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11/07/2020 03:21

DIJON : Les écologistes marquent leur opposition

Petite surprise, le groupe Écologistes et citoyens a voté par deux fois contre un rapport soutenu par la majorité municipale lors du conseil de ce vendredi 10 juillet. Le groupe est dans l'opposition et entend profiter de sa liberté de parole conquise dans les urnes.
«Vous avez choisi la politique de la parole» avant lancé François Rebsamen lors du conseil d'installation du conseil municipal le 4 juillet dernier. Lors de l'assemblée de ce 10 juillet 2020, c'est une question lexicale qui a mené au premier votre contre la majorité municipale du groupe Écologistes et citoyens : l'absence de référence à l'agriculture biologique.

«Il y a une sorte d'injustice à la bonne gestion»


Le débat autour du compte administratif passé, les rapports financiers s'enchaînent et permettent à François Rebsamen de faire un commentaire sur l'accompagnement de l’État alors que la Ville estime à environ 10 millions d'euros l'impact de la crise du Covid-19. «Nous pourrons faire face grâce à l'excellent compte administratif» rassure le maire.

Néanmoins, les dépenses sanitaires ou sociales sont liées à l'ampleur du soutien que l’État accordera à la collectivité : «l’État a fait le choix d'apporter un soutien financier aux collectivités locales les mesures présentent divers biais et devraient bénéficier très marginalement à la Ville de Dijon. Ce qui apparaît, c'est qu'il y a une sorte d'injustice à la bonne gestion, celles qui ont bien géré ne seront pas aidés».

Le rapport sur le budget supplémentaire permet d'intégrer les premières conséquences budgétaire de la phase de confinement et le début de phase de déconfinement. «La crise actuelle se traduit par une dégradation conséquente de l'autofinancement» prévient François Deseille. Une dégradation qui devrait pour autant se résorber en 2021.

La tectonique des groupes municipaux


Pour les Écologistes et citoyens, Catherine Hervieu prévient alors que le groupe va s'abstenir faute d'une proposition de «plan pluriannuel d'investissement». Après la candidature de Stéphanie Modde lors de l'installation du maire de Dijon, qui pouvait être attendue, c'est la première véritable lézarde entre les anciens alliés.

Pourtant, la tectonique des groupes avait rapproché les Écologistes et citoyens de Dijon c'est capitale. En début de conseil municipal, les écologistes avaient découvert qu'ils occupaient une rangée contiguë à celles de la majorité tandis que le groupe Agir ensemble pour Dijon, pourtant supérieur en nombre, se retrouvait en fond de salle.

Le rapport sur le budget supplémentaire a été adopté par la seule majorité tandis que les Écologistes et citoyens s'abstenaient effectivement et qu'Agir ensemble pour Dijon votait contre.

Les Écologistes et citoyens s'opposent


C'est un rapport a priori consensuel qui allait aussi faire des vagues. Un rapport dans l'air du post-confinement que même Agir ensemble pour Dijon a approuvé. Mais pas les Écologistes et citoyens. En septembre 2019, le projet métropolitain intitulé «Dijon territoire modèle du système alimentaire durable 2030» avait été labellisé Territoire d'innovation de grande ambition (TIGA) par l’État et avait été doté d'un budget de 46 millions d'euros. En décembre 2019, Dijon Métropole a sollicité auprès de la Caisse des Dépôts 3 millions d'euros au titre des Projets d'Investissement d'Avenir (PIA3).

Alors directeur de recherche à l'INRA, Philippe Lemanceau avait été nommé directeur scientifique du projet. Aujourd'hui, Philippe Lemanceau est conseiller municipal dans la majorité et sera sans doute un des vice-présidents de Dijon Métropole. «La science a du bon» a lancé François Rebsamen durant les débats, signe que le nouvel élu sera posé en distingo de l'attitude d'écologistes parfois vus comme péchant en matière de scientificité.

Le rapport numéro 9 indique que Dijon Métropole va reverser à la Ville de Dijon, la somme de 40.698 euros attribuée par le PIA3, pour lui permettre de réaliser l'action n°13 du projet Alimentation durable 2030. L'action « Aliments sains pour tous » prévoit une distribution de coupons alimentaires ciblés.

Les élus Écologistes et citoyens  n'ont pas entendu prononcé un mot-clé marqueur d'une identité écologiste : agriculture biologique. Patrice Chateau, celui qui a défendu l'intégration de produits bio dans la restauration scolaire durant la mandature précédente, se charge de souligner cette lacune.

Le membre d'Europe Écologie Les Verts regrette aussi le faible montant de la subvention : «même si cette aide est toujours opportune, elle ne résoudra pas les difficultés d'accès des familles les plus modestes à une alimentation saine, de saison, issue de la production de fermes biologiques locales comme on pourrait l'imaginer, et comme l'expérience récente de la Covid-19 devrait nous y conduire».

De plus, la nature très high-tech des partenaire du projet d'alimentation durable le fait tiquer : «en matière agricole, c’est d’agronomie, de savoirs-faire dont nous avons besoin». Et d'annoncer un vote contre. Le premier vote d'opposition des écologistes depuis l'alliance de 2001. Une alliance dissoute à l'occasion des élections municipales 2020. «C'est quand même étonnant» lâche alors sobrement François Rebsamen.

Vote défavorable à la convention avec la chambre d'agriculture


Le maire ne sera pas au bout de ses surprises. Lors du rapport sur les subventions, Stéphanie Modde réagit à la convention de la Ville avec la chambre départementale d'agriculture en demandant «d'intégrer le développement de l'agriculture biologique». Le maire décide d'individualiser le vote sur cette convention et les écologistes de voter contre encore une fois.

Alors que François Rebsamen avait dit et redit conserver une main tendue en direction de ses anciens alliés, ceux-ci montrent ainsi qu'ils ne semblent pas prêts à la saisir dans la situation actuelle.

Jean-Christophe Tardivon