtes pire que Trump ! Vous êtes un excité permanent, allez vous suspendre dehors !» Il ne fallait pas le dire deux fois. Emmanuel Bichot se lève, le groupe le suit pour un conciliabule à l'extérieur de la salle. Quelques minutes après, le groupe revient tandis que les débats ont repris comme si de rien n'était. Le ton est donné. Tout le conseil sera émaillé de tels accrocs sporadiques entre François Rebsamen et Emmanuel Bichot.

«Droite extrême» contre «gauche trotskiste»


L'anicroche suivante survient au détour du rapport sur les orientations budgétaires 2021 présentées par François Deseille. «Vous avez un problème  avec la démocratie, il y a une majorité et une opposition, la démocratie c'est le respect de l'opposition» lance Emmanuel Bichot tandis que François Rebsamen rappelle qui a gagné les élections. «Nous avons le droit de nous inquiéter de périls comme la crise sanitaire et l'islamisme» assure le président du groupe d'opposition.

«Nous sommes la droite, le centre et les indépendants, vous n'avez pas à nous requalifier dans cette assemblée» fulmine Emmanuel Bichot alors que le maire de Dijon évoque «la droite extrême». «Dans la forme, vous êtes comme Trump mais dans le fond, vous êtes de cette gauche trotskiste et islamo-gauchiste». «Droite extrême» contre «gauche islamo-gauchiste», un vocabulaire qui devrait souvent revenir parasiter les débats durant la campagne pour les élections départementales et régionales sur fond de crises sanitaire et sécuritaire.

Le retard de la réforme du régime indemnitaire des agents


Entre deux prises de becs sous le regard interloqués des élus écologistes, le groupe Agir ensemble pour Dijon aborde néanmoins le fond des dossiers. Taxe foncière parmi les plus élevées des grandes villes françaises (lire notre article). Excédent budgétaire sous employé. Modalités d'extension du Consortium. Pertinence d'un nouveau stade de foot. Crainte du voisinage autour du nouveau skatepark. Éventuelle subvention supplémentaire pour la Cité de la gastronomie et du vin. Budget d'On Dijon. Armement de la police municipale limité à une douzaine d'agents de nuit. Schéma directeur des écoles. Réflexion sur la rénovation du Parc des expositions. Les sujets et les questions sont égrenés dans le silence de la majorité.

Du côté du groupe d'opposition des Écologistes et citoyens, Stéphanie Modde tente d'orienter les débats sur le «monde d'après». La responsable du groupe pointe les «charges de personnels» au lieu des «richesses humaines» dans les documents comptables de la collectivité alors que la crise fait que «nous avons besoin de personnels» estime-t-elle. Stéphanie Modde souligne le retard pris dans la réforme du régime indemnitaire des agents de la Ville (RIFSEEP).

Le groupe des Écologistes et citoyens est lui aussi rebaptisé par le maire de Dijon : «Europe Écologie Les Verts». Cela fait sourire Stéphanie Modde et ses alliés de Génération Écologie et de l'Alliance Écologique Indépendante : «nous avons six ans devant nous» lance-t-elle hors micro, comme pour rappeler que le retour dans l'ancienne majorité municipale n'est pas à l'ordre du jour.

Mieux, Stéphanie Modde bondira quand le Républicain Axel Sibert évoquera la «gauche plurielle» : «c'est tellement daté» avec une moue de dédain pour bien faire passer le message. C'était le monde d'avant.

Relier l'ilot Sainte-Anne à la Cité de la gastronomie


Les questions d'urbanisme et de logement rendent Pierre Pribetich lyrique. Presque la larme à l’œil, l'adjoint au maire évoque la victoire des sociaux-démocrates en 1919, à Vienne, en Autriche. Une ville que le parti SPÖ administre toujours grâce à sa politique du logement selon son analyse. Tout comme les sociaux-démocrates viennois, le socialiste dijonnais veut faire tomber les murs après avoir fait tomber «le mur d'argent» indique-t-il dans une phraséologie très XXème siècle, remontant au Cartel des gauches d’Édouard Herriot dans les années 1920, peu avant le Front populaire.

C'est qu'après le mur de la banque de France, un autre mur est tombé dans l’îlot Tivoli-Sainte-Anne pour dégager la visibilité depuis la rue. L'objectif de la municipalité est de relier ce quartier à la Cité de la gastronomie et du vin grâce à un parcours urbain qui irait ensuite jusqu'à la gare. Un cheminement végétal est en réflexion entre le site Dumay et le jardin des Apothicaires. L'opération financée à hauteur de 1,3 millions d'euros fera l'objet d'une consultation en 2021 pour une réalisation en 2022.

Toujours à propos des opérations immobilières mais privées cette fois, l'assemblée évoque le projet de rénovation du Centre Dauphine porté par le même promoteur qui a réalisé la Cour Bareuzai. Si les oppositions approuvent le projet, Emmanuel Bichot demande néanmoins à ce qu'il soit examiné par la commission locale du secteur sauvegardé (qui n'est pas encore installée). Pour sa part, Nadjoua Belhadef rappelle que la Cour Bareuzai a reçu le prix d'architecture Versailles 2020 dans la catégorie des galeries marchandes d'extérieur en Europe et concourt à présent pour une reconnaissance mondiale face à des projets menés à Singapour ou encore à Boston.

En revanche, le projet appelé Bruges II – du nom de la «Venise du nord» aux multiples canaux – et conduit par le promoteur Linkcity fait un peu plus tiquer. Emmanuel Bichot rappelle les inondations survenues en 1965, 2001 et 2003 et demande une solution pour les prévenir. Stéphanie Modde demande une présentation du projet ainsi que l'avis de la haute autorité environnementale. Il est prévu que la gestion des eaux pluviales soit séparée et qu'une ferme urbaine soit intégrée au projet qui ambitionne d'être labellisé écoquartier.

Les effectifs du cabinet du maire en question


Les esprits s'étant calmés malgré le sujet hautement sensible de l'urbanisme à Dijon, la tension remonte d'un cran quand François Rebsamen exhibe un numéro de Bing-Bang Magazine où le nouveau conseiller municipal Axel Sibert figure aux côtés de l'ancien conseiller municipal et actuel conseiller départemental LR François-Xavier Dugourd.

Le maire évoquant alors le sujet des maisons de particuliers démolies pour voir bâtir un immeuble à la place. Emmanuel Bichot dit regretter «les attaques personnelles contre un ancien membre du conseil municipal par rapport à des opérations immobilières privées, les responsables ce ne sont pas ceux qui vendent leur maison, ce sont les règles d'urbanisme», ce qui provoque un brouhaha parmi la majorité.

«Attention à ce que vous allez dire !» C'est l'avertissement lancé par François Rebsamen à Céline Renaud qui vient à peine de prendre la parole pour mener la charge. La conseillère municipale n'apprécie guère la remarque et s'emporte rapidement. Le sujet concerne la création d'un poste de catégorie A de la fonction publique territoriale pour «coordonner les adjoints».

Mais Céline Renaud évoque le précédent recrutement d'un chargé des relations presse – «ce n'était pas mon gendre quand il a été recruté» lancera François Rebsamen avant même que Céline Renaud n'ait pu le mentionner – et le récent recrutement d'un ancien colistier de Dijon c'est capitale comme «responsable du protocole».

«On élève le niveau de recrutement» argumente François Rebsamen qui tient à balayer les rumeurs d' «effectif pléthorique» au cabinet de la Ville : «si j'ai 80 agents à mon cabinet, saisissez le préfet !». Le maire ajoute : «j'ai droit à huit postes, il y en a cinq de pourvus, j'ai repris le schéma d'organisation de mon prédécesseur».

«Le poste du chargé du protocole a été créé par mon prédécesseur» insiste-t-il pour évoquer le RPR Robert Poujade. «Les 80 postes que vous imaginez à mon cabinet, il n'existent pas, ce sont des postes qui ont créés pour des secrétariats d'accompagnement des adjoints» précise-t-il avant de clore le sujet par une note d'humour : «nous avons fait beaucoup d'économies, on ne gaspille pas l'argent ici, on est un peu comme Guy Roux, 'faut pas gâcher'».

Une prochaine charte de la laïcité pour les associations subventionnées


L'assemblée s'éternise, une certaine confusion s'installe quand il s'agit d'aborder les amendements au règlement intérieur mais les bretteurs fourbissent encore leurs armes. Presqu'innocemment, Hamid El Hassouni dépose un vœu en fin de séance. L'adjoint fait le vœu que la Ville de Dijon instaure une charte de la laïcité qui s'imposerait à toutes les associations demandant une subvention.

«La laïcité, c'est le droit de croire ou de ne pas croire, de suivre ses convictions religieuses, spirituelles ou philosophiques» explique Hamid El Hassouni qui ajoute que «cette belle idée progressiste est aujourd'hui contestée par les extrémistes religieux et dévoyée par ceux qui l'instrumentalisent pour stigmatiser une partie de notre population». François Rebsamen approuve évidemment le principe et indique que cette charte sera présentée lors du prochain conseil municipal.

Une mosquée pour pratiquer son culte dans «les meilleurs conditions possibles»


Alors que les conseillers sont réunis depuis près de cinq heures, Emmanuel Bichot aborde le sujet d'une future mosquée dans le quartier de la Fontaine-d'Ouche dont le permis de construire a été accordé le 27 octobre dernier. Elle ferait une surface de 460 m² sur un terrain de 720 m² appartenant à la commune.

Le conseiller municipal d'opposition considère «qu' une information essentielle a été délibérément caché aux Dijonnais». Il demande des précisions sur les modalités juridiques et financières concernant le terrain d'assiette ainsi que sur le financement de la construction. Il lui faudra attendre le prochain conseil municipal pour avoir des réponses.

Emmanuel Bichot demande aussi au maire s'il a «des garanties sur le caractère islamiste» de la gestion de la future mosquée. «Si vous connaissiez un peu les chabanis [sic] de la Fontaine-d'Ouche, (…) si vous alliez voir l'imam de la salle de prière de la Fontaine-d'Ouche, vous sauriez qu'ils sont obligés de prier dans la rue» réagit François Rebsamen. Le mot «chibani» vient de l'arabe du Maghreb et veut dire «vieillard» ou «cheveux blancs». Il désigne les personnes ayant émigré en France durant les Trente Glorieuses et vivant souvent leur retraite dans des conditions précaires.

Le maire de Dijon signale alors qu'il n'accepte pas «ni les prières des musulmans dans la rue, ni les prières interdites des catholiques». Et de poursuivre : «nous avons les services du renseignement territorial, s'il y avait le moindre problème nous serions prévenus à l'avance. Je m'honore de permettre à ces habitants de la Fontaine-d'Ouche de pouvoir pratiquer leur culte dans les meilleures conditions possibles comme ce doit être le cas pour tout le monde». François Resbamen fera alors lien avec le sujet qui l'a amené à déposer plainte pour diffamation contre Gilles Platret (lire notre article).

Pas de moratoire sur la 5G


Vers 23 heures, l'assemblée se terminera par l'examen de deux vœux des écologistes. Catherine Hervieu demandant l'abandon de l'accord entre l'Union européenne et le Mercosur, ce sera accepté par le maire en faisant retirer les engagements concernant la Ville de Dijon pour que cela reste un vœu et ne devienne pas une délibération.

L'autre proposition aura moins de succès. La demande de moratoire sur la 5G est repoussée pour deux raisons : le maire la Dijon considère comme «une expression d'un avis politique» et souligne que le Conseil d’État a par le passé retoqué les moratoires sur la 4G.

Ce qui fait dire à François Rebsamen que «une partie des écologistes et de la gauche sont confinés dans un pessimisme technologique» tandis qu'il fait, lui, «le choix du progrès au service de la justice sociale, Dijon fait le choix de l'espoir technologique». L'assemblée se conclue alors par une citation du philosophe Gaston Bachelard : «le progrès n'est pas un accessoire inutile et dangereux».

Jean-Christophe Tardivon

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